Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Chienlit ?

La honte absolue devant l’attitude collective de LFI lors du discours de politique générale de la Première ministre. Je sais que le chahut politique n’est pas né aujourd’hui mais il a atteint le 6 juillet un comble d’indécence et de vulgarité. Je ne suis pas persuadé qu’un homme aurait eu droit au même traitement et que, si Jean-Luc Mélenchon avait été député et de fait responsable de son groupe, les choses auraient tourné de la même manière, avec une telle indélicatesse républicaine. Je n’ose imaginer les réactions médiatiques si le RN s’était comporté avec cette même attitude : il aurait été voué aux gémonies. Mais, pour LFI, on prend acte et on ne condamne pas.

Un président réélu : et après ?

Faute d’avoir songé à cette idée toute simple de combler les béances de son quinquennat précédent, de réparer ses imperfections, Emmanuel Macron va se traîner – sans nous étonner – tout au long du nouveau. Son intervention lors du conseil des ministres du 4 juillet en était déjà une preuve : fatigué avant l’heure ! plus l’envie d’avoir envie !

Salah Abdeslam : il fallait la perpétuité incompressible…

Cette perpétuité incompressible est aussi un signe pour demain. Même si je ne crois pas à quelque impact pédagogique de la rigueur d’une sanction sur des accusés terroristes, il est cependant préférable que notre démocratie ait manifesté, par l’entremise de sa justice « spéciale », son souci, dans le respect entier et minutieux des formes, de ne rien céder à l’intimidation des porteurs fanatiques de mort.

Même les hauts lieux profanes ne sont plus sacrés !

Alors que cette esquisse de proportionnelle pouvait laisser espérer que les orages de la France trouveraient leur exutoire à l’Assemblée nationale, faudra-t-il craindre à rebours que cette dernière soit au contraire dévastée par les orages du pays ?

Parce qu’elles sont des femmes, parce qu’il s’agit de Pap Ndiaye ?

Il serait injuste d’oublier que certains hommes également bénéficient de protections non pas en raison de leur sexe mais grâce à une apparence dont ils prétendent pourtant qu’elle leur a nui. Ainsi le nouveau ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, a affirmé d’abord qu’il avait été attaqué à cause de sa couleur de peau alors que j’ai l’impression que depuis, elle lui sert de bouclier. Non pas qu’il n’ait pas des qualités, un savoir et un parcours exceptionnels mais parce qu’il est interdit de le mettre en cause sauf à être taxé immédiatement de racisme.

Un président de la République doit-il être intelligent ?

Une réflexion sur l’intelligence est toujours bienvenue dès lors qu’elle permet d’approfondir la naturelle faveur pour cette disposition qu’en général on ne discute pas. Pourtant le sujet vaut la peine d’être traité, surtout en le rapportant à ceux qui nous président et nous gouvernent.

C’est pas moi, c’est l’autre !

Cette comédie du « c’est pas moi, c’est l’autre » risque d’interdire toute prise de conscience. Le pouvoir sera toujours innocent puisqu’il n’est responsable de rien. La Nupes irresponsable puisque son angélisme subversif est un cadeau qu’elle prétend nous faire ! Pendant ce temps le RN engrange. La réalité, qu’on refuse, qu’on récuse, est son alliée.

Sous la dictée du peuple ou non ?

Le président de la République devrait s’honorer de céder à certaines pressions éminemment légitimes au lieu de faire comme s’il était encore totalement maître du jeu. La lucidité n’est pas de nier les séismes mais de les prévenir ou de les exploiter pour le meilleur.