Jeffrey Epstein : une comédie inhumaine…

Il faut regarder son visage, l’ironie qui s’y affiche parfois, le cynisme qui affleure, le dédain peut-être aussi, derrière le charme, la séduction et l’amabilité.

Je me suis demandé quels étaient les vrais buts de cet homme, si l’on exclut ses propres appétences, ses vices, ses voluptés et son sadisme. En effet, il n’était pas un homme de pouvoir classique, seulement intéressé par sa jouissance d’être et de dominer. Il ne se satisfaisait pas d’être admiré et respecté par la multitude de ceux qui le connaissaient, l’exploitaient avec son consentement et profitaient de son immense fortune et de son entregent d’une redoutable efficacité. Par ceux qui le prenaient exclusivement pour ce qu’il n’était pas : un milliardaire mondain, généreux et infiniment civilisé.

L’argent, le sexe, l’organisation terrifiante et sans limite des plaisirs des autres, la manière dont il comprenait les faiblesses, les besoins, les dépendances, l’incroyable vulgarité et la salacité latentes chez certains puissants et privilégiés, auxquelles il permettait de s’abandonner enfin, dans un univers apparemment préservé et intouchable.

Pour l’inhumain, on va finir par tout savoir. Notamment depuis que les investigations ont recommencé à Paris afin de tirer toutes les conséquences de la complicité malfaisante et criminogène entre Jeffrey Epstein (JE) et Jean-Luc Brunel, tous deux réunis par leur suicide.

Pour JE, « trente ans de négligence judiciaire au détriment des victimes de ce prédateur sexuel… Les premières plaintes en 1996. Une condamnation en 2008, mais, jusqu’à l’été 2019, il ne sera plus inquiété par la justice ».
À Paris, « avec son appartement avenue Foch et sa présence dans les tables et lieux d’exception », ses relations vont être passées au crible… Et les servitudes odieuses liées à de jeunes filles soumises, livrées à l’encan, transférées d’un lieu à l’autre, d’une soumission sexuelle à l’autre, comme, par exemple, Malika, dont le témoignage est glaçant (Marianne, Match, Le Figaro, Le Parisien…).

L’inhumain, c’est cet effroyable commerce de jeunes corps programmés, dédiés, livrés et soumis, dans un monde d’ignobles personnages que leur apparence sociale aurait dû rendre plus exemplaires encore. La chair de ces proies, présentée et goûtée comme celle d’esclaves modernes.

Mais on manquerait de psychologie si l’on s’arrêtait à cette atroce et souriante inhumanité.

J’imagine JE maître d’œuvre de ces horreurs, distribuant son argent à foison, rendant des services, facilitant des projets, accroissant son influence et élargissant son cercle, enfermant ses obligés et les puissants, de plus en plus pris dans un étau soyeux. Je ne peux pas l’imaginer autrement que comme un diable contemplant tout cet univers humain, cette comédie multiple où les prétendus importants se montraient à lui avec leurs turpitudes et leurs faiblesses, leur consentement absolu aux débauches, leur absence de pudeur à tous points de vue, aussi bien pour le sexe que pour leur besoin d’argent. Je le conçois seulement avec le regard à la fois amusé et cynique de celui qui menait la danse, qui tenait ce royaume pervers, en attente de tout, sous son joug.

Cette inhumaine comédie constituait JE en une sorte de démiurge, qui ne s’excluait pas des horreurs mais dont la plus grande volupté, à mon sens, était d’en rendre les autres prisonniers, en se disant probablement combien il était facile de mener les privilégiés par le bout du vice et de l’intérêt.

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Bruno Retailleau, enfin !

Voir les Commentaires (5)
  1. Cette affaire Epstein est dans la continuité du mouvement #MeToo — qui, lui aussi, nous vient des États-Unis — et a mis en évidence les turpitudes de la haute société, où argent, sexe et politique sont étroitement liés.

    L’émancipation des femmes, qui a vraiment pris son essor au XXIᵉ siècle, a permis de rompre un tabou millénaire sur leur rôle dans la société d’aujourd’hui, puisque désormais elles ne sont plus reléguées à s’occuper des enfants, du ménage et à satisfaire les petits plaisirs de leur mari (et accessoirement de leur patron), mais elles peuvent désormais occuper des postes à haute responsabilité dans les affaires, l’enseignement et la politique.

    Ainsi que le laissait entendre en son temps Simone de Beauvoir, une femme est un « homme comme les autres »… à un petit détail près, bien sûr !

    Il va falloir s’y faire. 😊

  2. « Suicide », c’est vite dit. Dans ce milieu, on ne se suicide pas. Le commanditaire utilise discrètement un tueur à gages bien payé, on débranche les vidéos de sécurité, on élimine en silence, on lui passe le drap autour du cou en nous faisant croire qu’il se serait pendu avec un drap accroché… où ça et à quoi ? À la poignée de la fenêtre située à 1,50 m du sol, laissant trois fractures autour du cou ?

    On attend la divulgation des autres célébrités, protégées par le département de la Justice US. On nous prend pour des naïfs ? Entre soi, rien ne vaut un bon arrangement. Ça ne vous interpelle pas ?

    Todd Blanche, ancien avocat de Donald Trump, aujourd’hui à la tête du département de la Justice US, a intérêt à ne pas contrarier son patron, DT. On ne sait jamais : un accident pourrait vite arriver.

  3. Démiurge, dit notre hôte ? C’est beaucoup dire, et diable aussi. Un maître du jeu de rôle, un corrupteur, certes, mais sans rien de créateur qui, à mon sens, fasse partie des attributs accordés aux démiurges et même aux diables.

    Je pense que les pervers peuvent céder à deux tentations : faire du mal, faire le bien, ou encore se hausser, par les discours, par l’image, bien au-delà de leur domaine de compétence. Outre que se laisser corrompre n’est pas bien beau, supporter une médiocrité certes dorée, mais une telle médiocrité, me semble mortellement ennuyeux. Je ne veux pas dire que les pervers ne puissent pas être créatifs, mais là, il me semble qu’on a une sorte de libre-service du vice et de l’entre-soi tellement fastidieux que je me hâte de conclure mon commentaire, car je m’ennuie déjà.

  4. Cher Tipaza,

    Pour laisser la place à un kadyrovien qui sera nommé.
    Le changement naturel devait se faire après l’élection présidentielle, donc avec un gouverneur proche d’un nouveau sérail, moins compatible avec l’Europe de la soumission et les grands patrons.

  5. Question hors sujet !
    Quelqu’un sait-il pourquoi François Villeroy de Galhau a annoncé, le lundi 9 février 2026, qu’il quitterait ses fonctions de gouverneur de la Banque de France au début du mois de juin ?
    Une décision surprise alors que son mandat devait initialement se terminer fin 2027.

    Hum… si la question est hors sujet, j’ignore ce que sera la réponse.
    Complotisme, quand tu nous tiens, comme disait l’autre !

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