Il y a la vie politique, les affrontements partisans, les délires politisés d’une Mathilde Panot sur le cancer, la victoire éclatante de Raphaël Glucksmann pour la cause social-démocrate. Il y a François Hollande, les yeux fixés sur les sondages, Bruno Retailleau qui les espère meilleurs, David Lisnard qui sent un frémissement, le Rassemblement national qui se maintient à un niveau élevé malgré (ou grâce à) Jordan Bardella et l’implacable sérénité de Marine Le Pen. Il y a Sébastien Lecornu à l’Assemblée nationale pour le vote difficile, voire impossible, du budget (les socialistes ont déjà servi une fois !). Il y a les mille agitations et aléas de la France officielle. Et, dans la géopolitique mondiale, il y a ce couple terrifiant formé d’une personnalité erratique, sans foi ni loi, et d’un dictateur cynique d’une cruauté indépassable.
C’est ce qu’on voit, ce qui nous fait peur et nous désespère. On cherche encore quelques citoyens heureux !
D’autres drames enfouis, sans éclat, nous révèlent bien davantage que ce décor démocratique, ces joutes républicaines, aussi lamentables et égoïstes soient-elles.
Il est des tragédies qui viennent, dans une absolue discrétion, frapper notre pays à bout de forces et démontrer à quel point son état est dégradé, entre un quotidien qu’on ne maîtrise plus et une impuissance qui amplifie les désastres.
Ce ne sont pas toujours des événements aussi spectaculaires que les tentatives d’assassinat commises par cet adolescent de 14 ans dans son collège. Il voulait tuer des professeurs. Si, un jour, plutôt que de rechercher des ressorts profonds ou numériques (une mouvance en ligne glorifiant les tueries de masse ?), dont l’élucidation complète est inconcevable, on s’attachait à ce qui crève l’esprit : la violence et la mort des autres devenues des finalités en elles-mêmes ? Le désir de faire mal, la chute libre d’un pays en matière d’éthique collective, tout le monde étant touché, jeunes et moins jeunes ?

On ne devrait pas appeler « faits divers », mais « indices graves », ces preuves terrifiantes noyées dans le flot incessant de l’actualité, ces signes sans équivoque d’une monstruosité devenue banale et presque invisible à force de se répéter. Des tragédies sans éclat ni apprêt, qui suscitent quelques instants de colère avant de tomber dans l’oubli. Et l’on passe à autre chose.
Mehmet, 63 ans, a été agressé en pleine rue, un matin, porte de la Chapelle, dans ce quartier de Paris miné par l’insécurité. Il allait acheter son pain. Il n’a pas survécu à ses blessures. Il avait longtemps été ouvrier qualifié chez Eiffage. Quelles que soient les circonstances, c’est un homme honorable qu’on n’a pas su protéger (Le Parisien).
À Champigny-sur-Marne, un brigadier-chef de 38 ans est décédé d’un malaise cardiaque après avoir poursuivi des voleurs à la roulotte. Ce fonctionnaire exemplaire, qui se battait pour la protection de ses concitoyens et de leurs biens, avait peut-être entendu un jour que « la police tue », de la bouche de ce Mélenchon fort en verbe mais couard au fond (Dominique Labarrière dans Causeur).
Il est mort, certes sans lien avec la délinquance mais parce que, faisant son devoir pour des infractions qui auraient pu être considérées comme minimes mais pourrissantes au fil des jours, il s’est dévoué. La police est une institution qu’on devrait protéger sans céder une seconde à l’ignorance, à la démagogie ou à la haine.
Ces tragédies d’une France à bout, nul besoin de les exacerber, de les hystériser, dans une surenchère qui serait comme un pléonasme dramatique. Mais que la France, si attentive à ce qui se joue en pleine lumière, n’oublie jamais les mille malheurs qui se déroulent dans l’ombre.
Cher Philippe Bilger,
La France n’est pas seule en cause. C’est tout l’Occident qui est touché. Il y a deux hypothèses :
1) Nous vivons la chute de l’Empire romain. C’est tout à fait possible. Il ne manque pas de civilisations qui ont disparu.
2) Ce n’est pas le cas. Des mesures radicales sont à même de sauver l’Occident. Alors il faut les discerner et les mettre en oeuvre.
Comme il est impossible de connaître l’issue finale, puisqu’elle peut prendre plusieurs siècles, il faut faire comme si nous étions dans la seconde situation.
« les tentatives d’assassinat commises par cet adolescent de 14 ans dans son collège. Il voulait tuer des professeurs » (PB)
Parents irresponsables ; un fusil de chasse n’a pas à être laissé à la portée d’un enfant ou d’un adolescent. À moins qu’il lui ait été volé, son propriétaire devrait avoir à rendre des comptes.