Entre copinage et provocation : la critique en France…

Rien n’est plus agaçant, pour le lecteur compulsif, que cette impression constante de ne trouver, en matière culturelle, aucun jugement authentique, libre et transparent.

En formulant cela, avec cette généralité trop sûre d’elle-même, j’ai bien conscience que je mêle le bon grain et l’ivraie et que je fais pâtir la critique, sous toutes ses formes, du clientélisme et de l’insincérité d’une partie de celle-ci.

Pourtant, ce n’est pas seulement cette perception de subjectivités partiales et gangrenées par la proximité qui conduit à douter de la qualité de la critique en France.

Elle est aussi affectée par un certain nombre de biais et de banalités qui altèrent ses appréciations artistiques et font advenir soit le triomphe du copinage, soit le culte de l’idéologie.

Deux exemples m’ont particulièrement frappé ces derniers temps.

Le premier concerne une critique de Frédéric Beigbeder dans Le Figaro Magazine. On a droit à ce poncif selon lequel « on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments ».

Pour être ressassée jusqu’à plus soif, cette prétendue évidence n’en est pourtant pas une, et la littérature offre, dans ses œuvres les plus remarquables, la démonstration qu’au moins partiellement, pour décrire le réel et atteindre l’universel, les bons sentiments sont nécessaires et que rien ne serait plus faux qu’un monde de noirceur exclusive.

Les génies, quel que soit le genre artistique, ont ceci de particulier que la distinction entre bons et mauvais sentiments ne les concerne pas et que leur seul souci est de présenter de l’humain une vision qui tient la balance égale entre les ombres et les lumières.

Qui n’a pas observé, par ailleurs, cet étrange miracle qui fait que les plus grands créateurs, dans les romans, les films ou le théâtre, parviennent, en appréhendant, quand c’est nécessaire à leur invention, la part la plus sombre de la vie, à engendrer tout de même une sorte de joie, parce que rien ne comble davantage le spectateur ou le lecteur que cette certitude d’avoir affaire à une vérité absolue, quelle que soit sa tonalité ?

Cette absurdité, qui traîne dans les critiques comme un mantra, a pour conséquence perverse de multiplier les dilections pour l’incongru, le rare, l’inusité, la provocation — je songe notamment aux choix parfois délirants du Festival de Cannes, où, par exemple, un film hors de toute vraisemblance comme Titane obtient une Palme d’or — et de tout faire pour échapper à une normalité talentueuse.

La seconde publication qui m’a stimulé était relative à cette série du Monde, par Brigitte Salino, sur l’attitude des artistes, des metteurs en scène et des écrivains sous l’Occupation.

Le dernier article concernait le point de vue de quelques personnalités du théâtre d’aujourd’hui sur le comportement qu’elles auraient eu sous l’Occupation. Évidemment, toutes de gauche et seulement obsédées par le combat contre le risque de voir le Rassemblement national arriver au pouvoir ! Se posant en résistants avant l’heure, sans percevoir le ridicule de cette lutte contre un ennemi fantasmé.

Pas un instant, après que l’un d’eux a qualifié de « rance » le théâtre de l’époque, ils ne s’interrogent sur la qualité du théâtre d’aujourd’hui, sur leur talent de metteurs en scène, sur leur aptitude à enthousiasmer un public à la fois populaire et élitiste. La relation que ces personnalités naturellement progressistes entretiennent avec la période de l’Occupation manifeste seulement, chez elles, la mainmise de l’idéologie sur l’art. Paradoxe d’autant plus surprenant qu’elles semblent précisément en faire grief au RN !

Je pourrais continuer cette litanie en passant au crible beaucoup de critiques culturelles qui, pour résumer, ne s’attachent plus à la qualité intrinsèque des œuvres, mais à la présence, en elles, d’éléments à la mode. Par exemple, pour Libération, aborder l’homosexualité semble parfois suffire à faire un bon film !

Pourtant, une voie existe qui, loin du copinage et de la provocation, rassurerait ceux qui font encore confiance aux médias pour les guider et les conseiller.

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  1. Qui n’a pas vibré au Masque et la Plume des Bory, Charensol, Sandier, François-Régis Bastide et autres ne peut savoir ce qu’est une critique libérée de toute pensée uniforme… Quel asservissement est aujourd’hui le nôtre ! Où sont les Pierre Bouteiller dont l’écoute nous transcendait ?

