L’interview politique : une empathie critique…

Beaucoup considèrent que l’interview politique est « un sport de combat ». Une telle conception est un aveu de faiblesse et dégrade le journalisme (Le Parisien).

L’influence américaine pèse lourd dans cette tendance de nombreux médias à transformer l’entretien en empoignade, où la personnalité invitée compte moins que le journaliste lui-même, soucieux de montrer, le plus souvent, qu’il ne partage pas les convictions de celui ou de celle qu’il a pourtant sollicité.

Pour constater cette dérive, parfois discrète ou maladroitement masquée, il n’était pas besoin de tomber dans la caricature offerte par France Info, où Sarah Knafo a été interrompue, selon elle, 73 fois en 24 minutes, au point qu’elle a saisi l’Arcom pour cette apparence d’entretien.

Ce billet, qui propose de substituer au « sport de combat » une empathie critique dans les interviews politiques, suscitera sans doute de la désapprobation, tant les pratiques journalistiques, aggravées par le climat actuel et la proximité de la prochaine échéance présidentielle, semblent être aux antipodes d’une telle disposition.

Pourtant, si l’on considère ce que devrait être le résultat escompté et bénéfique d’un entretien politique – et, au fond, de tout entretien, quel qu’en soit le genre –, il paraît évident, et éminemment professionnel, de faire preuve, au moins durant le temps de l’échange, d’une empathie qui n’est ni courtisanerie ni partialité ostensible. Il s’agit simplement d’accorder à la parole de l’autre une écoute bienveillante et exigeante, d’établir avec son interlocuteur un lien courtois et donc efficace, propice à un dialogue véritable.

Efficace parce que ce sera la manière la plus appropriée de faire surgir, au plus profond de l’esprit et de la sincérité de l’invité, une vérité aussi authentique que possible, en sortant l’entretien de son registre habituel, trop souvent caractérisé par la pugnacité factice, parfois ridicule, du journaliste et, dans le meilleur des cas, par l’agacement dominé d’un invité qui aurait bien aimé pouvoir répondre aux questions sans être coupé.

Cette empathie critique est non seulement une politesse humaine, une richesse intellectuelle et une qualité journalistique, mais elle a pour principal avantage de permettre la libération de la parole, de donner de la profondeur à l’échange et, par voie de conséquence, de faire de l’entretien un véritable exercice démocratique. Pourquoi se priver d’une pratique aussi simple à mettre en œuvre, et dont les bénéfices seraient si évidents ? Pourquoi ne pas relever, dans les entretiens politiques, le défi de cette empathie critique ?

Quelques rares journalistes l’ont déjà fait et continuent, chaque jour, d’en donner la preuve.

De grâce, laissons les sports de combat là où ils doivent être et rester !

Article précédent

De Gaulle : le droit contre le juridisme...

Voir les Commentaires (10)
  1. Après le slogan du Führer Adolf Mélenchon : « Tous blancs, tous moches », je lui en propose un autre, encore plus efficace : « Tous noirs, tous beaux ».
    Si, après leur campagne hallucinogène, les LFI ne gagnent pas en 2027, ce sera la fôôôte des Blancs, tous moches, tous racistes, tous fascistes, ben voyons !

  2. Peut-on penser une seconde qu’il ne nous prend pas pour des couillons de première classe ?
    Comme le dit le commentaire, il fait sans doute le plein de son Solex :

    https://www.facebook.com/reel/1642159580711113

    « Sarah Knafo a été interrompue, selon elle, 73 fois en 24 minutes, au point qu’elle a saisi l’Arcom pour cette apparence d’entretien. » (PB)

    Jusqu’à maintenant, ce n’était qu’une manie. Ils sont légion, il m’arrive de le relever, à éprouver ce besoin irrésistible d’exister. Le pire est que, la plupart du temps, le coup passe à côté et c’est détestable à écouter.

