Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

La police n’est pas à plaindre…

Je maintiens : la police n’est pas à plaindre. Rien ne lui correspond moins que le gémissement et la faiblesse. Qu’elle n’oublie jamais, tentée par le découragement, meurtrie par le manque de respect et de reconnaissance, blessée par les abandons et les lâchetés, qu’elle n’a pour elle que l’immense masse des citoyens. Un Mélenchon ne fait pas l’hiver !

Martin Heidegger : tout contre Adolf Hitler…

Ce n’est pas rien que de savoir, sans le moindre doute aujourd’hui, que Martin Heidegger était tout contre Adolf Hitler et qu’on ne pourra plus jamais le lire et l’étudier en oubliant cette sombre et terrifiante fraternité. Triste limite de la philosophie qui ne préserve pas de tout !

Lettre à la droite et à l’extrême droite médiatiques…

Il serait dramatique que droite et extrême droite médiatiques, à force de prévisibilité, suscitent le pire des effets, réservé jusqu’à aujourd’hui aux sempiternels propos progressistes ne se questionnant jamais eux-mêmes et sourds aux apports extérieurs : l’ennui. Combien de fois, face à certains débats, la fatigue est quasiment immédiate parce que le citoyen, le téléspectateur savent au mot près ce qui sera dit ! L’écoute n’est pas interdite qui laisse un peu de place à la présence d’autrui dans son propre univers. À la conclusion de ce post, je devine le reproche que d’aucuns ne vont pas manquer de m’adresser. En confondant mon adresse bienveillante aux conservateurs largement entendus avec un vague centrisme, une molle tiédeur alors qu’elle aspire à être exactement l’inverse : une force intellectuelle, une défense sans relâche, une inventivité permanente si sûres d’elles-mêmes qu’elles n’ont pas peur d’ouvrir leurs fenêtres au grand air.

Justice-fiction : si j’avais été face à Maître Jacques Isorni…

Prétendre que l’avocat général aux assises en serait réduit à faire « du roman de gare » est une absurdité alors que précisément il est le seul protagoniste, au cours des audiences, qui dispose de l’immense liberté de pouvoir récuser la fiction. Avocat de tous les citoyens, il n’a d’autre maître que lui-même et ses propos, son discours, ses réquisitions ont la chance de ne pouvoir être dictés que par sa perception exclusive et évidemment évolutive des débats. L’accusateur qui se laisserait aller aux stéréotypes serait impardonnable. Il se priverait de la fabuleuse opportunité de l’oralité et de l’incomparable apport, par rapport au dossier de papier, de l’effervescence et du désordre stimulant des mille joutes, questionnements et réponses, de quelque côté qu’ils viennent, qui irrigueront la justice criminelle.

Pap Ndiaye : la République est bonne fille…

Pap Ndiaye traite de « politique » son successeur comme si cette condition était un crime. Elle n’exclut pas l’intelligence. Quoi qu’on pense de Gabriel Attal et d’une ambition non dissimulée qui n’est pas rendue absurde grâce à son talent et à sa vision claire et de bon sens sur l’Education nationale, ses premières interventions ont montré le contraire de l’humanisme filandreux et orienté de Pap Ndiaye. Elles ont identifié l’essentiel et je n’ai pas le moindre doute que le ministre ne se servira jamais des attaques abjectes sur sa vie intime pour justifier son éventuelle incurie.

Qui a le droit de jeter la première pierre à Geoffroy Lejeune ?

Tant au regard de mon expérience personnelle que de l’ensemble des émissions auxquelles il est fait implicitement référence, j’affirme que le procès intenté à CNews comme à Europe 1, par une vision de l’information non pas meilleure que la leur mais désireuse d’être unique, n’a pas la moindre once de crédibilité, et pas davantage à force d’être ressassé… Je ne me fais aucune illusion. Personne n’a le droit de jeter la première pierre à Geoffroy Lejeune mais peu importe. Que le JDD sorte brillamment ou non de ces quarante jours, il aura des adversaires compulsifs. Mais que ceux-ci ne couvrent pas leur totalitarisme du voile d’un prétendu pluralisme. Puisqu’ils ne supportent que le leur.

Nous sommes tous juges !

La vie elle-même, dans la plupart de ses séquences, évidemment professionnelles mais aussi d’ordre privé, nous confronte à des obligations de dire le vrai, de supporter l’imprévisibilité dure ou louangeuse des appréciations portées sur nous, à une forme de contentieux où successivement nous pouvons être des juges ou des victimes. Bien sûr qu’il convient de comparer – la comparaison étant souvent raison -, de ne pas occulter les ombres, de vanter les lumières, de ne pas faire semblant de placer tout le monde à la même aune, de refuser la facilité et la tromperie de l’hypocrisie.

Est-il honteux d’être chauvin à la carte ?

Je me découvre totalement inconditionnel de notre prodige Léon Marchand et de l’équipe de France de natation, avec Maxime Grousset et quelques autres. Il faudrait que je réfléchisse davantage à cette adhésion sans réserve pour ces sportifs de haut niveau qui n’ont pas de tenue que dans l’eau. J’adore ces talents, voire ces génies de la coulée individuelle mais qui, la course accomplie, se replongent avec modestie dans le collectif. Applaudis, ils applaudissent ensuite leurs compagnons. Il y a probablement, derrière ces contrastes qui m’habitent, le fait que dans certaines équipes je porte particulièrement au pinacle l’un de ses membres, Antoine Dupont ou Léon Marchand

Les politiques sont terriblement prévisibles…

De la même manière que dans la vie sociale, médiatique, intellectuelle, amicale, je ne supporte pas la prévisibilité de certaines opinions et formulations, parce que ma hantise de l’ennui domine tout, je suis de plus en plus frappé sur ce plan par la pauvreté du discours politique, au pouvoir et dans les oppositions. Comme s’il y avait un immense vivier à disposition et que droite et gauche n’avaient qu’à y puiser sans rien changer.(…) Il faudrait donc considérer qu’il y a une fatalité démocratique consistant à effacer les subjectivités libres et audacieuses au bénéfice de « perroquets » républicains seulement soucieux de ne pas sortir d’un sillon tracé de toute éternité ?