  2. Il est assez drôle de lire les commentaires des « extrême-centristes » qui n’ont d’autres considérations que la suffisance pour tout ce qui n’est pas eux. Quand ils écrivent, parlent, on voit, entend Prisca Thévenot. Ou Kadyrov : « Maman, ze suis parfait, les z’autres i font rien ka dire que ze fais que sse qui me plaît et que z’aime le pouvoir. I ssont pas zentils. »

    Les gens du RN sont beaucoup plus tolérants. Je ne vote pas RN. Mais comme j’aime la mer, cher sylvain, LFI cette fois-ci. Je compte sur Jean-Cul Méchencon pour nommer Bally Bagayoko Premier ministre, Louis Boyard à l’Éducation nationale, Mathilde au… ministère de la Mer, quoique j’y aurais bien vu Nadine Morano… J’ai des idées pour le gouvernement, je vous en ferai part en temps voulu.

    Pour l’art, je suis d’accord avec vous, cher hôte. C’est, comme le disait Hermann Hesse, la contemplation du monde en état de grâce. Beigbeder, c’est comme Botul, du gandin qui a besoin de raconter des sornettes pour se faire valoir.

  3. Le marquis de Lantenac de Victor Hugo, dans les pages extraordinaires du sauvetage du canon devenu fou, décore celui qui l’a maîtrisé… et le fait fusiller pour sa négligence.

    Les Finances publiques nous racontent des bobards, sans aucun doute. On parle de 600 000 fuites, je ferais comme le marquis une fois les terroristes de l’Internet découverts.

    Ce qui paraît incroyable est cette facilité à rentrer dans ces données. Nous sommes gouvernés par des gazelles incompétentes. Je recommande à tous les curieux du monde informatique de visionner le documentaire sur ce qu’est l’informatique appliquée aujourd’hui :

    Documentaire LCI – « Ukraine : la guerre du futur »

    J’utilise pas mal l’IA en ce moment car j’ai décidé de virer les sangsues d’Orange, j’ai recomposé ma structure informatique pour 260 €.

    Un passage est terrible vers la fin du documentaire, cet ingénieur qui s’interrogeait sur le fait que les armes guidées par l’IA ne se retournent contre leurs créateurs… Et puis il a évacué le problème : ils n’ont pas le choix, celui du Cinglé et de sa troupe de criminels de guerre qui perdent 1 000 soldats par jour sur le front.

    J’espère que nos galonnés auront lu L’Étrange Défaite. Ce dont je suis sûr est que les Ukrainiens ne peuvent plus perdre si on leur donne les moyens financiers. Et on ne leur donne toujours pas assez de moyens, le Cinglé ne s’arrêtera pas, c’est avéré.

    IA plus modem-routeur, plus déclic en pensant à la voiture connectée…

    Aujourd’hui, « Que nul n’entre ici s’il n’est pas géomètre ! », c’est une image bien sûr… Fantastique Victor Hugo, tout le reste est littérature. Nos politiques sont incultes, aujourd’hui il faut bannir les Bruno Grand Dadais, bons à tout, bons à rien. Ce documentaire était édifiant : un magistrat à la Justice et pas à l’Éducation ni à l’Agriculture.

    C’est pour cela que chaque responsable en charge de l’IA a martelé qu’au bout de la chaîne il fallait un humain et, modestement, aujourd’hui, techniquement, j’en suis certain. Pas de temps à perdre quand on a un cinglé en face.

  4. Marc Ghinsberg

    Critique des critiques ?
    Philippe Bilger a un talent rare : il sait voir les faiblesses des autres avec une précision d’horloger. Commentateurs sportifs qui noient le jeu sous un flot de banalités ? Il les a déjà éreintés. Présentatrices trop adulées (Claire Chazal en son temps, Léa Salamé aujourd’hui) ? Il les a passées au crible avec une insistance presque obsessionnelle. Critiques culturels trop à la mode, trop idéologues, trop copains ? Son billet du jour est là pour le rappeler avec un certain agacement.

    Il dénonce les biais, le copinage, la pensée unique… chez les autres. Chez lui, c’est plus simple : une droite cultivée, classique, lasse des postures progressistes, mais convaincue de son propre équilibre. Quand remercié sans ménagement par CNews, il reproche à la chaîne son manque de nuance et de diversité, on sourit avec tristesse : il s’en était accommodé pendant des années, et ce n’est pas faute pourtant de l’avoir mis en garde. Quand il fustige l’idéologie dans Le Monde ou Libération, on apprécie la clairvoyance, tout en notant qu’il regarde rarement du même œil les conformismes de son propre camp.
    Le résultat est étonnant. Philippe a raison bien souvent sur la médiocrité médiatique et le moralisme culturel. Mais il a aussi cette disposition consistant à ne jamais se surprendre lui-même en flagrant délit de partialité.
    C’est presque touchant : un homme qui passe sa vie à réclamer la liberté de jugement, tout en restant fidèlement prisonnier du sien.
    Un point commun, ne pourront s’empêcher de dire certains !

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