Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Laurent Wauquiez : deux mais pas trois ?

Le successeur de Christian Jacob aura un immense honneur : redonner son lustre à un parti qui, déjà axe central à l’Assemblée nationale, devra retrouver l’influence naturellement dévolue à une droite républicaine indépendante et vigilante. LW a refusé cette belle et honorable mission. Dommage pour lui

Caroline Cayeux : le retour du stalinisme…

Quel étrange pays que celui où on dicte de force le bon grain et l’ivraie sans laisser à la personne concernée la responsabilité d’arbitrer, dès lors qu’elle respecte la loi et de surcroît a même la faiblesse de cracher sur sa liberté passée.

Vulcain n’a pas été dérangé…

Vers la fin, le président a souligné – sa connaissance de la mythologie est indiscutable – qu’il ne se sentait pas ou plus Jupiter mais plutôt Vulcain, celui qui est à la forge et qui travaille sans relâche pour son pays. Pourquoi pas ? Mais il est sûr que Vulcain ne s’est pas fatigué lors de ces échanges dont on espérait trop. Bien au contraire, il s’est reposé. Dommage.

Sauvé qui peut…

Que la magistrature sorte autant que possible de son corporatisme, soit mais que toutes les autres institutions (je pense notamment au Barreau et au monde politique selon sa structuration partisane) fassent de même. Et que surtout, l’effacement de notre entre-soi ne soit pas une perverse opportunité, pour d’autres influences (sans trop de légitimité) et d’autres emprises (celles d’un pouvoir pressé de combler le vide), de dominer un corps qui a enfin découvert, avec des scories certes mais vigoureusement, ce qu’une authentique indépendance signifie.

Antonio Ferrara : une espérance inquiète…

Pour rien au monde je ne voudrais, pour Antonio Ferrara, spéculer sur une politique du pire. Bien au contraire. Je forme le voeu qu’il accepte de ne me laisser, à son sujet, que l’espérance en la délestant de toute inquiétude.

Le parler-vrai d’Elisabeth Borne…

Elisabeth Borne a dit, au sujet des journalistes : « On passe notre temps à répondre à des questions cons ». Petit émoi mais vrai problème. Ce propos mérite d’être pris au sérieux car il contraint à une interrogation qui m’est toujours apparue passionnante: les réponses ne sont-elles pas décevantes parce que les questions ne sont pas bonnes ? En effet il est impossible, pour une personnalité quelle qu’elle soit, malgré son désir de répondre, d’informer et d’éclairer, d’être au meilleur si la question qui devrait libérer son intelligence et son argumentation la bloque au contraire dans un champ restreint.

Chienlit ?

La honte absolue devant l’attitude collective de LFI lors du discours de politique générale de la Première ministre. Je sais que le chahut politique n’est pas né aujourd’hui mais il a atteint le 6 juillet un comble d’indécence et de vulgarité. Je ne suis pas persuadé qu’un homme aurait eu droit au même traitement et que, si Jean-Luc Mélenchon avait été député et de fait responsable de son groupe, les choses auraient tourné de la même manière, avec une telle indélicatesse républicaine. Je n’ose imaginer les réactions médiatiques si le RN s’était comporté avec cette même attitude : il aurait été voué aux gémonies. Mais, pour LFI, on prend acte et on ne condamne pas.

Un président réélu : et après ?

Faute d’avoir songé à cette idée toute simple de combler les béances de son quinquennat précédent, de réparer ses imperfections, Emmanuel Macron va se traîner – sans nous étonner – tout au long du nouveau. Son intervention lors du conseil des ministres du 4 juillet en était déjà une preuve : fatigué avant l’heure ! plus l’envie d’avoir envie !

Salah Abdeslam : il fallait la perpétuité incompressible…

Cette perpétuité incompressible est aussi un signe pour demain. Même si je ne crois pas à quelque impact pédagogique de la rigueur d’une sanction sur des accusés terroristes, il est cependant préférable que notre démocratie ait manifesté, par l’entremise de sa justice « spéciale », son souci, dans le respect entier et minutieux des formes, de ne rien céder à l’intimidation des porteurs fanatiques de mort.