Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Fin de vie : plutôt Michel Houellebecq que Line Renaud…

Il me semble qu’ouvrir, sur la fin de vie, « le chantier d’un modèle français » représente un « en même temps » contradictoire dès lors qu’on va s’efforcer également d’amplifier les traitements palliatifs. Ce n’est plus tenir les deux bouts d’une chaîne, c’est feindre de supposer accordés et complémentaires deux bouts qui sont en rupture l’un par rapport à l’autre. Et provoquer inutilement avec l’un nuira à la validité de l’autre.

Pitié pour le président de la République !

Je peux comprendre que sur le plan politique le Président Macron suscite une forte opposition. Il est clair que son comportement personnel, ce que d’aucuns qualifient d’arrogance, n’est pas majoritairement apprécié. Ce qui me gêne est le caractère obsessionnel de cette dénonciation, comme s’il était devenu impossible de trouver dans la moindre de ses actions, dans n’importe lequel de ses projets, de quoi contenter le citoyen.

L’heure de Berger…

Le refus sans équivoque de Laurent Berger de toute politisation vulgaire et, d’autre part, son style de direction, d’inspiration et de propositions, sa manière sereine, grâce à son ton et à sa maîtrise du langage, de ne jamais faire douter pourtant de sa fermeté, représente probablement le ressort principal de l’adhésion de l’opinion publique à sa cause. Adhésion qui dépasse largement la médiocre représentativité quantitative du syndicalisme en France. Il y a des responsables sur lesquels, quoi qu’on en ait, les pouvoirs officiels devraient faire fond, composer avec eux, les écouter, ne pas les mépriser, accepter qu’un compromis soit destiné à donner à chaque partie l’impression qu’elle a gagné.

Une démocratie ou une honte ?

Si la violence singulière et collective a toujours existé au fil des temps, si, en particulier, elle a souvent été complaisamment évoquée dès lors qu’elle s’assignait un but subversif, ses modalités ont pris un tour de plus en plus odieux, notamment en ce qu’il révèle une totale indifférence à l’égard de la vie humaine. Le transgresseur ne s’assigne plus aucune limite et est d’autant plus conforté dans sa cruauté cynique que le climat général politico-médiatique ne lui oppose qu’une faible contradiction quand ce n’est pas une complaisance scandaleuse.

Eric Zemmour : l’énergie de l’espoir…

Eric Zemmour écrira, bataillera, avec Reconquête fera avorter des projets et des initiatives néfastes, se persuadera qu’il est véritablement à sa place parce qu’avoir franchi le Rubicon pour rebrousser chemin ne sera jamais son fort mais dans le dialogue intime que EZ ne cesse d’entretenir avec lui-même, malgré son sourire volontariste et sa belle résilience, je parie qu’il s’en veut d’avoir lâché la proie pour l’ombre. Certes jamais rien de médiocre avec lui mais tout de même : la politique, en définitive, n’a jamais été que le deuil éclatant de sa splendeur et de sa domination médiatiques.

« Un village français » : chef-d’oeuvre presque jusqu’au bout…

La parfaite intégrité du récit est admirable, au point que personne n’est univoque, que des parcours personnels commençant dans le pire se terminent avec courage et émotion face à la mort, qu’elle soit odieusement imposée, subie à la suite d’une justice expéditive ou magnifiquement assumée. Ou l’inverse. Chacun, d’une certaine manière, dans cette histoire collective de fureur, de violence, d’arbitrages constants à opérer, de terrifiants choix à valider ou non, bénéficie de la formidable honnêteté des dialoguistes. Jamais ils ne s’abandonnent à la facilité, ils offrent à chacun une argumentation, une défense, des convictions, des raisons aux antipodes du « tout d’une pièce ».

Un président trop serein dans une France en crise…

Ne pas écouter serait bien, ne pas céder serait courageux, invoquer son devoir pour masquer son entêtement serait démocratique ? Citoyen ordinaire mais attentif, je suis sûr de l’inverse. Le pouvoir exemplaire guide en même temps qu’il accompagne. Il propose mais sait aussi retirer. Il doute de lui quand beaucoup doutent de la validité de son action. Soutenu, il n’oublie pas ceux qu’il n’a pas convaincus.

Il nous faudrait Balzac !

toutes ces personnalités d’hier, d’aujourd’hui et peut-être de demain, que de choses elles auraient à nous dire, que de marchés elles ont dû conclure, que de fausses oppositions et de vraies connivences elles ont dû manifester ! Que de luttes souterraines nous sont occultées et comme nous ne savons au fond presque rien, derrière les façades politique, gouvernementale et présidentielle !

LR se trompe de chaos !

En réalité, si on peut en effet craindre l’amplification d’un chaos de plus en plus organisé, avec des blocages et des reconductions de grèves, à la suite de cette honteuse péripétie parlementaire et de la nasse dans laquelle le pouvoir et le gouvernement se trouvent, il en est un autre qui menace. LR acceptant de voter la motion de censure rendrait le futur, qui pour l’instant est brouillard et décomposition, plus lisible et plus conforme à la réalité du pays. Je ne voudrais pas que LR se trompât de chaos. Le plus grave n’est pas celui qu’on croit.