Sur un blog, c’est une vraie respiration que de sortir de l’écume quotidienne, souvent politique et sociale, pour pouvoir réfléchir sur des thèmes et des récits qui, en définitive, vous renvoient à vous-même.
Ce sentiment, je l’ai éprouvé au plus haut point avec le numéro du Nouvel Obs consacré principalement à « L’amour contre les préjugés – 25 histoires hors norme, de Cléopâtre à MeToo ».
Il est remarquable, et chacune de ces histoires est passionnante, superbe ou déchirante. En tout cas, aucune n’est ordinaire ni ne relève de la normalité bien réglée sur le plan de l’amour, du désir et de la quotidienneté.
Je me suis penché sur elles avec une curiosité qui n’était pas malsaine, mais m’a étonné, tant j’étais apparemment peu familier des diverses configurations du cœur et des corps qui nous sont proposées. En effet, dans une existence où la fidélité et le classicisme ne sont ni une corvée ni un devoir, mais un bonheur, quel besoin d’être attiré par des choix amoureux surprenants, des libertés sexuelles singulières et des comportements qui paraissent dictés à la fois par des envies personnelles sincères et, sans doute aussi, par des pulsions provocatrices sous le regard des autres ?
Parce que, probablement, quoi que j’en aie, une sorte de fascination m’habite pour des pratiques qui échappent à la convention, même la plus belle et la plus légitime qui soit, avec une double certitude : que, dans le registre humain, évidemment tout est permis, le consentement étant acquis, et que je serais incapable, si peu que ce soit, de m’impliquer dans ces orientations atypiques.

Moins au nom d’une morale qui me préserverait de m’abandonner à ces jeux extra-ordinaires de l’amour et du hasard qu’à cause d’une importance capitale donnée à la propriété de l’être qu’on aime – ce n’est pas, je l’admets, un sentiment très noble – et à la relation physique, ainsi qu’à son exclusivité, alors que l’un des points communs à ces « 25 histoires hors norme » est, au contraire, une sorte de détachement par rapport à ces considérations cultivées par beaucoup. Parfois même, comme une désinvolture à l’égard de ce qui préoccupe ou angoisse le commun, comme si seule comptait l’envie à satisfaire, avec une indifférence pour ceux qui pourraient en souffrir.
Il y a, dans certains de ces récits, l’irruption subite, dans l’inédit et l’incongru, de frustrations et de déceptions banales, comme si, soudain, même dans ce qui prétendait échapper, pour l’amour, aux visions convenues, la normalité, avec son cortège de sentiments infiniment répétitifs, venait troubler l’originalité voulue.
Ces histoires, au-delà de leur impact sur moi – ce qui est dérisoire –, constituent des séquences de qualité, dans le registre littéraire, par leur finesse, leur aptitude à la synthèse, leur approche équilibrée et leur style. Un régal.
Pour terminer, je voudrais m’attacher, dans une lettre d’adieu écrite par Vladimir Maïakovski deux jours avant son suicide, à ces mots magnifiques du poète en souffrance :
« La barque de l’amour
S’est brisée contre la vie courante.
Je suis quitte avec la vie.
Inutile de passer en revue
Les douleurs,
Les malheurs,
Et les torts réciproques.
Soyez heureux. »
@ Serge HIREL et Robert Marchenoir
Notre hôte ne regrette pas sa vie : aimer et être aimé par une personne qui vous aime également est une « autosuffisance bienheureuse » véritable, et non fantasmée, à savoir celle que Freud supposait que certains individus se porteraient à eux-mêmes. Et ils ont des enfants et, je crois, des petits-enfants également heureux.
La question est que, comme tout esprit vivant, notre hôte est curieux de ce qui n’est pas lui, et que, comme tout esprit honnête, il voit ses manques :
« Moins au nom d’une morale qui me préserverait de m’abandonner à ces jeux extra-ordinaires de l’amour et du hasard qu’à cause d’une importance capitale donnée à la propriété de l’être qu’on aime – ce n’est pas, je l’admets, un sentiment très noble. »
Et, cerise sur le gâteau, il admet la réussite dans d’autres configurations de vie que la sienne, même dans le suicide, autrefois diabolisé et à présent médicalisé.
Oui, le poème est aussi beau que noble ! Au cœur de la souffrance et alors qu’on pourrait cracher son venin sans rétorsion, au contraire, et sans désir de récompense, le poète bénit les survivants.
De même ici, on peut bien dire impunément tout ce qui passe par la tête, mais est-ce juste ? L’amour ou son manque, le corps ou sa position sociale ne sont-ils pas, hors sujet, et un défaut de l’armure pouvant donner au premier qui l’utilise une injuste victoire, arrachée par la surprise comme par la détresse ?
Tel est le risque : voir l’adversaire et non plus la quête de vérité.
Après ce rappel, je risque gros si je tombe dans ce travers. Eh bien, tant mieux ! Si je porte un masque, c’est bien pour être inaccessible, mais je trouve qu’en vérité, il serait bon que chacun le soit, voire qu’on ne tente pas de lui arracher son armure.
C’est la vérité qu’il faut chercher, et des vérités sur l’histoire, l’actualité et la nature humaine, n’est-ce pas ?
Mais parfois, il faut s’en distraire comme de tout. Je veux dire que la fiction, ou tout autre dérivatif, est salvatrice.
Pourquoi s’en distraire ? La concentration n’est pas illimitée, on peut s’impatienter à chercher et adopter, sans trop d’examen, une vérité ; on ne trouve parfois rien où on cherche, mais où on allait au hasard… Ou bien être cassant, comme me l’a fait remarquer avec sa suavité souriante quelqu’un avec qui je ne le serais jamais.
Bref, parfois, il faut adopter un certain détachement… On s’évade bien de réalités infiniment moins difficiles à appréhender, ainsi :
« De temps en temps
Les nuages nous reposent
De tant regarder la lune. »
Bashō
« …le droit d’aimer librement, qu’il place au même niveau que la liberté de pensée… » (PB)
Donc on excuse les pédophiles ? Bon, je sors.
Tout comme l’homosexualité était considérée comme une tare sexuelle et une déviance diabolique dans un temps pas si lointain, la pédophilie, honnie aujourd’hui, sera légalisée dans le futur ; ce n’est que de l’amour, diront ses défenseurs. Je sais que j’ai raison et je suis prêt à parier dix ans de salaire.
Avis aux futurs pédophilophobes, qui paieront très cher leur opposition à ce crime légal, diabolique mais légal.
L’amour de la haine : il existe une espèce humaine qui adore la haine, c’est la gauche.
Ce matin, sur France Info, radio gauchiste, ça ne s’invente pas, au sujet de la marche pour Louis, nous avons eu droit à un déluge de haine de la part de Mathieu Slama et d’autres intervenants sur le plateau, qui ont profité de leur passage à l’antenne pour insulter, caricaturer le RN et l’extrême droite, qui participaient au défilé, en les accusant de récupérer politiquement ce crime.
Du pur vomi gauchiste. Ces gauchiasses sont irrécupérables. Pas un mot de compassion pour Louis, qui ne les intéresse pas ; l’occasion était trop belle pour venir se faire mousser et redorer leur blason repoussant aux odeurs de vermine pourrie.
La gauche vautour, ignoble, odieuse, comme d’hab.
Cé quouâ un socialo ?
M. Socialolo est un genre de trou de balle, troisième bouton de ma braguette, prêt à insulter ce qui est pas à sa conformité, un nazebrock de chez congénital-déficient élargi du chu.
Ne regrettez rien : vous avez eu la meilleure part.
Quelle concision ! Est-ce la jalousie de la réussite de notre hôte qui vous a coupé le sifflet ?
