Emmanuel Macron par Françoise Degois…

Le 4 novembre, après avoir lu le livre de Françoise Degois (FD) « Vous êtes tous trop durs avec moi », qui se sert des échanges avec le président de la République pour éclairer ses analyses plus que pour tomber dans l’indiscrétion, j’ai tweeté, enthousiaste devant la qualité de ce grand essai politique, le bien que j’en pensais. La nuit passée, je n’ai pas changé d’avis, mais je regrette tout de même trois choses.

D’abord, quand on a la chance de pouvoir dialoguer avec Emmanuel Macron (EM), il me semble qu’on devrait avoir davantage envie d’écouter que de s’exprimer.

Ensuite, le questionnement aurait pu porter d’ailleurs, bien au-delà de la politique politicienne et des personnalités de droite ou de gauche qui la cultivent, sur l’ensemble des interrogations concernant EM, et notamment sur son passé, sa conquête du pouvoir et la manière dont il a dupé François Hollande.

Enfin, FD a préféré souvent, avec talent et parfois une franchise brutale, mais toujours chaleureuse, affirmer ses convictions socialistes, son hostilité à l’égard de certaines nominations bien défendues par le président et son dépit de n’avoir jamais vu la gauche appelée par ce dernier, qui a répété à juste titre qu’elle n’avait pas gagné.

Malgré ces réserves, ce qui se dégage de ce livre est un formidable portrait du président, éclairant sa psychologie et son caractère, sa conception de la vie politique, la défense de son bilan, son combat, dont il est fier, « contre l’Internationale réactionnaire », ainsi que certaines réactions personnelles qui, sans toucher à l’intime, domaine que Françoise Degois a choisi de préserver par délicatesse, éclairent beaucoup son tempérament.

Essentiel enseignement : ce président « ne désertera jamais ». Inutiles donc ces menaces grotesques de Jean-Luc Mélenchon : « Il faut qu’il cède ou qu’il parte ! »

Seconde leçon : sa hantise de voir Marine Le Pen lui succéder …

Ceux qui, sur tel ou tel plateau, n’ont cessé de traiter avec dérision le président, doutant de son intelligence, en seront pour leurs frais. Elle est incontestable, se traduisant de mille manières et sur tous les modes, dans ses interventions brèves ou plus longues, ses répliques, sa capacité de tolérance et l’expression de ses humeurs. Drôles, ironiques, sarcastiques, indulgentes, sévères, elles oscillent au gré de l’actualité et des charges de FD.

Sa lucidité est totale et la plupart de ses jugements sur les personnalités qui l’entourent et le monde politique en général peuvent être approuvés, même s’il est injuste avec la droite, qu’il voit globalement se ruer vers le RN, alors qu’en réalité, sur beaucoup de plans, elle fait l’inverse, tétanisée par la condamnation dont la gauche l’accablerait. Pour tout ce qui ne dépend pas de lui, sa rationalité est entière et ses analyses, même rapides, emportent le plus souvent l’adhésion.

Sa faiblesse réside sans doute moins dans la haute conception qu’il a de lui-même, pas absurde au regard de son environnement, que dans le fait qu’enfermé en lui-même, il est conduit à mal accepter les remises en cause, les révisions, déchirantes ou non, les aveux de culpabilité, la reconnaissance d’erreurs graves, comme la dissolution.

C’est clairement cette autarcie, nullement contradictoire, par ailleurs, avec son sens de l’écoute et son aptitude au dialogue – il est beaucoup plus doué dans cet exercice que comme orateur –, qui représente ce qui l’a, au fond, le plus handicapé durant ses dix années de pouvoir. Avec aussi cette incapacité de trancher comme il aurait fallu ici ou là, parce que le suspens de l’intellectuel pesait plus que l’énergie du président.

Quand on a lu cet ouvrage de FD, dont je maintiens qu’il est non seulement unique dans son genre, mais aussi très enrichissant pour mieux appréhender le président, on éprouve une étrange impression. Comme si ses dix années de présidence l’avaient achevé, mûri, amplifié, vieilli à tous points de vue, alourdi, placé enfin dans un juste registre présidentiel. Tel un prélude enthousiasmant et douloureux, un apprentissage aux mille facettes.

Comme Roger Vitrac s’écriant devant son épouse : « Tu verras, quand je serai jeune », j’imagine EM proclamant avec fierté, sans être démenti : « Vous verrez, quand je serai président ! »

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