Marine Le Pen : un arrêt non total…

Marine Le Pen (MLP) a bénéficié en appel d’une décision qui tranche ostensiblement avec le jugement rendu en première instance. Celui-ci, invoquant l’ordre public démocratique, avait estimé de son devoir de lui interdire, avec exécution provisoire, une nouvelle candidature à l’élection présidentielle. La juridiction d’appel ne pouvait laisser passer une telle énormité sans réagir.

MLP est donc sauve sur le plan de l’inéligibilité puisqu’elle a déjà purgé celle, ferme, prononcée par cet arrêt. Pour l’essentiel, et fort heureusement, la cour s’est bien gardée d’emprunter une voie qui l’aurait conduite à s’immiscer directement dans les choix présidentiels du Rassemblement national en écartant MLP au bénéfice de Jordan Bardella. Elle a évité cet écueil et ce n’est pas une mince habileté, qui trouve d’ailleurs une justification juridique.

Là où la cour est assez remarquable, c’est qu’après avoir fait sortir la politisation par la porte, elle ne l’a pas ramenée par la fenêtre.

En condamnant MLP à trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, sous bracelet électronique, elle a intelligemment déplacé le débat et renvoyé toute la responsabilité de la décision ultime au RN, donc à MLP elle-même. Si cette dernière, après une réflexion collective et personnelle, maintenait son refus initial de faire campagne avec un bracelet, ce serait elle, et elle seule, qui tirerait les conséquences négatives de cette contrainte.

Alors que rien ne va l’empêcher, dans la soirée du 7 juillet sur TF1, non pas de revenir sur un engagement, mais bien d’expliquer que les incommodités d’un bracelet, qu’elle exagère d’ailleurs, ne seront pas, en définitive, compte tenu des circonstances et de cet arrêt, de nature à lui faire décliner l’honneur et la charge d’une quatrième candidature.

Ce n’est évidemment pas François Ruffin qui lui servira de référence. Pour lui, il serait « indécent et contre le sens commun » d’oser être candidate avec un bracelet. Ce qui est discutable et d’ailleurs ne dépend pas de lui !

Même en admettant les difficultés d’une telle campagne – il existe des juges de l’application des peines compréhensifs et conscients de leur obligation d’adaptation à cette donne sans précédent -, pourrait-on aller jusqu’à soutenir que l’exploitation de ce bracelet, ajoutée à sa prédominance dans les enquêtes d’opinion, ne serait pas un handicap pour elle ?

On abuse parfois de l’expression « tempête sous un crâne », mais, en l’occurrence, elle serait pertinente. Quelle sera la conclusion de MLP sur TF1 ? « Je n’y vais pas, mais je serai aux côtés de Jordan Bardella » ? Ou : « J’y vais et, si je l’emporte, il sera mon Premier ministre » ? Le présent est-il encore elle avec le nom de Le Pen, ou JB est-il déjà le futur ?

À elle de dire si l’arrêt sera total ou non.

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Voir les Commentaires (8)
  1. Personnellement, que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella qui représente le RN à l’élection présidentielle de 2027, peu me chaut dans la mesure où je ne voterai pas pour le candidat du RN au premier tour.

    Je pense toutefois qu’au cours des débats qui se tiendront pendant la campagne électorale, MLP me paraît plus affûtée pour affronter ses adversaires que le jeune Jordan, qui n’a pour toute formation que les médias trainings intensifs dont il a pu bénéficier.

    JB est un pur produit de marketing politique, mais il n’a aucun vécu politique, aucune expérience de la vie active. Face à des adversaires avertis qui ont un redoutable talent oratoire (*), il va se faire descendre en flèche.

    Mieux vaut donc que ce soit MLP qui se présente. Certes, elle a montré, lors des débats de l’entre-deux-tours précédents, qu’elle avait tendance à se mélanger dans ses fiches, mais au bout de la quatrième tentative, je pense que désormais elle devrait pouvoir les maîtriser.

    Quant au bracelet électronique, il est vrai que, pour une candidature à la magistrature suprême, ça fait un peu désordre. Mais finalement, ce sera aux électeurs français, et non aux juges, de décider si cela constitue un élément rédhibitoire ou pas.

    (*) Je citerai : J.-L. Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Hollande.