Bon, je n’ai pas eu accès au texte… Mais si l’idée est de détruire la morale traditionnelle, et ce en s’alliant à l’islam, c’est stupide. On ne devrait pas se proposer de détruire une morale, mais de l’éclairer de sorte que les gens épurent la leur, parce que, moi, le côté table rase… La morale ne devrait pas être un prétexte à chercher à triompher des autres alors qu’ils ne vous ont rien fait ; ce genre d’action est injuste, donc… immorale.
Autre chose : s’allier à ce qu’il y a de pire, l’islam, qui n’est certes pas des Lumières de nos jours, l’orthodoxie de Poutine et je ne sais quoi encore, est dégradant. Faut-il le rappeler ? On devient comme les gens que l’on fréquente et, comme l’être humain est bien plus porté à la facilité du fanatisme et de la bassesse que vers la lumière, je gage que l’on dégénère au niveau des pires et non qu’on les élève.
Tentative qui n’est d’ailleurs pas notre devoir : on est responsable de ses enfants ou, si l’on en crée, de ses créatures, comme les intelligences artificielles.
Mais nous n’avons pas créé l’islam ni l’orthodoxie. L’islam s’est inspiré des Juifs et des chrétiens, qui ne lui ont rien demandé, sauf peut-être d’arrêter de leur nuire. L’orthodoxie est l’une des trois branches principales du christianisme, celle qui peut se plaindre du sac de Byzance, certes, mais, comme les Russes n’ont cessé de menacer l’Occident et qu’ils envahissent tant qu’ils peuvent l’Ukraine, qui nuit le plus à l’autre, je vous le demande ? Ils n’ont pas intérêt à jouer les victimes, ni d’ailleurs les conquérants ; les valeureux Ukrainiens les traitent selon leurs mérites.
Bref, encore une fois, dans le prolongement du communisme, je suis triste, bien triste, de voir que l’on s’allie à pire que soi par ressentiment envers des gens coupables d’une divergence d’opinion avec soi. On croirait ces philosophes faisant la cour aux tyrans pour essayer de faire imposer leurs idées au monde. Que de mauvais exemples en cette matière, et encore plus en religion !
Les gens croient que seul le fait d’arriver au but compte. Non, certaines choses ne se font pas. Et puis le but, dans ce cas, n’est atteint qu’en apparence : on proclame je ne sais quoi, mais ce sont ses pires aspects qui ressortent parce qu’elle a été élevée de la pire des façons.
Se relève-t-on d’une mauvaise éducation ? Un individu y a du mal, mais, pour une nation, une religion ou n’importe quel autre groupe, c’est bien plus difficile. Pourquoi ? À cause de la complexité de la réparation à opérer, et parce que la vanité du groupe, mille fois pire que celle de l’individu, érige tout, et surtout le pire, en tradition.
En un mot comme en cent, réformer les abus est un sport de combat qui, paradoxalement, réclame du tact.
Et surtout, il ne faut pas, en prétendant faire le bien, s’allier avec les pires. La cuisine doit se faire avec de bons ingrédients ; que dire alors de la morale ? Il y a des universaux : la vérité, la loyauté, la liberté, la règle d’or, et les cas que le monde offre à notre évaluation. Je dirais que notre hôte rappelle que la morale monogamique offre une sécurité à beaucoup de gens, son revers, qui peut être d’encourager l’illusion que l’autre vous appartient, et un poème magnifique sur le naufrage de l’amour, aussi beau que l’automne magnifiant les feuilles qui finiront bientôt balayées par le vent et englouties par leur propre pourriture.
Les jeux de la moule et du bazar.
Si ces histoires d’amour rappellent que personne n’appartient à un autre, c’est déjà ça de gagné. Bien sûr, je comprends que, comme c’est une façon de sentir assez pesante pour un certain nombre de gens, mieux vaut éviter d’aller ailleurs si l’on fréquente une personne que l’absence de monopole fait souffrir, si soi-même on est attiré par la multiplicité des rencontres. Je pense qu’aimer, ou être simplement ami, demande beaucoup de tact.
