Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Pourquoi David Lisnard a-t-il été oublié par Nicolas Sarkozy ?

Il y a dans la démarche de DL une manière de penser et de faire qui ne relève pas des processus traditionnels de conquête. Maire de Cannes, s’appuyant sur son action exemplaire et largement plébiscitée, président, avec pugnacité et courtoisie, de l’AMF, structurant son microparti Nouvelle énergie, il avance pas à pas, sans affirmer prématurément une ambition présidentielle. Il est clair que cette stratégie, même en fuyant les éclats, les provocations et les promesses inconsidérées, n’a de sens que portée par une finalité qui trouvera son issue en 2027.

On voudrait pouvoir admirer les politiques !

Il y aurait bien des opportunités, pour nos politiques, susceptibles d’engendrer respect et admiration ! Par exemple il suffirait de ne pas trahir ses engagements, de ne jamais violer ses promesses. Une personnalité qui avec honnêteté et modestie admettrait s’être trompée aurait plus que notre assentiment. L’homme ou la femme qui, dans un poste officiel ou dans l’opposition, serait capable de penser contre soi, par intelligence et intégrité, non pas par un « en même temps » stérile mais par souci de vérité, serait approuvé bien au-delà du champ limité de la politique. Ceux qui parviendraient à placer la morale au coeur de leurs activités et à répudier, dans le dialogue républicain, la haine ou la bêtise attireraient notre approbation enthousiaste. Pour qu’on puisse admirer les politiques, il faudrait qu’ils sortissent d’eux-mêmes et de la fatalité d’habitudes plus jamais questionnées, par paresse ou par arrogance.

Heureuse politique où le ridicule ne tue pas !

J’adore cette période qui est encore teintée de vacances mais qui sent la reprise. Il y a des propos, des déclarations, des audaces et des provocations qui sont parfumés par cette parenthèse particulière entre le repos atténué et la pleine intensité. On ne dit pas forcément n’importe quoi mais on se laisse aller, à être des conseilleurs puisqu’on n’est plus les payeurs comme l’ex-président Nicolas Sarkozy, ou à des préceptes qu’on n’applique pas soi-même comme le président Macron, enfin à des initiatives surprenantes comme Ségolène Royal qui ne semble guère affectée par la dérision dont certains l’accablent.

Gérald Darmanin a raison : c’est 2027 qui compte !

Le macronisme qui a favorisé des ambitions pâtit dorénavant d’une désaffection tant par les désillusions qu’il a causées que par l’implacable enseignement d’un réel faisant exploser les ambiguïtés présidentielles. Certes on a toujours l’inconditionnalité apparente, la révérence obligatoire et la concentration surjouée sur le présent mais c’est demain qui attire tous les regards, stimule tous les appétits, suscite tous les calculs, détermine toutes les stratégies. Bien sûr que Gérald Darmanin a raison : pour lui comme pour tous les affamés de pouvoir, c’est 2027 qui compte !

Brassens ou Goldman : qui a raison ?

Je suis écartelé entre deux admirations essentielles : celle de Georges Brassens le poète impeccable et salubre dont pas une chanson n’est à refaire et n’a vieilli et celle de JJ Goldman. Je perçois d’ailleurs deux similitudes capitales entre eux qui me les rendent encore plus proches et chers. La première est que ces deux personnalités, au cours des multiples entretiens qu’ils ont accordés – l’un et l’autre n’en étant pas friands – n’ont jamais proféré à mon sens la moindre bêtise, la plus petite absurdité. Le seconde est qu’au-delà de leur génie musical et d’auteurs, dans un registre évidemment différent, un attachement profond était voué à leur personne, à leur être, grâce à une même qualité d’humanité et de générosité.

Jean-Luc Mélenchon non, un autre non plus…

Alors reste la brillante, insupportable, clivante et dangereuse personnalité de Jean-Luc Mélenchon. On a tellement dit qu’il était éloquent, qu’il avait une immense culture historique, qu’on a fini par oublier qu’il relevait d’un ancien monde. Son hystérie révolutionnaire n’est destinée qu’à donner le change : elle marche puisqu’elle est prise au sérieux et que ses injonctions enflammées et ses délires parfois si peu républicains font de l’effet sur des esprits déjà convaincus et chauffés à blanc. Si l’un des quatre que j’ai mentionnés plus haut lui damait le pion, le détrônait à gauche, je serais évidemment heureux de constater la mise à bas de son impérieux narcissisme mais j’avoue mon inquiétude car il est précisément protégé par la relative faiblesse, tactiquement et stratégiquement, de ses concurrents. Son bouclier est son arrogance d’autant plus exprimée qu’il n’est plus en terrain conquis et muet.

Féminicides : une course de lenteur ?

Il faut donc s’interroger, sur ce féminicide comme sur d’autres et, plus généralement, sur tout ce qui concerne les atteintes aux personnes, sur ce terrible paradoxe que la normalité des enquêtes et des pratiques judiciaires ne protège pas. Dans ces affaires touchant aux rapports complexes, impulsifs, violents entre les êtres humains, l’un la cible, l’autre l’agresseur, tout est urgent, tout est menace, tout impose réactivité et précipitation lucide.

Jean-Jacques Goldman : heureusement il n’est pas comme nous…

On n’a jamais assez insisté, sans doute pour ne pas nous accabler nous-mêmes, sur la particularité noble d’un Goldman, échappant parce qu’il est lui et pas nous, à ces poisons d’une modernité en roue libre, qui constituent notre lot ordinaire. Égoïsme, narcissisme, médiatisation forcenée, esprit partisan, générosité ostentatoire, événements privés et intimes livrés au public, souci de soi plus que des autres, passion du somptuaire, culte délirant des réseaux sociaux : ces dérives sont le socle à partir duquel Goldman nous apparaît tel un miracle contrasté. Karl Marx, au sujet de la religion, parlait « du coeur d’un monde sans coeur » : JJG est dans nos têtes et nos sensibilités parce qu’il a de la tenue, de l’allure, quand la France, notamment dans ses hautes sphères, en manque. On adore JJG parce que, nous épargnant l’envie, il est des nôtres sans l’être. Il est d’ailleurs, en quelque sorte.

Pour 2027, aucune garantie pour les caractères…

Durant les vacances, les ambitions ne se reposent pas, ne s’éteignent pas. On ne peut pas dire que notre curiosité politique ne soit pas satisfaite. Chacun à sa manière, dans les camps du macronisme, de la droite et de la droite extrême, piaffe ou au contraire simule une sage lenteur. Ne pense qu’à cela en faisant mine de songer à tout autre chose. Le grand art est de feindre de s’intéresser à ce qui se passe aujourd’hui alors qu’on voudrait accélérer le temps et constituer le plus vite possible Emmanuel Macron comme un ex-président.