Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Nicolas Sarkozy : un compte de Noël…

Si Nicolas Sarkozy mesurait l’opportunité unique qui s’offre à lui de purifier toute cette entreprise par l’abandon enthousiaste de ses gains substantiels, combien serait-il applaudi ! Non seulement par ses multiples partisans, qui n’ont jamais douté de son altruisme, mais aussi par ses adversaires, qui salueraient un tel geste, et par les indifférents à la politique, dont le regard sur la moralité publique s’en trouverait transformé. Je suis convaincu que cela relèverait du même coup de génie que celui qui a sauvé David Beckham : Nicolas Sarkozy deviendrait un exemple de classe et de décence.

Que Gérald Darmanin nous aide à le soutenir…

Gérald Darmanin est un homme entêté dans ses résolutions, pour le meilleur en ce qui concerne la politique qu’il mène et qu’il projette, sur un mode plus ambigu s’agissant de la persistance de ses fidélités amicales et politiques malgré l’énoncé d’une condamnation.

La France accompagne le déclin…

Comme aucun président de la République ne pourra disposer de cette formidable et double légitimité d’un de Gaulle – son destin historique, son recours constant au peuple -, il devra d’autant plus se faire estimer et respecter par ses concitoyens en tenant des promesses plausibles, par un comportement personnel irréprochable et par une politique qui, si elle est discutée selon la règle démocratique, ne dressera pas nécessairement une France contre l’autre.

Bruno Retailleau : l’annonce faite à la France ?

Il ne faut surtout pas que Bruno Retailleau se sente obligé de choisir entre ses responsabilités créatrices de président de parti et son devoir de faire gagner la droite en 2027. Les premières irrigueront le second, et son ambition présidentielle, déclarée au sein du parti, apportera puissance, densité et crédibilité à la révolution qu’il entend mener en son sein. Ce dessein mené sur un double front sera aussi un moyen d’éradiquer la lutte sournoise ou ostensible que Laurent Wauquiez mène contre lui, déplorable posture de mauvais perdant qui a permis à Sébastien Lecornu de déployer ses manœuvres et ses connivences occultes au détriment de l’intérêt du pays.

Dur d’être favori pour la présidentielle !

À ma passion pour la politique s’ajoute, sur le tard, une estime croissante pour l’ascèse et la patience dont doivent faire preuve les personnalités exposées à la lumière. Je n’aurais pas su, je n’aurais pas pu.

Les passions humaines prennent le dessus !

Que les passions humaines prennent le dessus n’est sans doute pas très progressiste, mais c’est ainsi : il faut bien que les êtres respirent et soient eux-mêmes. On a beau apposer des couches multiples entre soi et le réel, à un certain moment — miraculeux ou déplorable — il n’y a plus que soi !

La novlangue est devenue la nôtre…

Mais j’ai gardé précieusement le mot capital qui me paraît anticiper tragiquement l’état de notre société, le niveau de notre réflexion collective, la pauvreté de notre langage et la faiblesse de notre pensée. Ce mot, c’est « la novlangue ». « Son objectif est simple : réduire le vocabulaire pour réduire la pensée. » Abaisser l’exigence de la pensée et de la vie de l’esprit pour n’avoir plus besoin de la moindre richesse de la langue. Façonner l’idée et le mot de telle manière que l’une et l’autre n’aient plus d’autre ressource que de devenir outrance, insulte, caricature et, pire, mensonge. La « novlangue » est présente : elle n’est plus une menace, mais une réalité.

La droite a-t-elle le droit d’être plurielle ?

Je me demande si le désir d’affirmer sa propre identité ne conduit pas chaque parti, groupe ou groupuscule à exagérer ce qui le sépare des autres sur le fond, alors que la forme, la méthode, la volonté d’accomplir ou non seraient sans doute capitales. J’ai ainsi l’intuition qu’un partage devrait être opéré entre, d’un côté, ceux qui ne seraient pas prêts à sacrifier les principes d’une démocratie traditionnelle pour satisfaire les attentes du peuple, et de l’autre, ceux qui placeraient ce dernier au-dessus de tout, fût-ce au risque d’écorner nos structures républicaines. Les citoyens d’abord, ou la démocratie comme bouclier honorable ?

Le Mal est mobile…

Cette lamentable évolution révèle que l’indécence, la grossièreté, les attouchements et les frottements constituent des comportements spécifiques, indépendants et autonomes : l’entreprise peut en réduire la fréquence, mais le métro par exemple offre la perverse opportunité de les multiplier. Le Mal trouve toujours des ressources pour s’approprier un nouveau terrain de gestes interdits.

Comment vivre sans admirer ?

Je cherche désespérément, dans la dureté du climat actuel, dans le cynisme ambiant, dans cette haine qui confond l’idée à contredire avec la personne qui l’exprime, de quoi glisser une étincelle, une grâce qui me rassurerait : admirer en connaissance de cause, adhérer sans réserve, s’incliner pour grandir. Certains pourraient vivre sans admirer, sans mener cette recherche éperdue. Moi je ne le peux pas.