Un billet, en attendant…

Déjà, c’est un grand bonheur d’écrire un billet sur CNews ou de tweeter à son sujet en sachant que je ne serais pas, de leur part, soumis à une inquisition sourcilleuse.

Je ne pouvais passer sous silence le fait que, dans la soirée du 23 janvier, j’ai appris que je ne serais plus présent sur CNews, sur les deux plateaux qui me restaient : le mercredi de midi à 14 heures, habituellement avec Sonia Mabrouk, et le jeudi matin de 9 heures à 10 heures 35, dans l’émission animée par Pascal Praud (PP).

Après un tweet annonçant cette nouvelle, j’ai été touché par la multitude de soutiens venus de toutes parts, et pas seulement de complices politiques.

Un premier plateau avec PP m’avait déjà été supprimé, il y a quelque temps, sans la moindre explication. J’avais alors analysé cette éviction comme la conséquence d’un supposé manque de révérence à l’égard de Nicolas Sarkozy, et ce malgré sa condamnation, alors que, dans mes joutes avec Pascal Praud, je me contentais de répliquer lorsque la magistrature, prise globalement, était traînée dans la boue, et que l’ignorance comme la partialité judiciaires dominaient les échanges.

Mon exclusion, à ce que je crois — puisque personne, évidemment, n’a pris la peine de me la notifier sans détour, ce qui m’aurait au moins permis une défense, voire une contradiction — résulterait d’un tweet dans lequel j’énonçais cette évidence : sur CNews, une double inconditionnalité est requise, l’une à l’égard de Nicolas Sarkozy, l’autre à l’égard d’Israël après l’ignoble barbarie du 7 octobre 2023.

Et sans doute aussi, et surtout, de certains de mes propos tenus dans le cadre d’un portrait consacré à Pascal Praud dans Le Monde, sous les signatures de Gérard Davet et de Fabrice Lhomme.

J’avais naturellement accepté leur sollicitation en me souvenant de ce que m’avait dit Pascal Praud à propos d’un autre portrait prévu dans Le Nouvel Obs : qu’il s’en « fichait » et que l’on pouvait dire ce que l’on voulait !

Je n’aurai pas l’inélégance de renier toutes mes affirmations mais dans la forme et le fond, j’ai des réserves.

Dans le cadre d’échanges familiers et spontanés, une tonalité grossière, voire vulgaire – aux antipodes de ce que je suis – a été conservée, alors qu’elle aurait été supprimée si j’avais pu relire. De leur part, il y a eu là pour le moins une indélicatesse.

Quant à la nature même du propos, les rédacteurs ont interprété négativement ce qui, dans ma bouche, était positif. Ainsi, lorsque je cite Serge Nedjar définissant CNews comme une chaîne d’opinionS, je l’approuve pleinement et j’indique que j’aime être, sans la moindre présomption, le « S » de CNews. Ils me font proférer, au contraire, une appréciation critique.

Ce sont des détails, mais qui ont pesé lourd.

Ce billet a seulement pour objet de préciser certains points. Le succès de CNews, ses pratiques, son climat, sa conception de la liberté d’expression, la qualité de quelques animateurs et journalistes, sa pensée, tout compte fait, « unique », méritent bien davantage qu’un simple post. Je vais donc m’efforcer d’en tirer un petit livre, qui aura au moins l’avantage d’être écrit par un conservateur plutôt que par un adversaire compulsif.

Ni honneur ni indignité dans cette exclusion radicale. Mais, d’une certaine manière, un soulagement : l’écartèlement a des limites.

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Du triste mais indéniable avantage d'être une brute...

Voir les Commentaires (1)
  1. Cher Philippe,

    Je me suis réjoui de votre lucidité sur Nicolas Sarkozy, puis ai regretté un relâchement et le fait que vous sembliez, enfin, rentrer dans le rang.
    Notre dernier échange datait du 25 septembre, où votre combativité m’avait rassurée.

    Cette mise à l’écart de CNews vaut tous les rubans rouges.

    Mais vous le savez, il fallait vous faire taire ; de plus en plus sur le plateau, votre bonne éducation vous interdisait de vous lever et, comme on dit, « de lui en mettre une » (à Pascal Praud).

    Respect à vous pour ce licenciement, qui est une reconnaissance.

    Vous aviez qualifié Praud d’ami.
    Disons que ce dernier vous rend service en vous rendant la liberté d’expression que vous tendiez à perdre.
    Telle une grenouille dans une casserole qui chauffe, il arrive un moment où l’on ne peut plus sortir.
    Il est parfois salvateur que d’autres décident à notre place.

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