Dans une page très éclairante du Journal du Dimanche du 7 décembre 2025, François Bousquet et Pascal Meynadier ont décrypté les mots de 1984, le chef-d’œuvre de George Orwell.
L’antiphrase, « l’art souverain de dire l’inverse de ce qui est ». Le ministère de la Vérité, grâce auquel la vérité devient « une appellation contrôlée ». « On ne falsifie pas, on rectifie… on ne surveille pas, on labellise. »
La doublepensée, qui offre l’avantage de « croire deux choses incompatibles ». L’ennemi, car « le totalitarisme, pour fonctionner, doit disposer d’un visage à brûler »… Une sorte de « front républicain » et de « cordon sanitaire » avant l’heure, la franchise en plus ?
Les deux minutes de la haine, « un défouloir supervisé où la haine devient service public et sévices publics ». L’Assemblée nationale ?
Big Brother, « le culte de la personnalité fonctionne encore mieux quand la personnalité n’existe pas… »
Le télécran : « l’objet domestique de la tyrannie ».
La Police de la Pensée, elle traque le « crimepensée », « seule infraction qu’on peut commettre en dormant ou sans s’en rendre compte ».
La salle 101, « la destruction méthodique de chacun grâce à la connaissance de la peur ultime de chacun… ».

Chacun de ces mots, chacun de ces pièges, de ces étouffements, chacune de ces tyrannies masquées et de ces tortures mériterait une analyse approfondie, tant ils résonnent tous, fortement, avec notre monde et notre actualité.
Mais j’ai gardé précieusement le mot capital qui me paraît anticiper tragiquement l’état de notre société, le niveau de notre réflexion collective, la pauvreté de notre langage et la faiblesse de notre pensée. Ce mot, c’est « la novlangue ». « Son objectif est simple : réduire le vocabulaire pour réduire la pensée. » Abaisser l’exigence de la pensée et de la vie de l’esprit pour n’avoir plus besoin de la moindre richesse de la langue. Façonner l’idée et le mot de telle manière que l’une et l’autre n’aient plus d’autre ressource que de devenir outrance, insulte, caricature et, pire, mensonge.
La novlangue est présente : elle n’est plus une menace, mais une réalité. Écoutons Sébastien Delogu crachant sur la police et vantant Assa Traoré, « sa petite sœur ». Écoutons les mille vulgarités odieuses ou grossières qui se justifient parce qu’elles sont proférées par des gens sans expression ni fond.
Regardons, à rebours, comment un Jean-Luc Mélenchon a été si délicatement traité devant la commission, parce qu’il l’impressionnait par une culture et un verbe pourtant totalement déconnectés du moindre souci de vérité, mais jamais mis à mal.
La novlangue est présente : on nomme mal et le monde se défait. Les derniers résistants parlent une belle langue et ont une pensée juste dans le désert.
Autant appeler les fêtes de Noël les fêtes de Noël, même s’il faut bien dire qu’elles ont pris la place d’autres fêtes.
https://www.geo.fr/histoire/quelle-est-lorigine-des-fetes-de-noel-212856
En somme, il n’est pas souhaitable de changer les habitudes des gens, mais il me semble un peu fort de parler de cela quand on évoque Orwell.
À propos, je pense que le totalitarisme, et donc la novlangue, ont des racines chrétiennes. Il est paraît-il question de bonne nouvelle, mais on peut en douter, même en croyant à cette histoire de Dieu venu pour sauver les humains. D’abord, on n’est sauvé de rien : les mortels restent mortels, les souffrants, souffrants, et les esclaves doivent être rapportés à leur maître, comme l’a fait Paul. Il n’y a donc rien de mieux, objectivement.
Alors subjectivement, un arrière-monde merveilleux ? Eh bien non : il y a l’enfer, dont Augustin, considéré comme le suprême théologien chrétien, a dit qu’ils étaient fort nombreux, une masse de perdition.
Alors, bonne nouvelle ?
Sinon, Jésus dit de ne pas faire de victimes, et on a la chasse aux sorcières, entre autres. Il existe une double pensée, pas aussi extrême ni imposée à tous que dans le totalitarisme, mais enfin, la double pensée et des expressions discutables comme « bonne nouvelle », quand on ouvre l’emballage, sont déjà là.
Pourquoi le monothéisme, puis le totalitarisme, marchent-ils ? Parce que les gens veulent être sauvés. Et tout cela pour ?
https://www.google.com/search?q=souchon+et+s%27il+n%27y+avait+personne+clip
Bien sûr, même dans une société démocratique, on vit encore avec de la novlangue, parce que polluée par le désir de tout contrôler et une grande indifférence à la vérité, qui ne se cache plus alors qu’elle le faisait encore aux époques totalitaires.
Pourquoi ? Parce que le « je ne veux pas le savoir » a été intériorisé par beaucoup et se décline en solo ou en réseau : il n’y a pas de direction centralisée pour faire semblant de rendre une copie cohérente au public.
À défaut de faits et d’idées, on a des polémiques souvent basées sur rien. Mais cela fait que chacun, à défaut d’autre chose, doit diaboliser le camp adverse, ce qui distrait de l’absence de pensée, accoutume à de plus en plus d’agressivité et divise. Rien de bon ne peut en sortir, mais je pense que la censure serait pire.
Bref, il faudrait que les gens voient le bien et le mal, et cherchent le moindre mal…
Le bien ? S’ils y tiennent, qu’ils cherchent l’action désintéressée, le détachement et l’empathie dans les pensées, mais qu’ils ne convoquent pas encore je ne sais quel bien en idole pour asservir et massacrer, merci.
Si les gens continuent dans cette voie, on va encore avoir des tyrans, ou bien des groupes qui se massacreront à coups de bombes nucléaires, de sorte que la planète soit non pas polluée, mais nucléarisée.
