Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Attendre quelque chose ce soir : un devoir…

La seule manière de briser son autarcie si peu accordée à l’esprit profond du pays – dont la protestation constante est le rappel désespéré ou furieux qu’il existe et qu’on doit l’écouter – est de nous acharner à ne pas lui laisser le champ libre.

Un président trop pressé et des Sages bien trop sages…

Je comprends qu’on puisse éprouver au mieux comme un sentiment d’inachèvement face à cette décision qui a permis une promulgation à toute bride abattue nocturne. Le référendum d’initiative partagée a été rejeté pour une raison acceptable et sans équivoque. Le second, le 3 mai, aura-t-il la bonne fortune d’être admis ? Le président nous parlera le 17 à 20 heures. A moins d’un miracle politique, la France est loin d’être sortie de ses affres.

Mais si, c’est une crise démocratique !

Comment qualifier autrement que de crise démocratique une vie parlementaire chahutée, éclatée, en discorde permanente, où LFI, par son comportement collectif et par contraste, donne un lustre formel au Rassemblement national, où les débats relèvent de la foire d’empoigne, où la rue donne parfois des exemples de tenue à l’Assemblée nationale, où des militants n’ont pas compris qu’ils étaient devenus députés, où LR se préfère dans un statut ambigu quoique inconfortable à celui d’opposant sans équivoque, où on dégaine des 49.3 à foison ?

Me Hervé Temime : respect !

Ce n’était pas pour rien que je sentais cette dilection à la fois professionnelle et humaine. Me touchait, au-delà de tout, la certitude, chez Hervé Temime, d’une rectitude morale, d’une intégrité non négociable qui le plaçaient au plus haut degré de mon admiration judiciaire car j’ai toujours considéré qu’il n’existe pas de très grand avocat sans l’obligation à respecter d’une indépassable exemplarité. Hervé Temime devenu avocat si jeune, si précocement, dans l’arbitrage à faire sans cesse entre ce qu’on doit et ce qu’on peut, n’a jamais trahi, ne s’est jamais trahi.

Un Brochand, sinon rien !

Pierre Brochand, en soulignant que l’Etat devrait avoir un rôle capital, et pas seulement « celui d’agence de distribution de droits et de prestations », fait en définitive peser la responsabilité sur les politiques « qui ont construit eux-mêmes leur propre illégitimité faute de courage, le décalage entre les promesses et les résultats étant à la source de leur impopularité et de la colère des Français ». Il nous faudrait dans l’action une multiplication de ces êtres qui n’ont pas peur de leur ombre et n’hésitent jamais à servir plus qu’à se servir. Une denrée rare mais des Pierre Brochand donnent de l’espoir.

La Première ministre s’émancipe et Sophie Binet déraille …

J’aime cette Première ministre qui, menacée, fait front et est décidée à vendre chèrement sa peau. On me reprochera une fois de plus d’être trop sensible aux personnalités et pas assez au projet et aux idées mais il n’empêche que cette émancipation tardive mais claire et nette d’Elisabeth Borne me plaît.

Quand ça bascule…

Les décadences m’ont toujours fasciné, les délitements, les dégradations, les déclins, les chutes. Quand la passion devient amour puis quiétude puis monotonie… Quand la conviction devient intolérance puis idéologie… Quand la dispute intellectuelle se mue en haine de l’autre… Quand les médias n’écoutent plus mais s’écoutent…

Fin de vie : plutôt Michel Houellebecq que Line Renaud…

Il me semble qu’ouvrir, sur la fin de vie, « le chantier d’un modèle français » représente un « en même temps » contradictoire dès lors qu’on va s’efforcer également d’amplifier les traitements palliatifs. Ce n’est plus tenir les deux bouts d’une chaîne, c’est feindre de supposer accordés et complémentaires deux bouts qui sont en rupture l’un par rapport à l’autre. Et provoquer inutilement avec l’un nuira à la validité de l’autre.

Pitié pour le président de la République !

Je peux comprendre que sur le plan politique le Président Macron suscite une forte opposition. Il est clair que son comportement personnel, ce que d’aucuns qualifient d’arrogance, n’est pas majoritairement apprécié. Ce qui me gêne est le caractère obsessionnel de cette dénonciation, comme s’il était devenu impossible de trouver dans la moindre de ses actions, dans n’importe lequel de ses projets, de quoi contenter le citoyen.