Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Fresnes : du pénitentiaire ou du ludique ?

À supposer que la réinsertion de la plupart soit possible, il faut mettre en avant tout ce qui pourra la favoriser : école, formation, culture, activités professionnelles. Et évidemment éliminer tout ce qui n’a aucun rapport avec elle et confortera le détenu dans la conviction que ce qu’il a accompli est bénin. À l’évidence le kart, la piscine et le tir à l’arc sont des superfluités choquantes.

Changer l’État de droit pour protéger les Français…

Changer une loi après l’autre sera un coup d’épée dans l’eau de la sécurité. Mais consentir structurellement à révolutionner notre état de droit sera décisif. Certes nous n’aurons plus le confort irresponsable de nous dire, face aux scandales, aux retards et à l’irritation des justiciables : ce n’est pas notre faute puisque nous respectons l’état de droit ! Ce dernier ne sera plus une excuse mais une aide.

Emmanuel Macron de nuit…

Certes on pourrait, au contraire, espérer un président tranquillement ordinaire, heureusement normal mais ce serait déplaire à Emmanuel Macron qui se moque d’être aimé mais poursuit avec constance ce double objectif : surprendre et faire ce qu’il veut car tel est son bon plaisir. La nuit est un fabuleux banc d’essai.

Non, pas une vie de tous les jours !

J’avoue avoir été frappé en plein coeur quand Antoine Blondin, écrivant sur Roger Nimier, l’ami, le frère avec lequel, durant treize ans, il a été en complicité constante, lui reconnaissait « l’art de ne pas faire de la vie quotidienne une vie de tous les jours ». C’est tout à fait cela, cette envie qui tenaille non pas forcément d’un exotisme superficiel mais d’une existence vous offrant un mouvement perpétuel à partir du plus simple, une révolution constante fondée sur la métamorphose de l’ordinaire en aventure intime.

L’Histoire à la tête du client…

L’Histoire à la tête du client n’est pas celle qui me touche et me convainc. Je préfère une plénitude qui ramasse et rassemble tout, au risque de choquer les conformismes, à une sélection délétère et hémiplégique qui ne nous apprend rien mais se pose en directeur de conscience.

À la recherche d’Eric Zemmour…

J’aimerais me glisser une seconde dans la peau d’Eric Zemmour pour connaître sa réponse à toutes mes interrogations. Il détesterait mon apitoiement sur lui mais pourtant je ne peux m’empêcher d’éprouver une sorte de mélancolie face à tant d’illusions perdues, à tant de maladresses évitables, à tant de talent gâché et à tant de vérités condamnées par leur extrémisme stérile.

Pas de vacances pour les voyous !

Pour dire le fond de ma pensée je ne suis pas persuadé qu’à l’exception d’une majorité de citoyens qui n’en peuvent plus, la France élitaire se préoccupe beaucoup de ces chaleurs estivales et ne traite pas avec un haussement d’épaules condescendant les peurs, les misères et les malheurs du petit peuple. Et après tout ces voyous sont de sacrés travailleurs puisqu’ils ne prennent pas de vacances !

Brégançon, quel enfer !

Le président de la République est heureux d’avoir réussi le tour de force de sa réélection mais le miracle serait que la saveur de sa victoire renouvelée parfume les années utiles qui lui restent ! En attendant, Brégançon, quel enfer !

Il n’y a pas de crimes passionnels !

Je ne cesse pas de m’interroger – alors que depuis onze ans j’ai quitté ce rôle d’avocat de tous les citoyens qui m’a comblé pour sa mission de compréhension et d’utilité sociale – sur ma curiosité jamais lassée pour les obscurités de l’âme humaine, les mystères de l’être. Le crime pousse au paroxysme ce qui gît en certains d’entre nous, il est un révélateur de ce que nous pourrions être, il nous fait entrevoir qu’il y a des voies interdites. Puisque même les crimes passionnels n’en sont pas et se leurrent.

Une expulsion : Ubu administratif…

Il n’est plus possible d’avoir des interprétations aussi éloignées de ce qu’exigeraient à la fois un droit intelligent et pragmatique et le souci de notre République. Si espérer une telle évolution relève du voeu pieux, il conviendra alors de toucher, sans l’ombre d’une crainte et sans la moindre mauvaise conscience, au mythe de notre Etat de droit révéré à proportion de son impuissance. Je ne crois pas qu’il soit choquant de concevoir pour demain, plutôt que l’Etat de droit désarmé d’aujourd’hui prenant ses afféteries pour de la sagesse, une synthèse qui gardera du droit le socle fondamental et garantira à l’Etat les moyens de son action. Il y a des refus d’expulsion qui peu ou prou semblent participer d’un suicide collectif.