    Parler « par-dessus » est une technique initiée aussi par LFI, reprise désormais par certains. Cela fait du brouillage et les réponses deviennent inaudibles.

    Empathie, je ne sais pas, mais la technique de Guillaume Roquette, associée à sa connaissance des dossiers sur lesquels il intervient, en fait un premier fusil, comme on disait. Il écoute, intervient très rarement, mais à la fin de l’envoi, il touche, fait mouche, et là où ça fait mal.

    Sur T18, le soir, Matthieu Croissandeau anime « Pour tout dire » avec une distance tellement proche de l’efficacité que les débats sont d’une clarté limpide. Un autre genre que celui de Guillaume Roquette, bien sûr, la partition n’est pas la même, mais c’est un plaisir pour les oreilles et surtout pour ceux qui aiment l’investigation.

    J’ai écouté récemment le débat sur la propriété… Et celui de Ruben Rabinovitch sur le livre écrit avec Jérôme Fourquet, « Homo occidentalis ». On n’entendait pas une mouche voler, mais quel plaisir !

    C’est toujours un plaisir de suivre Jérôme Fourquet, qui renifle la France sous toutes les coutures… Et pour ceux qui aiment davantage les chiffres que le doigt mouillé, tous y trouveront une photographie avec une belle mise au point.

  3. Pourquoi voulez-vous que le monde journalistique ne reflète pas à la fois le classement PISA et l’atmosphère égocentrique et conflictuelle qui règne dans notre société ? Ce monde n’est donc exempt ni de l’un ni de l’autre. Peut-être se sent-il affaibli, battu en brèche par les réseaux sociaux, d’où une certaine recherche du buzz, du scoop, du clash.

    Maupassant qualifiait déjà les journalistes de « marchands de nouvelles ».

  4. hameau dans les nuages

    Apolline de Malherbe doit avoir de la famille dans la police. Le regard noir, biaisé, accusateur, genre : « Mmh… hein ! Avouez ! »
    Ce n’est plus une interview, mais un interrogatoire. Cela m’intéresse de moins en moins, et je préfère vaquer à mes occupations. Ce théâtre me fatigue.

  5. « L’influence américaine pèse lourd dans cette tendance de nombreux médias à transformer l’entretien en empoignade, où la personnalité invitée compte moins que le journaliste lui-même, soucieux de montrer, le plus souvent, qu’il ne partage pas les convictions de celui ou de celle qu’il a pourtant sollicité. » (PB)

    Je ne sais pas s’il s’agit de l’influence américaine, toujours est-il que ce sont surtout les interviews politiques qui posent véritablement problème. Surtout quand l’invité(e) n’est pas du même bord que les journalistes qui l’interrogent, ainsi qu’on a pu le constater avec Sarah Knafo.
    Mais il faut reconnaître que les deux journalistes n’ont pas fait le poids face à elle. Elle s’est défendue comme une lionne.

    Ceci étant, il n’y a pas que les journalistes de France Info qui accordent plus d’importance à leurs questions qu’aux réponses de leurs invités et qui ne cessent d’interrompre ces derniers. Pascal Praud, lui aussi, dans son émission « l’Heure des pros » sur CNews se comporte exactement de la même façon, voire pire, imité en cela par son stagiaire Eliot Deval.

    Avec l’élection présidentielle qui se pointe à l’horizon, gageons que les clashs vont fleurir sur les plateaux de télévision…

    1. « les clashs vont fleurir sur les plateaux de télévision… »

      Pour mon plus grand bonheur, je savoure ces spectacles de débiles profonds, qui me coûtent cher en « petit lait », mais me font faire des économies en soirées cinoche et théâtre, salles que je ne fréquente plus depuis cette campagne hallucinante et ahurissante des « pestilentielles » 2027. Un péplum !