C’est l’amour de la vérité qu’il faut acquérir… Elle est si peu naturelle à l’être humain qu’elle est sa première variable d’ajustement, et s’il est requis de faire quelque chose en morale, de même qu’un faux monnayeur, il ne le fera pas vraiment : il donnera des billets de Monopoly pour payer, vu que le simulacre passe beaucoup plus facilement en éthique qu’en commerce. C’est que personne ne veut moins de ressources, et presque tout le monde ne demande qu’à perdre sa lucidité en croyant la conserver.
@ Kardaillac – le 13 décembre 2025
Alors là, je dis halte, je dis stop, je dis zut. Novlangue est féminin, sans aucun doute possible. La novlangue, c’est la nouvelle langue. Y’a pas à tortiller.
La première traduction française a mis le mot au masculin, mais c’est une afféterie sans justification. J’irais même jusqu’à dire que c’est une trouduction.
Pour pinailler, je crois que le mot « novlangue » (newspeak en version originale) est masculin.
À ma connaissance, il n’existe pas de nom d’idiome qui soit féminin. Cette traduction de newspeak est donc mauvaise.
@ Achille le 10 décembre
« D’ailleurs, [ces dames] ne semblent pas vraiment choquées par les propos de Brigitte Macron puisqu’elles assument être des « sales connes » et en sont fières. »
Dans la même veine, il y eu voici quelque temps des donzelles qui se disaient « Ni putes ni soumises »… Elles ne font plus parler d’elles… Qu’ont-elles choisi de faire ? Le trottoir ou la vaisselle ?
NOVLANGUE
La scène se déroule où vous voulez, en décembre 2024… ou bien avant, mais toujours en décembre.
Le serveur : « Et pour Monsieur, ce sera… »
Le client : « Une Leffe… Une Leffe de Noël… »
Le serveur : « Vous avez de la chance… Nous venons d’en recevoir… »
La même scène début décembre 2025.
Le serveur : « Et pour Monsieur, ce sera… »
Le client : « Une Leffe… Une Leffe de Noël… »
Le serveur : « Désolé, Monsieur, nous n’en avons pas… Mais je peux vous proposer de la Leffe d’Hiver… »
Le client, un rien têtu : « Alors, je vais plutôt prendre une Grim de Noël… »
Le serveur, un rien agacé : « Désolé, Monsieur, nous n’en avons pas… Mais je peux vous proposer de la Grim d’Hiver… ».
Ainsi va le marketing… qui se met au goût du jour pour ne plus froisser, dans leurs intimes convictions, ceux qui croient en Allah et ceux qui ne croient en rien…
« Sacrilège ! », direz-vous en vous souvenant que notre civilisation est « judéo-chrétienne » et que Noël, avant les sapins, est d’abord, pour les catholiques, la fête religieuse de la Nativité…
Rassurez-vous ! Les chanoines prémontrés des abbayes de Leffe et de Grimbergen, qui brassaient autrefois et sont encore associés aux grands groupes qui, aujourd’hui, produisent ces bières mondialement connues, n’ont rien trouvé à redire à cette appellation plus conforme aux règles de la laïcité et de la charia… Il est vrai qu’ils sont belges et que la Belgique est à la pointe du combat pour faire triompher l’envahisseur… Tant « Bruxelles » que Molenbeek.
Pour ma part, je confesse… Pardon pour cette référence déplacée… Je reprends… Pour ma part, j’avoue… C’est mieux, il y a dans ce terme un soupçon de soumission, n’est-ce pas ?… J’avoue donc que, par principe et en guise de résistance, je ne tremperai mes lèvres dans aucune de ces bières « d’Hiver »… D’abord, parce qu’en hiver, je préfère le chocolat chaud… hormis, naturellement, le « Y’a bon Banania ».
NOVLANGUE
« Mort aux vaches ! », lançaient les Parisiens assiégés, en 1590, par les troupes d’Henri IV qui, sur leurs étendards, arboraient des vaches…
« Mort aux vaches ! », hurlaient, au siècle dernier, trotskistes et anarchistes face aux gendarmes qui maintenaient l’ordre…
« Mort aux vaches ! », s’égosille la ministre de l’Agriculture qui envoie les gendarmes dans les fermes…
Parlez-vous l’orwellien ?
Exercice.
Traduire en français le texte en dialecte orwellien suivant :
Liberté-égalité-fraternité.
Corrigé :
Contrainte-discrimination-hostilité.
@ Serge HIREL le 10 décembre 2025
« Jargon macronien tout aussi peu digne que celui de la douce Bri-Bri, ex-professeure de français dans des établissements privés réputés… Mais le péché est plus grave : il est commis par un homme… et ces dames, que je sache, n’ont pas cherché à vous nuire personnellement. »
Ces dames n’ont certes pas cherché à me nuire personnellement (comment le pourraient-elles ?), mais elles ont accusé un artiste que la justice a déclaré innocent après trois années d’enquête.
Qu’est-ce qui est le plus condamnable : traiter des dames d’hystériques échevelées, ou accuser un innocent et venir perturber son spectacle ?
D’ailleurs, elles ne semblent pas vraiment choquées par les propos de Brigitte Macron puisqu’elles assument être des « sales connes » et en sont fières.
C’est, en tout cas, ce que déclarent Judith Godrèche, Florence Mendez, Camélia Jordana et quelques autres féministes pour qui les hommes seraient des violeurs en puissance.
Il semble que Madame Macron n’ait jamais présenté l’agrégation de lettres modernes, et encore moins celle de lettres classiques. Elle a obtenu, en 1986, le CAPES de lettres classiques.
Si elle n’abuse pas de la novlangue, c’est simplement parce qu’elle s’exprime peu en public. Son époux s’en charge, avec éclat.
À toustes ou à tous-tes ?
Sans oublier le langage inclusif mis à toutes les sauces pour corser le tout !
« Comme ti vau ti choises monmazami-e ! »
Belle langue et pensée juste. À définir. Surtout la pensée juste.
La novlangue, nous la décryptons, et nous en moquons.
La belle langue. Je bosse dans un milieu qui en regorge. Ils s’agitent, pondent des phrases à rallonge… et au final elle sert surtout ceux qui la pratiquent dans l’autosatisfaction que les praticiens nourissent pour leur brillance. Elle n’a pas pour but de produire du résultat. Juste de parler. Le syndrome du baratineur. On ne comprend pas vraiment de quoi on parle, mais on donne le change, on pense donner le change en baratinant.
Plus ennuyeux, à notre époque, est celui qui pontifie sur un sujet sans rien y connaître mais qui part du principe que ce qu’il dit n’a pas moins de valeur que ce qu’en dit un spécialiste.
Nous connaissions celui qui sait.
Celui qui ne sait pas et le dit.
Le baratineur, qui sait qu’il ne sait pas mais baratine.
Le menteur, qui sait mais ne dit pas la vérité.
Maintenant on a celui qui part du principe que tout se vaut et que sa vérité vaut bien celle des autres en absence de toute réflexion et connaissance.
Pour terminer, cher hôte, belle langue, pour moi, ne signifie pas grand-chose. Je préfère la langue de Frédéric Dard à celle de Marcel Proust, vous probablement l’inverse. Elle est riche, imagée, drôle, enrichissante. Celle du Marcel me saoule, pédante, précieuse…
Pour le juste, il doit bien en exister à notre époque, par exemple ceux qui protègeront les Palestiniens de la barbarie israélienne.
@ Achille le 10 décembre
« (…) hystériques échevelées (…) »
Jargon macronien tout aussi peu digne que celui de la douce Bri-Bri, ex-professeure de français dans des établissements privés réputés… Mais le péché est plus grave : il est commis par un homme… et ces dames, que je sache, n’ont pas cherché à vous nuire personnellement.
En revanche, le mari de la pécheresse, lui, passe son temps à emmerder les Français (1), ce qui justifie amplement les noms d’oiseaux dont il est affublé. À dire vrai, il me semble que, comparés à ceux employés entre eux par une majorité de nos concitoyens, les termes utilisés par les journalistes et chroniqueurs de CNews pourraient passer pour des amabilités.
(1) Expression tout à fait acceptable depuis que, voici quelque temps, un ancien élève — brillant — de l’École normale supérieure, par ailleurs protecteur de l’Académie française, l’a employée pour blâmer ses conseillers qui, déjà, “macronaient”.
« Les deux minutes de la haine, « un défouloir supervisé où la haine devient service public et sévices publics ». L’Assemblée nationale ? » (PB)
Plutôt les médias, et même les blogs.
La manière dont Vladimir Poutine, par exemple, fait l’objet d’une haine obligatoire, aussi viscérale qu’irrationnelle, nourrie d’idées reçues imposées par le marigot politico-médiatique — y compris de la part de personnes qui se piquent d’être modérées — est emblématique de ce phénomène inquiétant.
Et cela peut concerner d’autres sujets, comme la critique de la dangerosité ou de l’inefficacité de certains vaccins, ou encore la tendance à qualifier d’“extrême droite” de braves gens qui sont avant tout des Français ordinaires, donc pas “gauchisés”, etc., ou d’autres questions couvertes par le Dogme.
Car, en effet, le régime qui sévit en France est de type quasi orwellien, si l’on considère la manière dont la haine est instrumentalisée par tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir ou qui ont mis la main sur l’information, l’enseignement et la culture.
@ Achille le 10 décembre 2025
Dieu et le Grand Malhubec savent que je n’apprécie pas du tout le couple Macron ni le racolage “pipeule” éhonté dont ils ont souvent fait preuve, mais, en l’occurrence, Madame Macron a employé des mots simples et parfaitement descriptifs pour qualifier les grognasses en question ; qu’elle en soit remerciée.
@ Robert le 9 décembre 2025
Vous avez dit l’essentiel.
La novlangue ne saurait exclure le langage un peu cavalier, qui peut parfois revêtir la forme d’une insulte et que chacun de nous – quelle que soit sa situation sociale – a été amené à prononcer à la suite d’un petit mouvement d’humeur.
Mais apparemment, lorsqu’une personne a atteint une certaine notoriété, elle doit s’astreindre à surveiller son langage, et surtout en privé.
C’est en tout cas ce que l’on peut entendre dans les médias – y compris sur CNews où, pourtant, animateurs et invités ne se privent pas de traiter Emmanuel Macron de tous les noms d’oiseaux.
« Sales connes » (*) : une épouse de président de la République ne devrait pas dire ça !
C’est devenu le buzz de la semaine, qui crée le « seum » sur tous les réseaux sociaux.
Cette petite phrase laconique était destinée à des militantes féministes qui avaient interrompu le spectacle d’Ary Abittan, accusé de viol mais dont l’instruction a abouti à un non-lieu.
L’avis de ces hystériques échevelées compte-t-il plus qu’une décision de justice ?
On n’a pas beaucoup entendu ces défenseures des droits des femmes s’indigner contre les rumeurs insidieuses visant Brigitte Macron et qui persistent sur les réseaux sociaux depuis huit ans.
Que dire alors de Donald Trump – président de la première puissance mondiale – qui n’hésite pas à insulter les journalistes qui lui posent des questions , ainsi d’ailleurs que tous ses contradicteurs ?
La grossièreté serait-elle un privilège réservé aux hommes ?
(*) Propos prononcés dans une réunion privée et qui n’auraient donc jamais dû être divulgués.
@ Giuseppe le 9 décembre 2025
Jack Cantoni, je me souviens bien de lui. Une légende du rugby des années 70. C’était l’époque où l’A.S. Béziers brillait de mille feux.
Aujourd’hui, nous avons Antoine Dupont, très rapide également. Après sa longue absence suite à une blessure, il doit bientôt reprendre sa place de demi de mêlée au Stade toulousain. Il était temps !
Illettrisme des élites, un exemple au hasard : voici la première phrase d’un article publié hier par Le Figaro, éminent quotidien à prétentions littéraires. Il s’agit d’un article important de politique étrangère, l’interview d’un professeur d’université concernant le nouveau document d’orientation stratégique des États-Unis qui ménage la Russie et relègue l’Europe à un rang servile :
« Le document publié vendredi par la Maison-Blanche, sobrement et classiquement intitulé « Stratégie de sécurité nationale », ne l’est pas sur le fond : il transcrit radicalement sous forme de doctrine stratégique l’intuition première de Donald Trump, « America First », qui revisite un isolationnisme paradoxal à travers lequel les États-Unis rejettent le monde unipolaire issu de la fin de la guerre froide et reconnaissent des sphères d’influence à Pékin ou Moscou, cherchant un équilibre entre puissances. »
Cette phrase n’a aucune signification en français : ce document n’est pas quoi, sur le fond ? À quoi peut bien se rapporter le pronom le ? Il n’y a aucun adjectif précédant ces mots qui pourrait désigner la qualité qui manque au fond de ce document.
Il faut comprendre, bien sûr, que ce document n’est ni sobre ni classique. L’auteur a écrit qu’il était sobrement et classiquement intitulé « Stratégie de sécurité nationale », donc nous sommes censés en déduire que deux adverbes peuvent remplacer des adjectifs. Nous sommes aussi censés passer par-dessus le fait que sobrement et classiquement se rapportent au titre du document, donc l’auteur dit en fait que le document est intitulé d’une certaine manière dans son titre, et qu’il est intitulé d’une autre manière dans son contenu – ce qui ne veut évidemment rien dire.
Finalement, sobriété et classicisme ne sont pas ce qui manque au document. Nous sommes, ici, très loin du mot juste. Ce que ce document n’est pas, c’est traditionnel, dans la continuité des précédents, modéré, attendu, acceptable par les alliés.
Cet épais brouillard sémantique, cet empilement d’approximations éhontées, est typique de ce qui passe désormais pour de l’écriture de haute volée. Pour tenter de démêler ce fatras, le lecteur doit donner des coups de sonde à l’aveuglette en espérant heurter le dur quelque part.
L’auteur de l’article est Alexis Feertchak, chef de service au Figaro, rédacteur en chef du journal iPhilo, diplômé de Sciences-Po Paris et licencié en philosophie de l’université Paris-Sorbonne (*).
Imaginez ce qui se passera dans un an ou dix, quand vous ne serez pas simplement en train d’approfondir vos connaissances géopolitiques, mais que vous devrez confier l’absence de déraillement de votre train ou la bonne exécution de votre opération du cancer à la rigueur de pensée et d’expression de M’Bala-Bala Obongo, « enfant de la République », ancien élève de l’Éducation nationale et technicien ferroviaire à la SNCF, ou secrétaire médical à l’hôpital Cochin. Ou, d’ailleurs, celle de Kévin Dupont-Aignan : l’abrutissement peut être inné ou acquis.
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(*) Il a aussi une adresse mail chez Geopragma, le thinqueue-tanqueue de Caroline Galactéros, l’agent d’influence russe et iranien infiltré dans l’armée française sous la défroque de « colonel de réserve », l’une des poutinistes les plus éhontées et les plus nulles de la place de Paris, capable de déclarer, le soir même de la seconde invasion de l’Ukraine en 2022 : « La réalité, c’est que la Russie a non pas envahi l’Ukraine, mais déclenché des opérations importantes pour neutraliser les capacités des forces armées ukrainiennes et les infrastructures. » Ce qui, on en conviendra, est complètement différent. Bel exemple de novlangue !
Heureusement que Le Figaro est un journal objectif, indépendant – et bien écrit !
@ Achille le 9 décembre 2025
Je suis d’accord avec ce que vous dites ; je vous lis comme je regardais Jack Cantoni dans la grande équipe de Raoul Barrière. On connaissait son jeu, mais il avait toujours l’action qui le démarquait des autres.
Mélenchon ne répond jamais aux questions ; il amuse un peu la galerie et déroule toujours un pan de l’Histoire qu’il a bien préparé à l’avance. Et, à force, comme Fabrice Luchini, il raccroche son discours à des digressions qui lui permettent l’esquive, et que personne n’ose interrompre de peur de susciter sa fureur intempestive, et donc la peur chez l’interrogateur.
Cadeau !
https://www.facebook.com/ville.debeziers/posts/-10-ans-d%C3%A9j%C3%A0-que-jack-cantoni-nous-quittaitcantoni-voil%C3%A0-un-nom-qui-rappelle-les/644785584348758/
Cher Philippe Bilger,
On pourrait ajouter deux types de novlangue qui sont entrés par effraction dans le langage commun.
D’abord celui de la gauche, qui transforme, entre autres, les voyous en « jeunes », les clandestins en « migrants » et les quartiers arabes et islamisés en « quartiers populaires », tout cela pour banaliser et nous faire accepter ce que certains appellent le « Grand Remplacement » en cours.
Il y a ensuite le langage des « jeunes » (un nom qui n’existait pas avant Johnny), devant lequel se prosternent les adultes, et que l’on retrouve en majesté à la Star’Ac, avec notamment ces « trop » accolés à chaque qualificatif et un langage d’une pauvreté affligeante où l’hyperbole (génial, super, dingue…) remplace le mot juste.
Ce langage a connu son heure de gloire avec le film L’Amour ouf, où le monde adulte a renoncé à être lui-même et s’est lamentablement prosterné devant le sabir des jeunes boutonneux.
Je retiens, Monsieur Bilger, ces phrases de conclusion de votre billet :
« La novlangue est présente : elle n’est plus une menace, mais une réalité. […] Regardons, à rebours, comment un Jean-Luc Mélenchon a été si délicatement traité devant la commission, parce qu’il l’impressionnait par une culture et un verbe pourtant totalement déconnectés du moindre souci de vérité, mais jamais mis à mal.