Mais comme ici, ce n’est pas le cas, je dirais que la personne à exclusivité doit être évitée de loin, si l’on n’est pas comme elle, car, en somme, il faut lui immoler tout ce qui aurait pu être. Et, cerise sur le gâteau, de plus, dans l’insécurité, elle peut être jalouse pour rien. Périlleux, donc.
Et encore, ce que j’en dis est dans le meilleur des cas : quelqu’un sait qui il est, ce qu’il veut et pressent ce qu’est l’autre. Dans cette configuration, choisir est souvent difficile, mais il se peut que, dans une relation, nul ne sache ce qu’il veut ou bien change en cours de route, et, dans ce cas, bon courage.
À propos de courage, le poète montre le suprême courage de se tuer puisque, pour lui, l’amour compte beaucoup et qu’il a fait naufrage. Cela ne vaut-il pas mieux que subir une existence qui n’a plus de sens ? Au lieu d’accuser la personne aimée, il la console. Maudire serait si facile : un coup qu’on ne peut vous rendre, le coup de l’étrier des passions tristes pour se donner le courage d’en finir. Non, de même qu’il s’est sauvé d’une vie qui n’avait plus de sens pour lui, il sauve l’autre des accusations, de l’énigme du silence. Et il souhaite, sans ressentiment, sans envie, aube dans le crépuscule, le bonheur dont la vie l’a déchu aux survivants.
Il est très beau, le poème cité, mais il est un peu tristounet. C’est un poème de fin de parcours.
Je propose un petit haïku – à la française – de début de parcours, quand les illusions nous envahissent et que l’on s’imagine que tout est possible :
« Décrocher la lune,
À la lueur des étoiles.
Et la lui offrir. »
« Le Nouvel Obs » n’étant pas un magazine people pour salons de coiffure ni le titre préféré des minettes à la recherche du prince charmant, la parution de cette série d’été est tout sauf frivole. En fait, elle est éminemment politique et trois indices en apportent la preuve.
D’abord le choix des vingt-cinq « histoires d’amour » qui, pour la plupart, mettent en scène des personnages qui, à leur époque, avaient bousculé les mœurs en transgressant des interdits.
Le titre de la série ensuite -« L’amour contre les préjugés – 25 histoires hors norme »-, « préjugés » indiquant clairement le parti pris de « L’Obs » en faveur des protagonistes défiant la « norme ».
Enfin, l’édito qui explique les raisons de la publication de cette série : porter un coup de plus au conservatisme, aux règles ancestrales, à une société judéo-chrétienne que les progressistes sont bien décidés à étouffer, même si, pour cela, il leur faut s’allier avec les adeptes de la religion la plus archaïque qu’est l’islam. Le rédacteur, qui planque ses désirs de soixante-huitard attardé sous un appel au « libéralisme culturel » (sic), ose même réclamer un ajout à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 : le droit d’aimer librement, qu’il place au même niveau que la liberté de pensée…
https://www.nouvelobs.com/societe/20260702.OBS116329/la-liberte-d-aimer-un-combat-qui-perdure.html
Notre hôte, qui salue la qualité littéraire des récits – pourquoi pas ? – n’en formule pas moins une réponse cinglante à ce bouleversement civilisationnel voulu par une gauche « déconstructive », dont « L’Obs » se fait le porte-parole. « La fidélité et le classicisme ne sont pas une corvée ni un devoir, mais un bonheur », écrit-il, simplement, puissamment aussi.
Voilà un conservatisme qu’il est bon de proclamer, qu’il est utile de pratiquer, qu’il est indispensable d’inculquer à la jeune génération… avant qu’elle ne soit happée par ce discours libertaire des gauchos, qui, s’il triomphait, ne conduirait qu’à une société sans idéal, sans avenir, sans amour.
« Il est remarquable et chacune de ces histoires est passionnante, superbe ou déchirante. En tout cas aucune n’est ordinaire ni ne relève de la normalité bien réglée sur le plan de l’amour, du désir et de la quotidienneté. » (PB)
Comme quoi Nietzsche n’avait pas tort qui disait : « Aimer, cela aussi il faut l’apprendre. »