  6. Marc Ghinsberg

    L’interview politique : une exigence sans complaisance…

    Philippe Bilger a raison de dénoncer la dérive qui transforme trop souvent l’entretien politique en « sport de combat ». La pugnacité factice, les interruptions systématiques et la mise en scène du journaliste dégradent effectivement l’exercice. Son appel à une « empathie critique », écoute bienveillante et exigeante, lien courtois, mérite d’être entendu. Mais il risque de rester insuffisant, voire trompeur, s’il n’est pas immédiatement tempéré par une lucidité élémentaire.

    Il ne faut pas être naïf. Les responsables politiques qui acceptent une interview le font pour un bénéfice. Ils cherchent à rester sur leur terrain : éléments de langage, priorités, accusations, et à sortir de celui que le journaliste voudrait leur imposer. L’esquive des questions gênantes n’est pas une anomalie ; c’est la règle du métier. Attendre qu’une « vérité authentique » surgisse naturellement d’une écoute bienveillante, c’est sous-estimer cette réalité. Une empathie sans vigilance se transforme vite en complaisance.

    Le journaliste dispose d’un droit de suite qui n’est pas négociable : relancer, recadrer, demander la source, revenir sur la question non répondue. Quand l’invité énonce une contrevérité factuelle, il doit le contredire clairement, sur le moment, avec les éléments dont il dispose. Laisser passer une fausse affirmation au nom de la courtoisie, c’est la valider pour le public. De même, il faut refuser les tunnels : ces longs développements ininterrompus où l’invité déroule sa diatribe contre un adversaire ou multiplie les généralités. Couper ces digressions n’est pas de l’hostilité ; c’est de la maîtrise du temps et du cadre.

    La posture juste se situe entre deux excès. L’agressivité (ton méprisant, interruptions permanentes, journaliste qui se met en scène) dégrade l’échange. La bienveillance a priori (laisser parler, ne pas contredire, éviter les sujets sensibles) produit le même résultat par d’autres moyens. L’attitude professionnelle est celle d’une exigence froide et factuelle : politesse dans la forme, fermeté sur le fond, refus de jouer le rôle de public ou de contradicteur idéologique.

    Sans droit de suite, sans contradiction factuelle et sans refus des tunnels, l’« empathie critique » de Philippe Bilger se réduit à une courtoisie qui laisse le terrain à l’invité. L’entretien utile reste un dialogue exigeant : ni sport de combat, ni exercice de bienveillance.

  7. Cher Philippe Bilger,

    « Pourquoi ne pas relever, dans les entretiens politiques, le défi de cette empathie critique ? »

    Parce que la plupart des journalistes d’aujourd’hui semblent entièrement lobotomisés par la dictature progressiste qui impose depuis un demi-siècle une vision « humaniste » à la société.

    Ces journalistes ont une peur bleue d’être taxés de réactionnaires, d’extrême droite, voire de fascistes. Ils doivent donc en permanence donner des gages de bien-pensance à leurs collègues et patrons. Sinon, ils peuvent changer de métier.

    En outre, l’objectif premier n’est plus de permettre à l’invité d’exposer sereinement son point de vue, mais de le pousser dans ses retranchements et de mettre à jour son éventuel surmoi. Bref, de le piéger.

    Ces interviews où l’on passe son temps à interrompre l’invité pour révéler à tout prix le non-dit participent davantage de la joute oratoire que de l’information au public. Le journaliste cherche plus à briller qu’autre chose. Donc tout cela devient sans intérêt.

  8. Il est certain que, sur les chaînes d’audience mercantile, l’interview politique est devenue la performance du « journaliste » qui se prend pour une vedette. Le modèle était Jean-Jacques Bourdin.
    Le comportement arrogant, à l’image de celui du jeune Duhamel, mais il n’est pas le seul, pousse le doigt vers la télécommande pour changer de chaîne, et à la fin, on se retrouve sur la NHK à manger des nouilles.
    Et comme les politiques récitent un catéchisme, je me prive de leur programme.

Laisser un Commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *