Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Libé s’égare sur Sud Radio…

Il n’y a pas plus de lucidité ni de bon sens à encaserner Sud Radio dans un populisme qui n’est pas le sien et dont j’aurais apprécié que Libération en donnât une définition. Suis-je malicieux si j’ose avancer qu’est populiste tout ce que Libération n’approuve pas ? Derrière cette double page de Libération, je perçois une mauvaise action très éloignée d’une authentique information et d’une vision impartiale et équilibrée. Elle me semble surgir à cause d’un constat et d’un déclin. Le constat. Libération a beau traiter SR avec condescendance, le fait est que cette radio monte, progresse et ce n’est pas par hasard. Son slogan « parlons vrai » implique un « parlons libre », l’un et l’autre séduisant de plus en plus dans un monde médiatique où généralement ils font défaut, en tout cas en plénitude. Le déclin. Où est passé le Libération que j’ai beaucoup lu où une imprévisibilité vive, inventive, honnête n’avait pas encore été remplacée par une prévisibilité se qualifiant de progressiste et devenue ennuyeuse à force d’avoir fait passer ses préjugés avant la réalité ?

Camerone : comme nous sommes petits aujourd’hui !

Rien ne pouvait mieux survenir, dans cette période lugubre, de défaitisme et de déclin, où la France s’interroge, se dispute, où l’esprit national est battu en brèche, voire moqué ou, pire, piétiné, que la mémoire de cette magnifique geste où quelques vaillances de toutes nationalités mais seulement unies par la passion de la France ont donné leur vie pour sauver ce qui devait l’être, acquérant ainsi une gloire ineffaçable.

Chacun sa loi : la folie d’aujourd’hui…

Je ne doute pas que certain(e)s puissent parfois être victimes de critiques indélicates à propos de leur chevelure ou non mais cette réalité si minime peut-elle justifier qu’on s’engage dans une voie qui constituera un détail en généralité, des éléments intimement particuliers en un terreau législatif. On ne légifère pas pour pour quelques-uns car sinon on va aggraver l’éclatement d’un pays en mille clans, chapelles, autonomies et dissidences.

Emmanuel Macron va « se planquer » : une illusion perdue…

Je ne sais pas si ce soir Nantes ou Toulouse connaîtra la victoire. Mais dans tous les cas une petite défaite, une déconvenue surprenante, une triste reculade s’ajouteront au passif présidentiel. On ne quitte pas impunément Cyrano pour Louis-Philippe.

La fragile puissance du « je », partout…

Le remède sans doute le plus efficace pour prévenir cette tentation du « je » et ne pas succomber à sa fragile (elle ne tient qu’à un être) puissance (la force de la solitude) tient dans la volonté d’une écoute et d’une considération d’autrui. Souhaitons que mes démarches d’écoute et de formation me gardent autant que possible de cette assurance rarement questionnée. Quelqu’un devant Paul Valéry s’écriait : « Il faut être soi » et il répliqua : »Mais soi en vaut-il la peine ? » Tout est dit.

Il y a du vrai chez FAU !

Mais cela ne le consolera pas : pourtant c’est si fréquent partout. Dans les milieux professionnels, sur le plan politique, dans l’univers artistique, dans la sphère médiatique, en matière judiciaire, les meilleurs sont rarement promus. On sait bien qu’en France le public n’est pas un bon juge et que le corporatisme inhérent à chacun de ces mondes fait prospérer non pas forcément les meilleurs, les plus talentueux mais ceux qui ne brillant pas trop ne font pas mal à la susceptibilité d’autrui. Mais on continuera à admirer Michel Fau au théâtre. C’est l’essentiel, non ?

Ministres : l’esthétique du courage ou l’habileté de la fuite ?

Les mois qui vont venir, les années jusqu’en 2027, vont continuer à être passionnantes sur le plan démocratique. Comment le président, les oppositions, la France, notre République vont-ils s’en tirer ? Mais  ces quatre années vont surtout constituer un formidable banc d’essai pour les caractères et le rapport au réel. On verra, dans la classe politique, qui a de la tenue et qui n’en a pas, les ministres pour la façade et les hommes et les femmes pour de vrai . Qui mérite notre respect, qui n’en est pas digne. L’éthique publique n’aurait jamais dû être une exigence optionnelle.

Vive Bruno Le Maire quoi qu’il m’en coûte !

Bruno Le Maire n’est pas que ministre. Il pense, il écrit, il admire et la politique n’est pas tout pour lui. Il a été l’un des personnages principaux du fabuleux roman de Michel Houellebecq : « anéantir ». Il a compris depuis longtemps que l’intelligence se rétrécit quand elle se focalise sur un unique sujet. Qu’il convient d’être pluriel précisément pour être singulier et que la dérision ou la jalousie sont la rançon de ce qu’on a de supérieur.

Les compères : haro sur les magistrats !

On a vraiment l’impression de deux compères réunis par une même détestation de la magistrature. On n’en doutait pas de la part de Nicolas Sarkozy qui durant son quinquennat n’en a pas fait mystère, cultivant le bon grain dévoué et utile au détriment de l’ivraie laissée à ses tâches quotidiennes. Elle s’est aggravée avec toutes les péripéties judiciaires et condamnations accrochées aux basques de l’ancien président. On aurait pu espérer d’Emmanuel Macron qui officiellement est le garant de l’unité et de l’indépendance de la magistrature, une autre attitude. Si son hostilité est moins brutale, plus soyeuse, elle n’en est pas moins indéniable. Il suffirait de rappeler quelques épisodes qui démontrent la conception toute particulière que le président a de la Justice et certains de ses propos qui, au sujet d’Eric Dupond-Moretti, révèlent son parti pris ministériel.