Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Le Pas-de-Calais fait la leçon à la France…

Le Pas-de-Calais, a pris partiellement la mesure du fiasco et s’est efforcé d’y remédier en mettant en place une task force qui mériterait d’être généralisée. Celle-ci pourrait utilement venir en renfort partout où une administration policière débordée, dépassée, ne transmet plus les plaintes aux parquets et les laisse s’accumuler au point de n’avoir d’autre recours que leur relégation. Est-il inconcevable, pour l’excellent ministre de la Justice qu’est Gérald Darmanin et pour le nouveau ministre de l’Intérieur, de se pencher sur ce problème dramatique et de constituer, toutes affaires cessantes, un véritable service d’urgence destiné, à l’échelle nationale, non plus à faire disparaître les dossiers, mais à les mettre en lumière ; non plus à éradiquer les plaintes, mais à rendre la justice possible ?

Magistrats, policiers et gendarmes sont du bon côté…

Je n’ai jamais été sensible aux discours de ceux qui, insatisfaits de ce qu’ils avaient pourtant choisi, étaient trop souvent conviés par les médias à médire de ce qu’ils avaient quitté. Cette complaisance consistant à dénigrer, avec acrimonie, des services publics et des institutions qu’ils avaient servis m’a fréquemment paru suspecte ; plus encore la naïveté médiatique qui prêtait à ces paroles une autorité qu’elles n’avaient pas, tant elles semblaient n’exprimer, au bout du compte, que le ressentiment ou l’amertume de trajectoires contrariées.

Quand le crime est une statistique…

On peut relever que l’irresponsabilité pénale constatée en janvier 2011 pourrait être apparemment compatible avec une responsabilité pénale, au moins relative, en décembre 2025. Les ombres qui, sur le plan criminel, obscurcissent parfois totalement un individu sont susceptibles de se dissiper. On n’est pas nécessairement criminel et fou à vie. Pour le meilleur comme pour le tragique.

Revoir Poutine, mais pourquoi et comment ?

L’unique levier réel avec Poutine consiste à être capable de tenir le rapport de force et d’opposer à sa détermination – amplifiée par une mauvaise foi qui, jusqu’à présent, n’a jamais été véritablement battue en brèche – une résolution implacable, fondée sur le bon droit et la justice. Cette stratégie implique aussi que notre président sorte de ses sentiers battus et accepte d’abandonner la séduction et la complaisance qui, trop souvent et en bien des circonstances, ont été ses seules armes pour convaincre ou vaincre l’adversaire. On lui donnait raison en espérant qu’il nous en saurait gré : c’est naturellement l’inverse qui se produisait. On ne peut imaginer que, face à Poutine, Emmanuel Macron ne s’efforce pas de métamorphoser sa nature et de la rendre inflexible devant un antagonisme puissant, décidé à imposer ses conditions.

Nicolas Sarkozy : un compte de Noël…

Si Nicolas Sarkozy mesurait l’opportunité unique qui s’offre à lui de purifier toute cette entreprise par l’abandon enthousiaste de ses gains substantiels, combien serait-il applaudi ! Non seulement par ses multiples partisans, qui n’ont jamais douté de son altruisme, mais aussi par ses adversaires, qui salueraient un tel geste, et par les indifférents à la politique, dont le regard sur la moralité publique s’en trouverait transformé. Je suis convaincu que cela relèverait du même coup de génie que celui qui a sauvé David Beckham : Nicolas Sarkozy deviendrait un exemple de classe et de décence.

Que Gérald Darmanin nous aide à le soutenir…

Gérald Darmanin est un homme entêté dans ses résolutions, pour le meilleur en ce qui concerne la politique qu’il mène et qu’il projette, sur un mode plus ambigu s’agissant de la persistance de ses fidélités amicales et politiques malgré l’énoncé d’une condamnation.

La France accompagne le déclin…

Comme aucun président de la République ne pourra disposer de cette formidable et double légitimité d’un de Gaulle – son destin historique, son recours constant au peuple -, il devra d’autant plus se faire estimer et respecter par ses concitoyens en tenant des promesses plausibles, par un comportement personnel irréprochable et par une politique qui, si elle est discutée selon la règle démocratique, ne dressera pas nécessairement une France contre l’autre.

Bruno Retailleau : l’annonce faite à la France ?

Il ne faut surtout pas que Bruno Retailleau se sente obligé de choisir entre ses responsabilités créatrices de président de parti et son devoir de faire gagner la droite en 2027. Les premières irrigueront le second, et son ambition présidentielle, déclarée au sein du parti, apportera puissance, densité et crédibilité à la révolution qu’il entend mener en son sein. Ce dessein mené sur un double front sera aussi un moyen d’éradiquer la lutte sournoise ou ostensible que Laurent Wauquiez mène contre lui, déplorable posture de mauvais perdant qui a permis à Sébastien Lecornu de déployer ses manœuvres et ses connivences occultes au détriment de l’intérêt du pays.

Dur d’être favori pour la présidentielle !

À ma passion pour la politique s’ajoute, sur le tard, une estime croissante pour l’ascèse et la patience dont doivent faire preuve les personnalités exposées à la lumière. Je n’aurais pas su, je n’aurais pas pu.

Les passions humaines prennent le dessus !

Que les passions humaines prennent le dessus n’est sans doute pas très progressiste, mais c’est ainsi : il faut bien que les êtres respirent et soient eux-mêmes. On a beau apposer des couches multiples entre soi et le réel, à un certain moment — miraculeux ou déplorable — il n’y a plus que soi !