Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Assemblée nationale : une incompréhension si opportune…

Dans ce monde où il est constant que l’esprit partisan a éradiqué la volonté de justice, je suis prêt à tout concéder de la part de Carlos Martens Bilongo, en revanche j’accable ceux qui se sont rués dans la brèche sans attendre la moindre explication, la plus petite contradiction, avec une partialité trop pressée de stigmatiser cette maladresse, parce qu’elle émanait du RN.

Elisabeth Borne : entre voeux pieux et vaillance…

Et peut-être se trouve-t-il là le motif essentiel de mon empathie pour elle : elle est vaillante, elle avale des couleuvres, elle tient apparemment le choc, elle a le désastre serein et le pessimisme retenu. Elle ne se répand pas, elle fait front. Chargée de mettre en oeuvre une politique ô combien critiquable, elle ne déshonore pas ni la fonction de Première ministre ni la condition de la femme. Ce n’est pas rien.

Cyril Hanouna : comprendre, contredire sans mépriser !

Derrière la compréhension nécessaire et la contradiction utile, il convient en revanche de répudier tout mépris à l’égard de CH. Je suis convaincu qu’il est si rétif, si susceptible face à certaines mises en cause parce qu’il ne supporte pas – comme je le rejoins ! – le mépris dont trop volontiers les belles âmes l’accablent.

Pourquoi les entretiens présidentiels sont-ils si peu regardés ?

Il serait malhonnête d’embellir le passé et de ne pas voir que, derrière une curiosité plus vive à l’égard des hommes politiques passés, il y avait déjà un lent mouvement de déclin médiatique et démocratique qui n’a fait que s’aggraver avec Emmanuel Macron. Pour des raisons qui tiennent à la personnalité de celui-ci, à son empathie surjouée et à l’amplification de travers qui ne lui étaient pas spécifiques mais qu’il a poussés à l’extrême.

Confessions intimes, pour quoi faire ?

Il n’est pas élégant de souligner comme, derrière l’humanisme abstrait qui se plaît à ne distinguer personne, il y a d’incontestables hiérarchies, des supériorités et des infériorités, que tout ne se vaut pas, que les confessions intimes des uns auraient dû demeurer secrètes, dans le for intérieur, alors que d’autres trop rares ont cet immense avantage de nous parler de nous au travers d’elles.

Qu’attend donc David Lisnard ?

Parce qu’il y a péril en la demeure française, David Lisnard nous fera-t-il la grâce de sortir de son bois personnel, détrompant ainsi ceux qui ne voient en lui qu’un éternel espoir, un homme d’action municipale, une personnalité si éprise de la pensée politique et sociale qu’elle répugne à l’incarner sans être assurée de tous ses arrières, d’un avenir taillé sur mesure pour elle ? Le présent attend David Lisnard, qui pourtant ne vient pas. Clairement.

Il ne faut plus économiser ses indignations !

Je continue à trouver choquante cette notion d’arc républicain répudiant des députés républicains dans le sens où leur élection, à l’Assemblée nationale, vaut largement en qualité et en dignité celle des parlementaires agréés par le pouvoir. J’espère qu’on partagera mon sentiment : raréfier ses indignations, dans ce monde et dans notre France, relèverait d’une économie inutile.

Lola : où est l’indécence ?

C’est un constat. Dahbia B, depuis août 2019, était en situation irrégulière dans notre pays mais y demeurait de sorte que le pire a pu être commis à cause d’elle mais aussi grâce à ce maintien.

Le ministre Pap Ndiaye n’estime pas Eric Zemmour…

On a eu l’impression d’un ministre ronronnant alors que la réalité dont il a la charge – professeurs, écoles, collèges et lycées, violences, intimidations, transgressions de la laïcité, multiplication des apparences musulmanes, menaces, dérives subtiles ou ostentatoires par rapport à l’essentiel qui est d’enseigner – est autrement dure et impressionnante.

Marcel Proust au détail…

Je pourrais, pour expliquer mon enthousiasme sans nuance pour son oeuvre géniale, rappeler ce qu’il écrivait sur Tolstoï et sur Balzac. Le premier était un maître qui changeait l’existence de son lecteur et le second un grand frère qu’on aimait malgré (ou à cause de) ses défauts. Cette distinction est pertinente sur le plan de la littérature et Proust a été à l’évidence, pour moi, un maître qui a projeté sur ma vie une lumière décisive. Comme s’il était un éclaireur offrant son impressionnante lucidité à tous ceux qui le liront et pourraient ainsi presque se dispenser de connaître ce que, grâce à lui, ils savaient déjà. Mais on ne doit jamais faire l’économie de ce que le hasard des jours et les aléas d’une destinée vont vous apprendre.