Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

La Justice : un devoir d’ignorance ?

Il est choquant que l’inculture judiciaire ne soit pas perçue comme une honte mais presque comme une lacune de salubrité publique. Il est effarant que pratiquement jamais ce grand métier ne soit honoré comme il devrait l’être, et d’abord par les magistrats et le syndicalisme judiciaire. Il n’est plus tolérable que le seul mode, sur le plan du récit judiciaire, soit celui au pire du désastre et de l’impuissance, au mieux d’une sorte de découragement morose.

Le président a su quitter le « en même temps », bravo !

Aussi bien devant le Premier ministre israélien que face à Mahmoud Abbas, à la tête d’une Autorité palestinienne ne représentant plus rien mais incontournable dans le cadre d’une visite officielle, Emmanuel Macron a su, avec clarté, sans la moindre fausse note, en ayant pesé chaque mot – la moindre erreur aurait engendré les pires effets diplomatiques -, tenir une balance subtile, un équilibre délicat entre la barbarie absolue dont Israël avait été victime et l’apitoiement sur les souffrances, les morts et les blessés causés par sa riposte intense et durable contre le Hamas dans la bande de Gaza. Une balance subtile mais surtout pas égale.

L’enfant : à éviter ou à vouloir ?

Dans cet univers où le pessimisme et la morosité se présentent comme des signes de lucidité voire de sagesse, le désir d’un enfant, la volonté de faire surgir un petit être de plus dans cette France qui, paraît-il, va si mal, sont des manifestations d’un optimisme contre vents et marées, non pas niais ni béat mais confiant ; avec cette conviction qu’il y aura toujours quelque chose de plus puissant que la grisaille du quotidien et l’incertitude sur l’avenir : le futur incarné par un enfant.

Le 9.3 est en France !

Il n’empêche que si j’avais eu la moindre tentation d’un pessimisme absolu sur ce département, il aurait été balayé par ma visite. D’ailleurs cela faisait longtemps que j’étais agacé par l’alternative propre à beaucoup de propos et d’analyses sur le « 9.3 ». Le désespoir total ou l’optimisme exagéré. En effet il n’y avait vraiment aucune raison pour que ce département, les villes le composant, Noisy-le-Grand en l’occurrence, soient privés des dons ou des excellences existant ailleurs. J’ai toujours jugé un zeste condescendant le regard sur la jeunesse habitant en Seine-Saint-Denis qui n’est pas faite que de voyous, de drogués et de trafiquants mais aussi de talents, notamment pour l’oralité. Ni plus ni moins qu’ailleurs.

Heureux pour Ségolène Royal…

De sa part, je voudrais retenir cette pensée qui fait le lien entre la mère de famille et la femme de pouvoir : « Je suis tellement convaincue qu’il y a une façon plus aimante de gouverner la France ». Comme elle a raison ! Ceux qui rient ne comprendront jamais rien à ce qu’elle est, à ce qu’elle aurait pu apporter, à ce qu’elle espère offrir encore. Chez un homme, ce serait formidable mais pas chez elle ?

Le terrorisme est un rabat-joie…

D’une certaine manière les barbares qui veulent la peau de notre civilisation occidentale ont déjà remporté une première victoire capitale. Bien au-delà des dispositifs contraignants de protection et de sauvegarde, jamais parfaits, toujours perfectibles, qu’à cause d’eux, notre quotidienneté doit installer, ils ont réussi leur horrible pari : nous faire perdre la joie d’être ensemble, ce que j’appellerais la politique de la confiance. L’homme est devenu moins un loup pour l’autre qu’un suspect.

À un point du rêve : la fête est finie…

Le capitaine de l’équipe de France Antoine Dupont a délicatement mis en cause l’arbitrage et on peut d’autant plus faire fond sur sa critique qu’il a toujours été exemplaire sur le terrain et n’a jamais adopté le registre de la revendication permanente. Toujours est-il que, le 16 octobre, la fête est finie. Parce que nous étions à un point du rêve et que le destin ne nous a pas choisis. Qu’importe, l’avenir est ouvert.

Avons-nous le droit d’être encore légers ?

La malfaisance est illimitée, inventive pour le pire, elle ne s’assigne aucun frein, elle glisse forcément entre les mailles du filet qui ne peut être durablement protecteur, elle sévit à tout moment, elle n’a besoin que de son poison meurtrier et de sa cruauté inhumaine. Face à elle, nous avons une civilisation, un État de droit, dont la définition la plus sensée est de décréter que nos démocraties ne peuvent pas précisément TOUT se permettre, qu’elles sont, elles, limitées, entravées, vouées à réagir, jamais à anticiper. Le soupçon, aussi plausible qu’il soit, n’autorise rien : il faut attendre le désastre pour compter les morts et les blessés.

Jean-Luc Mélenchon : bonjour les dégâts !

Le climat installé et instillé par JL Mélenchon, les pressions qu’il exerce pour que l’activité parlementaire ne soit faite que d’opposition systématique, de refus des consensus même les plus évidents, d’une sorte de prurit révolutionnaire en chambre plus grotesque et débraillé qu’autre chose, de chahut mêlant des députés malheureusement égarés et des militants ayant oublié qu’ils étaient députés, ont eu pour conséquences, notamment, de faire percevoir par une majorité de Français le RN comme « plus compétent et plus crédible » que LFI. Combattre le RN, sur le plan politique, sans s’attacher à stigmatiser l’un des ressorts fondamentaux de son avancée – LFI sous influence mélenchonienne – est aberrant, incohérent.

Un permis (de parler) à points ?

Par provocation, en faisant référence au permis de conduire à points, j’envisage qu’on puisse édicter un permis de parler à points qui, à chaque insanité publique, ferait régresser pour aboutir à une interdiction de s’exprimer durant une période déterminée. Le monde politique et médiatique, j’en suis certain, ne serait pas privé par la mise sous silence de quelques spécialistes de la parole indécente, partiale ou insensée.