Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Le référendum comme une sorte de Baden-Baden ?

Il ne lui suffira pas d’aller à la rencontre du pays, de sortir de l’Elysée avec les remous, les insultes, l’irrespect qui seront son lot quotidien et à un degré moindre celui de la Première ministre et de quelques ministres. L’unique solution, sans doute paradoxale, sera de sortir de lui. Puisque sa personnalité l’enferme et n’est plus décisive, bien au contraire, il convient qu’il s’en défasse et que sa stratégie actuelle, se dépouillant de ce qu’elle suscite d’inéluctablement à charge, accepte de chercher ailleurs qu’en lui-même les possibilités de la reconquête.

Emmanuel Macron : un double je ?

Que peut bien penser un citoyen de bonne foi, même s’il n’y a pas à surestimer la délicatesse des oppositions (celle de LFI en tout cas dans le verbe et les attitudes hostiles au président), de ce clivage entre un Emmanuel Macron qui feint officiellement la douceur et l’urbanité républicaines et, dans ses coulisses authentiques, montre la dérision et le peu de crédit qu’il attache à ces dispositions affichées pour la frime démocratique ? Ce qui serait acceptable dans une nation à peu près en paix civile est intolérable dans un pays qui depuis plusieurs mois, est bousculé, bouleversé, fracturé, sans gouvernail véritable, sans un pouvoir respecté bien au-delà des contestations politiques.

Emmanuel Macron : « une espèce de vide » ?

Faute d’avoir su écouter cette majorité intelligemment critique, il a laissé libre cours à l’extrémisme délirant de gauche et d’extrême gauche et à l’attente de plus en plus sûre d’elle du Rassemblement national. Un discours n’aurait pas pu tout faire mais il n’était pas fatal qu’il aggravât les choses. Il est venu, on l’a entendu, il n’a pas convaincu.

Attendre quelque chose ce soir : un devoir…

La seule manière de briser son autarcie si peu accordée à l’esprit profond du pays – dont la protestation constante est le rappel désespéré ou furieux qu’il existe et qu’on doit l’écouter – est de nous acharner à ne pas lui laisser le champ libre.

Un président trop pressé et des Sages bien trop sages…

Je comprends qu’on puisse éprouver au mieux comme un sentiment d’inachèvement face à cette décision qui a permis une promulgation à toute bride abattue nocturne. Le référendum d’initiative partagée a été rejeté pour une raison acceptable et sans équivoque. Le second, le 3 mai, aura-t-il la bonne fortune d’être admis ? Le président nous parlera le 17 à 20 heures. A moins d’un miracle politique, la France est loin d’être sortie de ses affres.

Mais si, c’est une crise démocratique !

Comment qualifier autrement que de crise démocratique une vie parlementaire chahutée, éclatée, en discorde permanente, où LFI, par son comportement collectif et par contraste, donne un lustre formel au Rassemblement national, où les débats relèvent de la foire d’empoigne, où la rue donne parfois des exemples de tenue à l’Assemblée nationale, où des militants n’ont pas compris qu’ils étaient devenus députés, où LR se préfère dans un statut ambigu quoique inconfortable à celui d’opposant sans équivoque, où on dégaine des 49.3 à foison ?

Me Hervé Temime : respect !

Ce n’était pas pour rien que je sentais cette dilection à la fois professionnelle et humaine. Me touchait, au-delà de tout, la certitude, chez Hervé Temime, d’une rectitude morale, d’une intégrité non négociable qui le plaçaient au plus haut degré de mon admiration judiciaire car j’ai toujours considéré qu’il n’existe pas de très grand avocat sans l’obligation à respecter d’une indépassable exemplarité. Hervé Temime devenu avocat si jeune, si précocement, dans l’arbitrage à faire sans cesse entre ce qu’on doit et ce qu’on peut, n’a jamais trahi, ne s’est jamais trahi.

Un Brochand, sinon rien !

Pierre Brochand, en soulignant que l’Etat devrait avoir un rôle capital, et pas seulement « celui d’agence de distribution de droits et de prestations », fait en définitive peser la responsabilité sur les politiques « qui ont construit eux-mêmes leur propre illégitimité faute de courage, le décalage entre les promesses et les résultats étant à la source de leur impopularité et de la colère des Français ». Il nous faudrait dans l’action une multiplication de ces êtres qui n’ont pas peur de leur ombre et n’hésitent jamais à servir plus qu’à se servir. Une denrée rare mais des Pierre Brochand donnent de l’espoir.

La Première ministre s’émancipe et Sophie Binet déraille …

J’aime cette Première ministre qui, menacée, fait front et est décidée à vendre chèrement sa peau. On me reprochera une fois de plus d’être trop sensible aux personnalités et pas assez au projet et aux idées mais il n’empêche que cette émancipation tardive mais claire et nette d’Elisabeth Borne me plaît.

Quand ça bascule…

Les décadences m’ont toujours fasciné, les délitements, les dégradations, les déclins, les chutes. Quand la passion devient amour puis quiétude puis monotonie… Quand la conviction devient intolérance puis idéologie… Quand la dispute intellectuelle se mue en haine de l’autre… Quand les médias n’écoutent plus mais s’écoutent…