Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Emmanuel Macron n’aime pas Anticor…

Qu’on veuille bien faire le compte de toutes les affaires dont Anticor a été à l’initiative et on constatera que l’Etat de droit de notre pays aurait été sensiblement réduit sans les diligences de cette ONG qui se vante de son apolitisme même si les exemples sont rares de son universalité. Anticor a relevé appel de cette décision du tribunal administratif. Les conséquences immédiates, sur le plan civique, ont été une mise en cause du pouvoir et un afflux de soutiens à Anticor. Au-delà de ce double effet, puis-je suggérer que le macronisme soit cette fois intelligent face à ce qu’il a coutume de mépriser : l’exigence de la morale publique n’est pas une honte et il est sain politiquement et démocratiquement de tenir compte des condamnations de ses transgressions multiples, quelle que soit la Justice saisie.

On ne remplacera pas François Molins !

François Molins était sans doute le seul à susciter une adhésion et à inspirer une estime, voire une admiration, toutes tendances professionnelles et syndicales comprises. Ce n’était pas rien que ce consensus sur sa personnalité et sa manière d’occuper le deuxième plus haut poste de la hiérarchie judiciaire. Un très grand magistrat en même temps qu’un honnête homme : un alliage rare.

Le petit chat est mort…

Le petit chat est mort sous le TGV partant à Bordeaux et on en parle beaucoup, on en parle trop. On en reparlera le 4 juillet quand la décision sera rendue. À Bordeaux, une grand-mère et sa petite-fille ont été violemment agressées. On n’en parlera pas assez et, pire, certains au plus haut niveau nous inciteront à avoir honte d’en parler davantage. Détournons-nous de cette France qu’on ne veut pas voir pour ne pas avoir à lutter contre elle.

Il nous faudrait de vrais Justes !

Il nous faudrait de vrais Justes. Des personnalités mobilisées en permanence, dont les avis compteraient, qui apposeraient sur le réel non pas leur vérité mais la vérité dégagée par une approche lucide et objective de l’immédiat. Nous gagnerions un temps précieux. Imaginons le nombre de querelles, de partialités, de dénis, d’hypocrisies et de malignités qui tomberaient à la poubelle. De polémiques pour rien abandonnées. Mais où pourrait-on trouver des Juges de cette qualité quand notre vie intellectuelle, politique, médiatique, judiciaire et culturelle est gangrenée jour après jour par la propension à prendre sa libre subjectivité, souvent approximative, pour l’expression d’une parole indépassable ?

Les parasites de la gloire des autres : nos politiques…

On cherche à s’ennoblir au regard de certaines personnalités de fiction emblématiques, qui ont marqué l’imagination collective. Dans la vie publique également, le passé historique cherche à s’immiscer dans le présent parfois médiocre d’aujourd’hui. Cette manière de faire est destinée à faire croire, par les références illustres dont on se prévaut, qu’on échappe à la morosité ou aux tumultes politiciens actuels. La nostalgie fabrique un compagnonnage avec quelques-uns admirés bien au-delà de leurs positions et convictions respectives.

Et si on avait répondu au « tueur de DRH » ?

Je voudrais attirer l’attention sur une défaillance qui depuis longtemps m’obsède et dont j’ose sans présomption soutenir que j’y ai toujours échappé, en particulier sur le plan judiciaire. On ne répond plus aux courriers, on laisse les messages se perdre, on n’accuse pas réception des plaintes, les institutions, pourvues souvent d’un secrétariat étoffé, ne se donnent pas la peine de signaler, fût-ce sommairement, qu’elles ont pris acte de leur saisine, il arrive même que l’Elysée qui devrait représenter l’incarnation exemplaire du savoir-vivre républicain, soit en faute et sans réaction.

La réalité, une intruse pour la politique française…

Pour le Danemark, on doit changer de politique quand le réel la contredit. En France on n’est pas loin, absurdement, quand le réel n’est pas conforme à nos voeux, de vouloir le reléguer, pour n’avoir rien à changer à l’idéologie ou au projet politique. Mieux vaut dénier ce qui est, au bénéfice de ce qui devrait être, plutôt qu’inventer un futur plausible à partir d’un présent immédiat et solide.

Henri est bien plus qu’Henri

Je suis lassé de ces hommages permanents rendus à des personnalités que nous qualifions d’emblématiques, comme si elles n’appartenaient pas à notre condition et que nous n’en étions pas solidaires. Comme si nous étions voués à ne jamais les imiter. De ces politiques donnant le mauvais exemple quand, face à la folie du monde et aux atrocités, face à la résistance de quelques-uns, ils devraient au moins se tenir bien et, à leur place, faire preuve du courage qu’on attend d’eux, quelle qu’en soit la nature. Il ne faudrait pas que Henri devienne l’éblouissante exception qui confirmerait la règle de l’abaissement.