Et si on nous prenait au sérieux ?

Il y a deux maires qui s’affrontent : pour schématiser, l’un se bat pour sauver sa petite maternité, l’autre pour la faire rouvrir.

Emmanuel Riotte (divers droite), maire de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, fait tout ce qu’il peut pour éviter une fermeture en 2028. Il avait même fait voter, par le conseil municipal puis au niveau de la communauté de communes, une prime de 1 000 euros afin d’inciter les femmes à venir y accoucher. Cette initiative avait suscité une polémique au sein du monde médical.

Fabien Verdier (sans étiquette), maire de Châteaudun, en Eure-et-Loir, a la ferme intention de faire rouvrir la maternité fermée depuis 2018 (Le Monde).

En dehors de cette évidence « qu’on a le droit de naître dans nos villes de sous-préfecture », je voudrais saluer la détermination de ces édiles qui n’acceptent pas la réalité comme un fait acquis.

J’entends bien que l’on pourrait reprocher à ceux qui soutiennent leur position d’appartenir à un ancien monde et de ne pas être sensibles aux arguments de rationalisation et d’efficacité, prétendument irréfutables.

C’est pour cela que mon titre ose exiger que l’on nous prenne au sérieux : il ne suffit pas, à mon sens, d’estimer un combat passéiste pour le disqualifier, ni de déclarer inconcevable le maintien d’une petite maternité ou sa réouverture pour avoir forcément raison.

Ce qui me semblerait relever à la fois d’un débat politique et technique mériterait que l’on prît en compte les données de la rentabilité hospitalière et médicale – dans les deux municipalités évoquées, de moins en moins de futures mères se présentent à la maternité de Saint-Amand-Montrond, et trop peu se présentaient dans celle de Châteaudun – mais aussi les paramètres immatériels des bonheurs singuliers et du bien-être collectif.

J’ai l’impression que le rouleau compresseur, seulement défini par le fil du temps, l’obligation de réduire les coûts et de diminuer les dépenses, est exclusivement considéré, et qu’on ne tente même pas de réfléchir à une synthèse conciliant ce que l’on doit à un avenir responsable et à une humanité respectée ; qu’on n’essaie même pas de sauver la part d’un passé regretté, face à une modernité encensée par principe.

J’imagine aisément combien le mépris jeté à la tête des nostalgiques, la dérision adressée à ceux pour qui le calcul n’est pas le seul mode de relation au réel et, plus globalement, l’accusation de ne rien comprendre au monde tel qu’il est, tel qu’il va et tel qu’il devrait être, constituent autant de blessures et d’offenses.

Je ne dis pas qu’ils ont forcément raison, mais les petites maternités à sauver leur seront, dans tous les cas, reconnaissantes : elles auront entendu un mot en leur faveur.

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