Les policiers ne sont pas des bureaucrates !

Le nouveau préfet de police, Patrice Faure, a un « plan de bataille pour endiguer la délinquance à Paris » (Le Figaro).

Il mise « sur le savoir-faire de ses 43 000 agents mais également sur les nouvelles technologies telles que les drones, l’IA et les caméras intelligentes ». Je ne doute pas de l’efficacité de ces dispositifs, mais l’essentiel réside dans la volonté du préfet – confortée par la détermination du ministre de l’Intérieur – de redynamiser l’investigation et le judiciaire.

Actuellement, « au sein de la préfecture de police, la filière investigation emploie environ 6 000 enquêteurs, dont un tiers au sein de la PJ et deux tiers au sein de la sécurité publique ».

Cela fait des années que, sans me pousser du col, je dénonce oralement et par écrit la plaie de la bureaucratie procédurale, qui affecte pour le pire aussi bien l’activité policière que les processus judiciaires. Aussi, quand le préfet déclare que « les enquêteurs ploient sous des montagnes de dossiers et ont le sentiment de passer davantage de temps à répondre au formalisme procédural qu’à contribuer à la manifestation de la vérité », on comprendra pourquoi sa dénonciation me touche et me convainc.

Le culte excessif des formes et des garanties, le respect obsessionnel de la périphérie, sont en train d’étouffer l’essentiel : le fond et la possibilité qu’il devrait offrir – débarrassé de toutes les superfluités qui font souvent davantage plaisir aux transgresseurs qu’aux enquêteurs – de se consacrer à l’élucidation et, en définitive, à la manifestation de la vérité.

Ce n’est pas l’accumulation des délais, des détails, des permissions ici, des interdictions là, de mille obstacles entre le réel à questionner et la mission des investigateurs, qui rendra les enquêtes plus rapides et plus opératoires, bien au contraire. Elle n’a pour effet, et souvent pour but, que d’entraver, en se trompant de cible, l’impératif premier d’une société et d’une démocratie décidées à se protéger et à se défendre : la qualité des armes dont elles disposent et le droit d’en user.

Ce propos du préfet de police dépasse très largement le champ qui est le sien et renvoie, bien au-delà de celui-ci, aux méfaits du byzantinisme procédural et de l’enchevêtrement des normes dans le domaine judiciaire, notamment en matière criminelle.

Quand, à Paris comme à Aix-en-Provence, « les juridictions vont libérer des criminels faute de pouvoir les juger dans les temps… la justice pénale n’étant plus au bord du gouffre mais en chute libre », l’alternative est simple pour les magistrats concernés : soit ils s’estiment capables et légitimes pour adopter des pratiques de rupture qui, devançant ou contredisant la loi, chercheraient par tous les moyens à éviter le scandale de libérations dangereuses ; soit l’on change très rapidement les règles de l’État de droit, en lui assignant une priorité de sauvegarde sociale, afin de prévenir le pire annoncé par certains procureurs généraux. Qui, réunis, ont d’ailleurs suggéré que puisse être instauré un plaider-coupable en matière criminelle, à la double condition que les faits soient intégralement reconnus et que leur auteur y consente. Une telle procédure réduirait à l’évidence le nombre considérable de dossiers en souffrance.

La conclusion à tirer de ces constats négatifs est qu’il convient de ne pas faire endosser aux enquêteurs et aux juges un rôle pour lequel ils ne sont pas faits : ils ne sont pas voués à être des bureaucrates.

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  1. @ Achille et quelques autres…

    La Cour de cassation a confirmé la condamnation prononcée par la cour d’appel contre Jean-Marc Morandini : deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende.
    L’obligation de quitter ses activités professionnelles n’est pas mentionnée dans ce verdict… et à juste raison, puisqu’il n’y a pas de lien entre le délit commis et celles-ci.

    Ceux qui exigent son départ de CNews veulent le priver de sa liberté d’expression et obtenir sa mort sociale… mais ils ne sont pas juges.
    S’ils souhaitent ne plus le voir sur leur téléviseur, ils ont une solution simple : changer de chaîne.

    En tout cas, ils n’ont pas à tenter de priver ceux qui ne sont pas de leur avis d’un journaliste-animateur qu’ils apprécient — ce qui n’est pas mon cas — et n’ont aucune autorité pour prononcer cette peine complémentaire, par ailleurs non prévue par le code pénal.

    Ne pas confondre morale et droit…

  2. Aucun commentaire de Philippe Bilger sur le maintien scandaleux à l’antenne de Morandini après sa condamnation définitive pour infraction sexuelle et corruption sur mineurs !
    Le pardon à géométrie variable de la bollosphère conformément aux valeurs chrétiennes ?