La novlangue est présente : on nomme mal et le monde se défait. Les derniers résistants parlent une belle langue et ont une pensée juste dans le désert. »
Voilà bien longtemps que j’ai accusé ici même nos dirigeants, français comme européens, de pratiquer la novlangue et, sur l’autel du Bien et de la bienséance, de mettre en œuvre 1984. La logique consistait en effet à changer le vocabulaire, pratique bien connue des sphères marxistes, et surtout trotskistes et maoïstes, et donc à utiliser la novlangue dénoncée par George Orwell. Il y a quelque temps, j’avais entendu sur nos ondes qu’une nouvelle traductrice de ce roman/essai avait préféré utiliser le mot « néoparler ». Il n’empêche que le terme « novlangue » me paraît toujours préférable.
Et surtout de classer d’extrême droite, voire de « fachos », les personnes qui n’ont a priori qu’une pensée proche de celle de l’ex-RPR et du gaullisme nationaliste et patriote. Le mot nation, l’amour de la France, le patriotisme ont été sacrifiés sur l’autel de l’extension des compétences de l’Union européenne et d’une volonté de faire perdre au peuple français sa propre identité. Il est alors surprenant que nombre de caciques de LR se prétendent encore gaullistes alors même qu’ils ont tué le gaullisme, notamment par une alliance contre-nature avec le centre, atlantiste à outrance.
Trahison du gaullisme pratiquée par M. Chirac en 1995 lorsqu’il a nommé Premier ministre M. Juppé et non M. Séguin, puis par M. Sarkozy lorsqu’il a décidé de regagner le commandement intégré de l’OTAN, de poursuivre la réduction du format des armées lancée par M. Jospin (les fameux « dividendes de la paix »), ou encore par son contournement du vote des Français au référendum de 2005.
Quant à M. Mélenchon, il a fait la démonstration de sa culture laïque, liée en grande partie à son expérience acquise au Grand Orient de France, mais aussi et surtout de l’art de l’esquive et de l’entrisme caractéristiques du trotskisme dont il est manifestement l’un des suppôts. Son projet resterait, selon lui, de transformer la France, son peuple et ses traditions par ce qu’il appelle la créolisation, ce qui constituerait en pratique, sous un autre nom, le « grand remplacement » de Renaud Camus, et de mener une révolution s’appuyant notamment sur les Frères musulmans, qu’il prétend minimiser et à peine connaître… Intellectuellement, il serait proche de l’islamisme et de sa taqiya, avec cette même pratique de la dissimulation. D’où, selon cette lecture, une collusion manifeste entre nombre de membres de LFI et les islamistes, dont certains ou certaines feraient partie de son aréopage.
Nous vivons dans un monde complexe dans lequel je ne comprends plus le langage des uns et des autres, la faute à la novlangue, dont la particularité est d’inverser le sens des mots.
Par exemple, Brigitte Macron a qualifié de « sales connes » les membres du collectif #NousToutes ayant interrompu un spectacle d’Ary Abittan.
A-t-elle parlé en novlangue ou en langue vernaculaire, c’est-à-dire en bon vieux langage gaulois ?
Si c’est en novlangue, alors, par inversion du sens orwellien, elle les a traitées de « propres bonnes ». La lettre « b » remplaçant la « c ». Il suffit de si peu pour une inversion.
Si c’est en vieux gaulois rabelaisien — ce que je veux croire, elle fut professeur de français — alors c’est le sens premier, le sens rabelaisien, qu’il faut considérer, sans inversion.
Et là, François Hollande, toujours pressé de parler quand il ne sait pas quoi dire, l’a accusée de vulgarité. Erreur fatale : ce n’est pas de la vulgarité, c’est de la grossièreté bien gauloise, bien rabelaisienne.
La vulgarité, elle, est de sa part, dans toutes ses interventions télé, par un langage répétant le sujet par un pronom, comme je viens de le faire. Vulgarité méprisante, puisqu’il considère que c’est ainsi qu’il faut parler aux sans-dents pour qu’ils comprennent.
Vulgarité également de sa part, puisqu’il a abaissé la fonction présidentielle en la rendant « normale », donc en lui enlevant l’aura quasi mystique — et aussi mythique — qui devrait être la sienne. Bref, Hollande as usual, en quelque sorte.
Au bilan, nous avons une Première dame qui est probablement le seul personnage politique de l’extrême centre à ne pas user de la novlangue ; rien que pour cela, je lui rends hommage.
Il y a plusieurs catégories différentes dans cette destruction systématique du langage, qui, je crois, va au-delà de la novlangue.
L’une d’entre elles est le mot en tant qu’arme, le mot en tant que punition. Cela consiste à prendre un mot anodin, positif ou négatif, et à le transformer en objet contondant. Après quoi, il ne reste plus qu’à s’en saisir pour taper sur la tête de l’adversaire de façon répétée, jusqu’à ce qu’il s’effondre sous les coups.
Au chapitre des mots contondants négatifs, on trouve le fameux « racisme », la x-phobie (le catalogue des valeurs que l’on peut attribuer à l’inconnue x s’allonge de jour en jour), la haine et ses dérivés (propos haineux, délit de haine)…
Au chapitre des mots contondants positifs, il y a le « respect » (avec son contraire, le « manque de respect »), les « valeurs républicaines », l’État de droit dans sa signification dévoyée d’État de gauche…
Le point commun de toutes ces armes par destination est leur côté extraordinairement vague et jamais défini.
Le racisme, ordinairement compris comme la disposition d’esprit ayant conduit Hitler à tenter d’exterminer une race entière parce que sa tronche ne lui revenait pas, en vient à qualifier le fait de mettre des notes à l’école, parce que les élèves de certaines races obtiennent systématiquement de mauvaises notes en raison de leurs prédispositions.
La haine, signifiant à l’origine une détestation forte et persistante, peut être employée pour tenter de présenter comme immorale la moindre critique à propos de n’importe quoi.
Les valeurs républicaines, c’est encore plus simple : personne ne les a jamais définies, mais si vous êtes le premier à les jeter à la figure de votre opposant, alors cela veut dire qu’il est un gros cochon et qu’il ne s’en relèvera jamais.
