2027 : l’année des premières ?

Comment ne pas comprendre, contre tous les exemples anciens de désintérêt civique, la passion politique pour cette élection de 2027, si proche de nous maintenant ?

Parce qu’on sent bien que cette élection présidentielle va être l’année des premières, celle de phénomènes inédits dans l’Histoire de notre pays. On peut même considérer qu’ils ont pris naissance dès aujourd’hui.

D’abord, de la part de tous les candidats, qu’elle soit larvée ou ostentatoire, une hostilité personnelle, presque haineuse, comme on n’en a jamais connu, à l’encontre du président de la République qui s’obstine à faire croire qu’il a encore un peu la main. Mais il est pathétique et injuste de voir comme on lui dénie pourtant ce zeste de pouvoir !

Ensuite, on doit constater, même si tous les jeux ne sont pas totalement faits, que la probabilité d’un second tour entre Marine Le Pen (MLP) et Jean-Luc Mélenchon (JLM) est quasiment certaine, alors que nous sommes à six mois de l’échéance.

Certes d’aucuns qui sont les plus lucides s’acharnent à plaider pour l’organisation très rapide d’une authentique primaire ( dont l’ampleur sera à déterminer) de la droite et du centre. La solution de Michel Barnier serait bienvenue : « ouverte, populaire, la plus large possible » (JDD). On a le droit de rêver mais avec l’étrange entêtement d’Edouard Philippe pour en refuser même le principe, les rivalités et les rapports de force entre les potentiels participants, on craint plus un processus dilatoire qu’une énergie véritablement collective.

Une autre première avant 2027 est qu’on n’aura jamais relevé, sauf pour le second tour tronqué entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, l’annonce d’un tel écrasement d’un adversaire par rapport à l’autre. Aujourd’hui, JLM est la meilleure chance pour MLP pour pouvoir enfin devenir présidente de la République, parce que contrairement à son père, elle le désire vraiment.

Un phénomène inédit tient aussi au fait que face au champ de ruines qu’est la France aux yeux de beaucoup de ses concitoyens et de certains pays étrangers se réjouissant de ses déboires, tout en prétendant donner des conseils, il n’est pas un candidat, et d’abord les deux favoris pour se retrouver au second tour, qui n’évoque un besoin de radicalité, une aspiration au bouleversement, et, comme l’a dit JLM au Bourget le 7 novembre et son propos pourrait être généralisé, « le raisonnable est de tout changer ».

Cette antienne est prédominante chez lui depuis longtemps et elle existe, intégrale mais pas de même nature, au sein de la droite populiste ( la définition paresseuse : extrême droite est plus qu’énervante). Il y a un consensus aussi bien du macronisme finissant que de tous ses adversaires pour en finir avec ce qui a été un faux dépassement, avec la réforme, la modération, la mesure mais d’aller vers le changement de logiciel, le renversement de la table, la mise à bas violente ou démocratique du bilan des dix ans d’Emmanuel Macron avec, évidemment, pour chacun – on verra à l’usage – la promesse d’une autre manière de présider, d’un autre style dans l’exercice du pouvoir.

Même Raphaël Gluksman accusé en permanence de mollesse et d’être moins socialiste qu’il le prétend s’est abandonné, lui aussi, à cette frénésie du paroxysme. Lui prêche la radicalité, pas « la brutalité » (La Tribune) et il a déclaré, pour se purifier aux yeux de ses inquisiteurs, qu’il avait refusé d’être Premier ministre en 2024. Quel calvaire, à peu près partout pour lui: trop fin pour une politique des gros sabots !

Le paradoxe, l’ironie est que si François Hollande parvenait à élargir son trou de souris en même temps que RG ne « décollerait pas  » vraiment, il serait sans doute le seul jouteur à avoir répudié son extrémisme apparent et initial de président hier pour un recentrage bienfaisant. Au point qu’une part de la droite, grâce à cette évolution, le verrait d’un bon oeil, avec un regard métamorphosé.

Ce n’est pas une première sans importance ni effets redoutables du côté, d’abord, de JLM qui est profondément un autoritaire, un dominateur : son invocation permanente des valeurs, son invite à faire du racisme « une affaire personnelle » mais sans incidence sur ses réactions antisémites, son appropriation de la République, sa détestation d’une liberté ne le flattant pas, ses élans de fraternité sauf à l’égard de ceux qui nous protègent sont autant de masques pour occulter son incroyable soif de pouvoir personnel. Il n’en revient pas, lui le flagorneur de François Mitterrand, de pouvoir prendre sa place, adulé comme son maître l’était hier !

Une première finale, si on peut s’exprimer ainsi, est que l’état de la France représentera un Himalaya à gravir et qu’aucun citoyen, même le plus gangrené par l’idéologie, n’est dénué de peur et même d’angoisse. Dans les élections présidentielles précédentes, l’espérance n’était pas à ce point nulle part. Il faudrait ne pas tenir à la nation pour se permettre d’être désinvolte. Il n’y aura pas de Grand Soir ou de Révolution ou de Réformisme mais seulement, d’un côté comme de l’autre, le risque de pratiques et d’expériences dangereuses sur l’établi national et dans la vie internationale.

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