  3. « La conclusion à tirer de ces constats négatifs est qu’il convient de ne pas faire endosser aux enquêteurs et aux juges un rôle pour lequel ils ne sont pas faits : ils ne sont pas voués à être des bureaucrates. » (PB)

    Je préférais la conclusion du paragraphe précédent :

    « soit l’on change très rapidement les règles de l’État de droit, en lui assignant une priorité de sauvegarde sociale » (PB)

    On en revient encore et toujours aux fondamentaux.
    C’est-à-dire à la nature de l’État de droit, qui se résume trop souvent en France et dans l’UE aux droits de l’homme, oubliant que l’homme est un individu social, qui ne saurait vivre en ermite, hors de toute société.

    Poser la question de la nature de l’État de droit, c’est se poser la question première :

    Qui dit le droit ?

    Dans une démocratie, le droit est l’expression de la volonté populaire, exprimée directement ou par ses représentants.
    Dans une théocratie, le droit est l’expression supposée de la volonté divine, exprimée par les textes sacrés. Les opposants à ce droit sont considérés comme des ennemis de Dieu ; cf. ce qu’il se passe en Iran.
    Dans une dictature, le droit est l’expression de la volonté du dictateur et de son proche entourage.

    Dans les démocratures que sont devenus les pays de l’UE, et particulièrement la France, le droit est l’expression manipulée, détournée, trahie, de la volonté populaire par une oligarchie mondialiste.

    Cette oligarchie utilise les droits de l’homme pour promouvoir son idéologie sans-frontiériste et effacer toute référence à l’impératif de sécurité de la société, dès lors que cet impératif peut contenir la moindre parcelle de national.

    Cette utilisation des droits de l’homme à sens unique, c’est-à-dire à sens universel — l’oxymore est de règle, hélas —, faisant fi de la spécificité de la nation et de ses citoyens, fait que l’État de droit n’est plus qu’un outil politique parmi d’autres pour imposer une idéologie mondialiste.

    C’est ainsi que les opposants, s’ils ne sont pas des ennemis de Dieu comme dans les théocraties, sont considérés comme des ennemis de la raison raisonnable.
    Ils sont exclus du cercle de la raison, définis comme des déviants haineux, mal-pensants, qu’il convient de faire taire, par exemple en les empêchant de candidater à des élections.

    La boucle est bouclée : de la mauvaise utilisation de la police contre les délinquants, au nom de normes et autres garanties légales imposées par un État de droit à sens unique, jusqu’à l’exclusion des opposants nationaux du champ politique parce qu’ils remettent en cause la doxa mondialiste, tout se tient.

    La logique est celle d’un glissement de la démocratie, multiple dans ses composantes, vers une démocrature unipolaire, qui a l’apparence d’une démocratie sans en être une réellement.

    1. @ Serge HIREL le 16 janvier 2026
      « Ceux qui exigent son départ de CNews veulent le priver de sa liberté d’expression et obtenir sa mort sociale… mais ils ne sont pas juges.
      S’ils souhaitent ne plus le voir sur leur téléviseur, ils ont une solution simple : changer de chaîne. »

      En ce qui me concerne je n’exige rien, d’autant que je ne regarde jamais son émission. Les quelques fois où je m’y suis attardé, les invités ne cessaient de s’engueuler sans prendre la peine d’écouter les arguments de leur interlocuteur.
      Tout au long de l’émission, un brouhaha incompréhensible.
      J’observe simplement que Canal+ s’était engagé à le virer si le tribunal l’avait déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés.

  4. « Qui [certains procureurs généraux], réunis, ont d’ailleurs suggéré que puisse être instauré un plaider-coupable en matière criminelle, à la double condition que les faits soient intégralement reconnus et que leur auteur y consente. Une telle procédure réduirait à l’évidence le nombre considérable de dossiers en souffrance. » (PB)

    Cette solution est pratiquée depuis longtemps aux États-Unis, où juges et avocats sont bien moins chicaneurs que chez nous en matière de procédure pénale.
    Mais j’imagine mal que cela puisse être adopté en France, où les présumés coupables usent de tous les moyens possibles pour démontrer qu’ils sont victimes d’une erreur judiciaire.
    On se souvient tous de la fameuse phrase de Georgina Dufoix en 1991 : « Je me sens tout à fait responsable ; pour autant, je ne me sens pas coupable »…

    Nous pouvons d’ailleurs le constater avec les affaires Sarkozy et, dernièrement, Marine Le Pen.
    Encore que cette dernière, après avoir longtemps nié sa responsabilité dans l’affaire des assistants parlementaires, semble vouloir opter pour une forme de plaider-coupable. On avance !

    Bon, pour J.-M. Morandini, le problème ne se pose pas : même déclaré définitivement coupable par la justice, il continue à animer son émission comme si de rien n’était.
    Pas à dire, ça sert d’avoir de hautes relations…

  5. Si déjà on s’assurait que le délinquant reconnu coupable fasse un passage par la case prison, au lieu de ressortir du tribunal libre comme l’air, on réduirait de manière sensible la charge de travail des policiers, non ?

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