La clé du procédé consiste à combiner plusieurs principes. D’abord, celui défini par Humpty Dumpty : « Quand j’utilise un mot, il signifie exactement ce que j’ai décidé qu’il signifie, ni plus, ni moins. La question est de savoir qui est le maître – c’est tout. »
Ensuite, il convient d’employer des mots et des expressions qui peuvent revêtir une gamme presque infinie de significations, jusqu’à vouloir dire une chose et son contraire (par exemple, le mot racisme peut servir à qualifier des comportements vertueux, comme la solidarité avec ses proches et ses voisins).
Enfin, il ne faut jamais, au grand jamais, consentir à préciser la signification qu’on donne à ces mots. Il est indispensable de tuer dans l’oeuf toute possibilité de discussion à ce sujet. Frappez, frappez, frappez l’adversaire avec, de façon à ce qu’il ne soit capable, au mieux, que de protester de son innocence, sans remettre en cause ni le tribunal ni la loi sur laquelle il s’appuie.
Et bien sûr, attaquez en meute, si vous en avez la possibilité.
On reconnaît là la méthode communiste, selon laquelle la « dictature du prolétariat » (en réalité exercée par des intellectuels) persécute ses opposants à l’aide d’accusations dont le contenu est inconnaissable. Soit qu’il est dissimulé, soit qu’il est absurde car impossible à réfuter. L’accusation elle-même n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est que vous êtes accusé – par ceux qui ont le pouvoir. Résultat : la terreur et la soumission.
Cette méthode popularisée par la gauche est si efficace que la droite s’en empare à son tour ; une tentation catastrophique, car on ne peut contester la suprématie morale de son adversaire si l’on adopte ses procédés.
Il est d’autant plus aisé de sortir un mot-punition de sa poche au moindre prétexte, que l’éducation ayant sombré à un niveau effroyablement bas, les victimes ne sont plus en mesure de se défendre.
C’est la deuxième catégorie de la destruction du langage à laquelle nous assistons. Comme pour l’immigration, nous avons franchi la phase du déni. L’abandon de toute exigence à l’école a produit les effets prévisibles. Les professeurs eux-mêmes ne peuvent plus cacher que leurs élèves sont désormais analphabètes. Ils ne comprennent même plus les questions qu’on leur pose.
La situation est extraordinairement grave, et l’on voit mal comment on pourrait « réindustrialiser » la France avec de tels boulets. Même dans les emplois les moins qualifiés, vous avez besoin de gens un tant soit peu dégourdis. Je prédis que ce sera là l’une des causes du maintien de l’immigration de masse : dans le simple but que le pays fonctionne, on aura besoin d’immigrés génétiquement plus intelligents que nous et culturellement plus hardis à l’effort (Asiatiques du Sud-Est), ou du haut du panier africain, étant à la fois à la droite de la courbe de Gauss du quotient intellectuel, et ayant bénéficié d’études relativement bonnes grâce à l’héritage de la colonisation européenne.
Les conséquences de cet abrutissement délibéré de la population, qui dure depuis des décennies grâce à l’idéologie de gauche toute-puissante dans l’éducation, se constatent même chez l’élite : journalistes, universitaires et hommes politiques.
L’un des signes les plus frappants en est la propension à inventer des mots qui n’existent pas. Nous avons dépassé depuis longtemps le rythme normal d’évolution de la langue, qui renouvelle spontanément le vocabulaire au fur et à mesure des siècles. Quand ce processus organique est respecté, l’interlocuteur comprend le propos, car les transformations sont lentes.
Aujourd’hui, la raison pour laquelle des gens supposément cultivés se croient autorisés à inventer leurs propres mots à tout propos, et espèrent malgré tout être compris, c’est qu’ils sont incapables d’utiliser le vocabulaire et les tournures grammaticales existantes pour exprimer leur pensée.
La troisième catégorie de destruction du langage que nous subissons est la plus sournoise. En fait, personne ne la dénonce.
Elle est le fait des classes les plus lettrées, celles qui maîtrisent le mieux la langue. Elle consiste à dévoyer ces facultés, si rares de nos jours, en déployant une virtuosité langagière ostentatoire, mais dépourvue de tout sens véritable, voire masquant l’ignorance des faits et l’incohérence de la pensée. Le triomphe de la cuistrerie est l’un des maux les plus sous-estimés parmi ceux qui nous menacent. C’est, assurément, une abdication de leurs responsabilités par ceux qui sont les mieux pourvus.
La novlangue ? Je me marre, ce n’est qu’un terme plus précisément ridicule, plus néo-bobo, un synonyme de la fameuse langue de bois un peu vieillotte, surannée.
Tous nos maîtres à penser, philiosoeufs enfileurs d’enfilés que nous sommes, nos élus zélés, noyeurs de poissons déjà morts, s’autofélicitent de briller en réunions, en conférences, en débats télévisés, devant des parterres d’auditeurs acquis à leur cause — que moi, perso, je nomme “crétins abrutis soumis” avec ma vieille novlangue de bois pourri jusqu’à la racine, mais tellement vraie.
Brigitte Macron a déclenché le scandale du siècle en traitant les féminazies de “… connes”, ce qui est vrai, elle a mille fois raison ; son tort, c’est qu’elle a enfreint les codes de la loi bobo-gaucho-caviar en employant des termes outranciers, d’après tous ces c….ards, pour une Première dame de France, que j’appelle Gigitte dans mon langage PMU.
Elle aurait dû pincer les voyelles et tortiller du popotin, employer des termes plus “plumes au cul” : “des résistantes au fascisme masculo-macho”, par exemple.
C’est pas l’tout, ma novlangue de bœuf est prête : à taaaaable !
Le stade ultime de la novlangue — celui que même Orwell n’avait pas prévu, lui qui avait pourtant anticipé tant de formules appliquées aujourd’hui.
Le chef-d’œuvre qui couronne, en 2025, l’œuvre magistrale de 1984.
La formule qui concentre toute la pensée d’Orwell :
L’ÉTAT DE DROIT !
Formule qui, selon moi, constitue la négation de l’État démocratique.