  2. 20 h 30
    Ils sont pénibles et assourdissants sur BFMTV. Cinq personnes parlent en même temps de la condamnation de Marine Le Pen, et pas une seule n’a réellement compris la décision rendue par la cour d’appel. On se croirait dans l’émission « Ça se discute »…

  3. Dans une première analyse qui reste à affiner, on peut lire autrement le jugement de la cour d’appel. Pour ma part, il me semble qu’il reste très politique, compte tenu de la percée de Jordan Bardella dans les sondages – il devance nettement Marine Le Pen dans les intentions de vote au second tour – et des différences entre eux sur le volet socio-économique du programme présidentiel du RN.

    Les juges d’appel ont fait d’une pierre deux coups. Leur « clémence » donne l’impression qu’ils admettent que le parquet et leurs collègues, en première instance, sont allés trop loin dans le champ politique, au point qu’il était évident qu’ils forçaient MLP à se retirer de la partie et, donc, qu’ils privaient les électeurs de la souveraineté de leur vote.

    Cette fois, ils laissent à la condamnée – car elle est bel et bien condamnée pour un délit toujours aussi mal prouvé – la possibilité de se présenter, mais dans des conditions extraordinaires – dans le sens premier du terme – qui pèseront, non sur l’électorat RN – si elle décide d’y aller, aucune voix des pro-Bardella ne lui manquera -, mais sur celui qu’elle doit séduire pour l’emporter au second tour. Il est loin d’être acquis que la détention sous bracelet électronique ne sera pas, aux yeux de ces renforts potentiels, un motif de rejet…

    Il fait peu de doute que, dans quelques minutes, MLP annoncera sa candidature. Elle n’a en réalité pas d’autre choix pour rester fidèle à son combat, d’autant plus qu’elle est à deux doigts de la victoire… mais avec cette nouvelle épée de Damoclès au-dessus de la tête.

    Si, au contraire, les juges d’appel l’avaient assommée autant que ceux de première instance, le candidat à l’Élysée aurait été Bardella, n’en déplaise aux grincheux qui se plaignent de son âge, de ses hésitations – de moins en moins fréquentes – et même parfois de ses amours (qui ne les regardent pas).

    Ses bons sondages conduisent à penser qu’au second tour, face à un candidat du centre droit, il aurait bénéficié de voix que ne parviendra pas à capter Marine Le Pen, ne serait-ce qu’à cause de son nom… En clair, ses chances de l’emporter auraient été plus assurées.

    Conclusion : en « obligeant » MLP à se présenter alors que la voie est aujourd’hui mieux dégagée pour JB, les juges d’appel ont donné de l’air à son adversaire, quel qu’il soit, et sont donc restés très largement dans le champ politique, tout en se donnant l’image de magistrats qui ne font que du droit…

  4. PB se réjouit que la cour ait évité l’écueil de l’inéligibilité automatique, y voyant une forme de « sagesse ». Or, c’est précisément ce point que Ruffin conteste. L’argument de Ruffin ne porte pas sur la conformité technique du jugement, mais sur le sens politique de l’acte : peut-on incarner la plus haute fonction de l’État, censée représenter l’unité et la dignité de la nation, tout en étant sous le coup d’une condamnation pénale ferme, symbolisée par un bracelet électronique ?

    En suggérant que la question relève uniquement de la stratégie personnelle de MLP, PB évacue la responsabilité morale de l’élu. Pour Ruffin, la politique n’est pas qu’une question de « droit à concourir » ; c’est une question de décence face au peuple.

    L’analyse de PB dépeint le bracelet électronique comme une simple « incommodité » technique, presque une formalité administrative que des juges de l’application des peines pourraient assouplir. Cette vision est dangereuse pour la sacralité de la justice.

    La banalisation : en minimisant le poids symbolique du bracelet (symbole d’une entrave à la liberté imposée par une condamnation), on banalise la délinquance politique. Si le bracelet est perçu comme un simple obstacle logistique dont on s’accommode en faisant campagne, la sanction judiciaire perd sa portée punitive et sa force de désapprobation sociale.

    PB reproche à Ruffin de vouloir imposer une norme morale. Pourtant, Ruffin se fait ici le porte-parole du « sens commun » : cette boussole qui indique que, dans une démocratie saine, la justice et le pouvoir exécutif ne doivent pas entrer en collision frontale.

