Il y a vingt ans, le 13 février 2006, Ilan Halimi était assassiné, dans des conditions atroces, par Youssouf Fofana.
Comme l’a excellemment résumé Gilles Antonowicz qui fut l’un des avocats de « l’appât », cette tragédie criminelle « comporte trois temps : l’enlèvement d’Ilan Halimi, la séquestration et l’assassinat. L’assassinat a été commis par Fofana seul, et il a été condamné à la peine la plus lourde prévue par la loi française. »
Il n’est pas inutile de rappeler ces données incontestables, que je peux confirmer puisque j’ai été l’avocat général lors du premier procès du « gang des barbares ». L’arrêt a validé, peu ou prou, les réquisitions que j’avais prises et aurait dû rendre inutile l’appel interjeté sous l’influence délétère conjointe de la ministre Michèle Alliot-Marie et de l’avocat de la famille Halimi, Me Francis Szpiner.
D’autant plus que l’ensemble des accusés avait accepté toutes les sanctions prononcées par le premier arrêt.
Le président de la République va planter un chêne dans le parc de l’Élysée en hommage à Ilan Halimi, avec l’accord de sa famille.
Il prononcera, j’en suis sûr, un magnifique et émouvant discours dans lequel il dénoncera le poison de l’antisémitisme, les dérives identitaires et communautaires, avec tout ce qu’il faudra d’allusions sans équivoque à l’extrême gauche et, par réflexe aujourd’hui, à l’extrême droite.
Deux cents personnalités seront présentes : associations, représentants des avocats, membres de la plus haute hiérarchie judiciaire, directrice de l’École nationale de la magistrature, réunis dans une même compassion, unis par une même révolte, espérant « un plus jamais ça ».
Emmanuel Macron ne cherchera pas à compenser son absence lors de la marche contre l’antisémitisme.
Si elle lui a été inspirée par Belattar, lui faisant craindre une révolte des banlieues, elle aurait été inexcusable.
Si elle a résulté de l’obligation, pour un président, de se tenir au-dessus des manifestations, même les plus légitimes et les plus éthiques, il faudrait cesser de lui imputer ce grief.
Ce chêne, une fois planté, sera au moins à l’abri des profanations régulières qui ont dégradé et souillé les lieux érigés en célébration douloureuse de cette mort.
Je ne me moquerai jamais de ces cérémonies qui viennent à la fois raviver le souvenir et alerter sur le futur. Mais je continue à penser que nous n’avons pas encore trouvé le remède radical pour combattre l’augmentation des actes et des propos antisémites – 645 incidents relevés de janvier à juin 2025 – qui, depuis quelque temps, s’affichent à ignominie ouverte, dans les péripéties les plus quotidiennes, dans la banalité des jours comme dans les rassemblements partisans.
J’entends bien que les antagonismes politiques ont leur part dans cette situation. Mais ils ne sauraient masquer notre impuissance pénale ni le faible impact de nos stigmatisations morales.
À l’évidence, les hommages graves ne suffisent plus, pas davantage que les dénonciations du cœur et des belles âmes.
Au moins, en 2009, la justice criminelle avait fait ce qu’elle devait.