Négation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Négation du droit des peuples à choisir leurs dirigeants comme ils l’entendent.
Négation du droit de voir ce que l’on voit, et de dire ce que l’on voit.
Négation du droit d’exprimer ce que l’on pense de ce que l’on voit, par le biais de lois encadrant les propos dits « haineux ».
Négation du débat démocratique, par un cordon sanitaire qui considère l’opposition nationale comme un virus dangereux.
Et enfin, sublime négation de la vérité, lorsqu’elle est formulée par un Donald Trump, nouveau Cassandre annonçant la fin de la nouvelle Troie — c’est-à-dire l’Europe.
« C’est intéressant. » On l’entend du matin au soir sur toutes les chaînes d’info en continu, prononcé par presque tous les intervenants… Qu’est-ce que cela peut m’agacer ! On dirait qu’ils se sont donné le mot pour valoriser des interventions qui, justement, n’ont aucun intérêt.
Et puis il y a le nouveau langage : celui qui me donne parfois de l’urticaire, cette langue de l’informatique qui envahit notre quotidien. Là, c’est le bouquet fleuri.
Aujourd’hui, le vocabulaire informatique s’est infiltré dans la vie de tous les jours. Des mots qui, à l’origine, appartenaient au monde des ordinateurs sont désormais utilisés dans des conversations ordinaires.
Cette « langue de l’informatique » est devenue une sorte de novlangue moderne, où des termes techniques se transforment en métaphores pour exprimer des idées, des émotions ou des situations.
Bien sûr, l’environnement est propice à ce grignotage de la paresse, mais il faut quand même s’en méfier. En France, environ huit millions de personnes sont en situation d’illectronisme, soit près de 15 % de la population adulte.
Plus largement, l’exclusion numérique touche environ 36 % des Français si l’on inclut ceux qui ont des difficultés d’accès ou d’usage des outils numériques. Alors ajouter de l’incompréhension à la pauvreté du langage classique ne favorisera pas l’émancipation culturelle : cela risque plutôt de la troubler, de la brouiller, et de créer toujours plus d’exclus.
Pour faire un petit tour d’horizon des mots informatiques utilisés au quotidien, en voici quelques exemples glanés ici ou là :
Formater
– Informatique : remettre un disque dur à zéro.
– Quotidien : « Il faut que je me formate avant l’entretien », pour dire « me remettre à neuf » ou « me préparer mentalement ».
Bug
– Informatique : erreur dans un programme.
– Quotidien : « J’ai eu un bug pendant ma présentation », pour dire « un trou de mémoire » ou « une erreur ».
Déconnecter
– Informatique : se débrancher d’un réseau.
– Quotidien : « Ce week-end, je vais me déconnecter », pour dire « prendre du repos » ou « couper avec le travail ».
Rebooter
– Informatique : redémarrer un système.
– Quotidien : « Après les vacances, je me sens rebooté », pour dire « régénéré ».
Télécharger
– Informatique : transférer des données.
– Quotidien : « J’ai besoin de télécharger toutes ces infos », pour dire « assimiler » ou « retenir ».
Interface
– Informatique : zone de contact entre l’utilisateur et la machine.
– Quotidien : « Cette personne a une bonne interface », pour dire « elle communique bien ».
L’informatique est omniprésente : smartphones, ordinateurs, réseaux sociaux.
Les mots techniques sont courts, paraissent efficaces et imagés.
Ils traduisent des réalités modernes : vitesse, connexion, mémoire, erreurs.
Ils deviennent des métaphores « universelles »… mais seulement pour une partie des générations.
En réalité, ils peuvent brouiller des messages qui devraient rester accessibles à tous, jusqu’à devenir inaudibles pour certaines populations, et créer des communautarismes de pensée.
Cela dit, rien de nouveau : chaque métier a son langage propre. Mais tant que cela reste dans la sphère professionnelle, l’objectif est clair : être plus efficace ou plus souple.
Un petit exercice — et des souvenirs :
Les euphémismes techniques dans le BTP
Certains mots adoucissent ou masquent des réalités plus dures.
Optimisation des coûts : choix drastiques, réduction de la qualité des matériaux ou des effectifs. « Ce que l’on doit, pas plus ni moins, dans le respect des règles ! »
Valorisation des déchets : recyclage obligatoire pour limiter les coûts d’évacuation.
Requalification urbaine : démolition d’anciens quartiers pour construire du neuf.
Réhabilitation : mise à niveau minimale, parfois qualifiée de « moindre mal », pour rendre un bâtiment utilisable légalement.
Les mots qui transforment la contrainte en opportunité :
Délais ajustés : retard de chantier, provisoire… ou pas.
Aléas techniques : erreurs de conception ou imprévus coûteux.
Mise en conformité : travaux imposés par la loi, souvent chers.
Sécurisation du périmètre : interdiction d’accès en raison de risques.
La novlangue du management appliquée au BTP :
Synergie des équipes : travailler plus vite avec les mêmes moyens, en flux tendu.
Flexibilité des ressources : intérimaires ou sous-traitants pour ajuster les coûts.
Montée en compétences : formation accélérée faute de personnel qualifié.
Bon, bon… Dans tous les métiers, on pourrait faire la même liste. Mais dès que tout cela entre dans le langage courant, les pistes se brouillent. Surtout, cela cache une réalité plus dure : souvent l’incompétence de ceux qui l’emploient.
Et si j’ajoute à cela les interventions intempestives — pénibles à entendre et à supporter — de « la journaliste-de-guerre-de-terrain » qu’est Nivat, toujours prête à rajouter son grain de sel, alors là, pour moi, c’est à fuir.
Rien à ajouter, sinon que le maître de ce blog, pour son billet pessimiste sur la novlangue, risque fort d’être inculpé de penséecrime et de finir au ministère de l’Amour… Cela n’enlève rien à ma conviction que PB est doubleplusbon, alors que JLM, lors de sa dernière audition parlementaire, s’est montré plutôt inbon, chose étonnante pour un apparatchik aussi canelangue.