    Là où PB voit une « tempête sous un crâne » (une affaire purement interne au RN), Ruffin voit une crise de l’exemplarité. Réfuter Ruffin en disant que « cela ne dépend pas de lui » est une pirouette qui évite de répondre à la question de fond : est-ce que le peuple français accepte de voir son président porter un bracelet électronique ? Ruffin pose la question de la dignité, pas celle de la procédure.

    PB soutient que la cour a intelligemment renvoyé la responsabilité au RN. C’est ignorer que cette « responsabilité » est un piège politique.

    Si MLP maintient sa candidature avec le bracelet, elle normalise l’idée que le président est un justiciable comme les autres, mais un justiciable condamné.

    Si elle choisit de ne pas y aller, elle avoue implicitement que la justice avait raison sur le fond.

    Ruffin, contrairement à Bilger, ne cherche pas l’habileté politique. Il souligne une impossibilité de fait : il est indécent de prétendre diriger une nation quand on a été reconnu coupable de détournement de fonds ou d’abus de confiance, des faits qui touchent à la probité même nécessaire pour gérer l’argent public.

    En conclusion, la réflexion de Ruffin est une invite à la hauteur. PB analyse le « comment » (comment la justice s’est dédouanée de la gestion de cette candidature), tandis que Ruffin pose le « pourquoi » (pourquoi la démocratie ne doit pas s’accommoder de cette dégradation). La position de PB est une lecture de juriste cherchant la stabilité institutionnelle ; celle de Ruffin est une lecture de citoyen exigeant l’intégrité de ses représentants.

  5. À partir du moment où il n’y a pas de hors-jeu, je ne vois pas l’intérêt de s’arrêter devant le but vide.
    Ils ont tous piqué dans la caisse et les Français le savent.
    Le FN n’a eu accès à aucun financement et a dû se débrouiller, quand, pour d’autres, il s’agissait de s’en mettre encore plus dans les poches.
    Fillon a frôlé le deuxième tour en y allant et, si les électeurs avaient imaginé le travail de Macron, il serait passé haut la main, comme à la primaire.
    J’ai du mal à imaginer le garçon d’ascenseur Bardella en président. Marine Le Pen, qui se melonise, n’effraie plus ; mieux, elle rassure.

  6. Les juges sont malicieux. La laisser se présenter était une évidence. La macronie a constaté que le Bardella était bien plus coté, conclusion, il fallait la remettre en course. En espérant qu’elle se « parjure » et fasse une campagne accompagnée de son bracelet électronique, elle sera bien moins en position de force que le Bardella. Je ne suis pas électeur tout court et certainement pas du RN, mais tout ça est gros comme le nez au milieu de la figure. On atteint un niveau de ridicule…

  7. Bien sûr qu’elle va y aller ! C’est pour elle l’ultime espoir de réussir à être élue. Elle ira et elle se servira à fond du fait qu’on aura tout fait pour l’en empêcher ; elle instrumentalisera son martyre, mais elle ira !

    Pourtant, ce sont des canailles, ils ont détourné plus de 4 000 000 €, ai-je lu. Par contre, ils ne vaincront pas malgré les scores éblouissants des sondages. Le père aussi avait abusé de certaines largesses.

    Le FN/RN n’a pas changé et leur premier souci sera, s’ils sont élus, de faire un tour du côté des dossiers qui les concernent et un nettoyage approprié, sans doute. La peine est sympa, comme celle du Prisonnier. Décidément, nous n’avons que des pilleurs de troncs au plus haut niveau de la politique. On a plus vite fait, aujourd’hui, de compter ceux qui ont les mains propres.

    Ruffin a raison, il faut en finir aussi avec les privilèges des anciens présidents, hormis, bien sûr, la sécurité. Ils sont battus, ils ne sont plus rien en Finlande : c’est la règle, ainsi que dans les pays nordiques.

    Le loser Pépère, qui bénéficie encore de privilèges… Il ne s’est même pas représenté ! C’est de la folie douce et, en plus, il bénéficie de retraites en carbone pur. Il faut arrêter avec tous ces feux d’artifice. Bayrou a raison de dire qu’aujourd’hui l’impôt ne suffira plus à payer la charge de la dette. Et nous rémunérons encore des types qui ne sont plus rien.

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