Sa capacité de croire en toute conscience que le blanc est noir et de ne plus se souvenir qu’il avait cru le contraire vingt ans plus tôt révèle simplement une appropriation parfaite des principes de l’Angsoc – pardon, de LFI… Mais lorsqu’on veut éblouir la représentation nationale avec sa culture générale, situer le Toast d’Alger en 1920 alors qu’il a eu lieu en 1890 est quand même un peu ballot.
Cher Philippe,
Permettez-moi d’enrichir, à ma modeste mesure, le dictionnaire de la novlangue contemporaine :
Scandale d’État : dysfonctionnement administratif ou mesure de régulation monté en épingle, considéré comme reflétant une anarchie généralisée ou une atteinte majeure aux libertés fondamentales.
Petits hommes gris : hauts fonctionnaires, juges du Conseil d’État, inspecteurs généraux, préfets, directeurs d’administration centrale, tous forcément issus de Sciences Po et de l’ENA, qui passent leur vie à trahir la France pour toucher leurs primes et protéger leurs petits privilèges. Synonyme : « l’État profond ».
Changer de logiciel : formule magique signifiant que le désordre est arrivé à un point tel que seules des solutions radicales pourront y mettre fin.
Le réel : vérité absolue, incontestable et surtout exclusive. Toute donnée statistique, étude scientifique ou témoignage contradictoire est immédiatement qualifié d’« idéologique » ou de « hors-sol ».
Ouvrir/soulever le capot : recherche de la vérité vraie que l’on vous cache derrière les apparences.
Pluralisme : composition des plateaux de débats suivant la recette du pâté de cheval aux alouettes, un cheval, une alouette.
C’est dans notre ADN : argument génétique et culturaliste remplaçant toute discussion rationnelle.
Les bien-pensants : tout individu qui refuse de hurler avec les loups.
On ne peut plus rien dire : phrase rituelle prononcée immédiatement après avoir dit absolument tout, y compris l’indicible.
Chacun aura reconnu, bien sûr, le lieu où cette novlangue est parlée quotidiennement avec le plus d’application et de ferveur : une chaîne d’information en continu qui se présente comme le dernier bastion de la liberté d’expression.
Je vous félicite, vous êtes un fidèle auditeur de cette horrible chaîne de la fachosphère !
Cela dit, ce vocabulaire est largement partagé par une grande partie des locuteurs de notre belle langue s’exprimant dans les sphères saadéenne (BMFTV) ou bouyguienne (TF1/LCI).
https://www.youtube.com/watch?v=3Vul9-ToKuk
Le comte Halifax, favorable à la capitulation, ne pouvait que conclure :
« He mobilized the English language and sent it into the battle. »
« Il a mobilisé la langue anglaise et l’a envoyée au combat. »
https://youtu.be/skrdyoabmgA?t=139
Le Verbe a déjà vaincu le monde.
« 33Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. »
« Regardons à rebours comment un Jean-Luc Mélenchon a été si délicatement traité devant la commission parce qu’il l’impressionnait par une culture et un verbe pourtant totalement déconnectés du moindre souci de vérité mais jamais mis à mal. » (PB)
Qu’on arrête de dire que J.-L. Mélenchon impressionne par sa culture et par son verbe.
Déjà qu’il a un ego surdimensionné, cela ne risque pas de l’engager sur le chemin de la modestie. Et surtout, c’est faux.
Il possède une culture parfaitement normale pour quelqu’un de son âge qui a pris le temps de s’intéresser à l’histoire, à la littérature, à la politique et à la philosophie tout au long de sa vie, ce qui est à la portée de n’importe quel esprit curieux et appliqué.
Quant à son talent oratoire, il relève d’une rhétorique bien connue, construite sur l’emphase et l’effet, que l’on peut entendre chez bien des bateleurs publics. Rien qui justifie l’admiration excessive dont il est parfois l’objet.
En réalité, « la méthode Mélenchon » est ancienne : il ne répond quasiment jamais à la question posée et bifurque sans cesse vers un autre sujet.
Lorsqu’on l’interroge sur les raisons pour lesquelles son parti défend le port du voile pour les fillettes musulmanes, il déplace immédiatement le débat sur la circoncision des enfants juifs. Il fallait oser ; il l’a fait.
Pendant les presque deux heures de son audition du 6 décembre dernier, il a promené les députés de la commission d’enquête (*), qui se sont montrés particulièrement peu rigoureux, incapables de le recentrer lorsqu’il s’écartait du sujet. Consternant.
La meilleure réponse à J.-L. Mélenchon,
c’est celle de Raphaël Enthoven.
À la fin, seule la mémoire du débat démocratique fera le tri.
(*) Commission « sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ».
L’appauvrissement linguistique que nous avons tous constaté se déploie depuis une période difficile à circonscrire avec précision – disons, si l’on devait hasarder une datation, les années quatre-vingt, en première approximation. Mais ce n’est pas tant cette dégradation en elle-même qui m’inquiète, ni le fait que certains s’expriment mal – après tout, on pourrait considérer que cela relève de leur responsabilité personnelle.
Ce qui me préoccupe véritablement, c’est un phénomène autrement plus troublant : ceux qui les écoutent et leur répondent, tout en déployant l’effort consciencieux de s’exprimer correctement, ne parviennent guère à être mieux compris. Voilà ce qui est réellement alarmant.
Assisterions-nous à une tendance généralisée à l’appauvrissement, touchant même ceux qui s’efforcent de se faire comprendre avec rigueur ? L’hypothèse n’est pas à écarter. Il s’agirait alors moins d’une incapacité linguistique que d’une forme de paresse intellectuelle, d’un renoncement collectif à l’exigence de clarté et de précision dans l’échange.
Cette démission devant l’effort de la compréhension mutuelle constitue peut-être le symptôme le plus inquiétant de notre époque.
Et la généralisation de l’IA ne va faire qu’empirer la situation, vu que désormais nombre de discours politiques et philosophiques s’appuient sur ChatGPT et Grok ! 🙁