Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Le sourire est-il une faiblesse ?

Depuis le début d’une série impressionnante de victoires (une seule défaite sur dix-sept matchs), en effet elle a changé. Elle qui était sombre, introvertie, contractée, presque antipathique sur les courts, s’est muée en une sportive redoutable mais à l’apparence aimable, heureuse, sourianteCoco Gauff fournit une clé pour beaucoup de comportements intellectuels, politiques, médiatiques, humains. Je ne suis pas sûr que le sourire qui lui a été conseillé n’ait eu rien à voir avec son jeu. Il l’a irrigué, enrichi, allégé, civilisé en quelque sorte.

Le blasphème est-il sacré ?

À tort ou à raison, une distinction a toujours marqué mon attitude intellectuelle et psychologique dans le domaine de la liberté d’expression. La séparation entre les idées et les croyances. Les premières sont faites pour relever des débats, pour être contredites. Une idée interdite est le comble de l’étouffement démocratique. Les esprits et les intelligences sont offensés. Mais une croyance relève des tréfonds intimes, des histoires personnelles et familiales, d’un terreau qui se rapporte aux sensibilités. Il me semble qu’on devrait laisser tranquilles ces états d’âme et ne jamais se poser en prosélytes ou en procureurs de ces sphères étrangères à la rationalité et à l’argumentation. Une croyance qu’on blesse, singulière ou collective, c’est de l’indélicatesse humaine.

Emmanuel Macron est-il jaloux de ses ministres ?

Depuis 2017 – et sa réélection a accentué cette propension -, on a constaté que le président, en même temps qu’il exige une inconditionnalité absolue, est gangrené par un sentiment de jalousie à l’égard de ceux qui de manière durable sont plus dans la lumière que lui ou ont eu le talent et l’intelligence de proposer des mesures qui les font apprécier très largement. Dans le premier cas, jalousie à l’encontre d’Édouard Philippe. Dans le second, plus subtilement manifestée, à l’égard de Gabriel Attal. Il ne fait pas bon être ministre sous ce président de la République. Bon ou mauvais, il vous relègue ou vous remplace. Remarquable, il vous envie et vous en veut. Emmanuel Macron tellement idolâtré par ses affidés et pourtant humain, trop humain…

Contre une France en tranches électorales !

Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France. Non par défaut d’intelligence mais à cause de cette prétendue fatalité de la politique, qui contraindrait à raisonner pour partie (ou parti ?) au lieu d’assumer le tout.

Pourquoi David Lisnard a-t-il été oublié par Nicolas Sarkozy ?

Il y a dans la démarche de DL une manière de penser et de faire qui ne relève pas des processus traditionnels de conquête. Maire de Cannes, s’appuyant sur son action exemplaire et largement plébiscitée, président, avec pugnacité et courtoisie, de l’AMF, structurant son microparti Nouvelle énergie, il avance pas à pas, sans affirmer prématurément une ambition présidentielle. Il est clair que cette stratégie, même en fuyant les éclats, les provocations et les promesses inconsidérées, n’a de sens que portée par une finalité qui trouvera son issue en 2027.

On voudrait pouvoir admirer les politiques !

Il y aurait bien des opportunités, pour nos politiques, susceptibles d’engendrer respect et admiration ! Par exemple il suffirait de ne pas trahir ses engagements, de ne jamais violer ses promesses. Une personnalité qui avec honnêteté et modestie admettrait s’être trompée aurait plus que notre assentiment. L’homme ou la femme qui, dans un poste officiel ou dans l’opposition, serait capable de penser contre soi, par intelligence et intégrité, non pas par un « en même temps » stérile mais par souci de vérité, serait approuvé bien au-delà du champ limité de la politique. Ceux qui parviendraient à placer la morale au coeur de leurs activités et à répudier, dans le dialogue républicain, la haine ou la bêtise attireraient notre approbation enthousiaste. Pour qu’on puisse admirer les politiques, il faudrait qu’ils sortissent d’eux-mêmes et de la fatalité d’habitudes plus jamais questionnées, par paresse ou par arrogance.

Heureuse politique où le ridicule ne tue pas !

J’adore cette période qui est encore teintée de vacances mais qui sent la reprise. Il y a des propos, des déclarations, des audaces et des provocations qui sont parfumés par cette parenthèse particulière entre le repos atténué et la pleine intensité. On ne dit pas forcément n’importe quoi mais on se laisse aller, à être des conseilleurs puisqu’on n’est plus les payeurs comme l’ex-président Nicolas Sarkozy, ou à des préceptes qu’on n’applique pas soi-même comme le président Macron, enfin à des initiatives surprenantes comme Ségolène Royal qui ne semble guère affectée par la dérision dont certains l’accablent.

Gérald Darmanin a raison : c’est 2027 qui compte !

Le macronisme qui a favorisé des ambitions pâtit dorénavant d’une désaffection tant par les désillusions qu’il a causées que par l’implacable enseignement d’un réel faisant exploser les ambiguïtés présidentielles. Certes on a toujours l’inconditionnalité apparente, la révérence obligatoire et la concentration surjouée sur le présent mais c’est demain qui attire tous les regards, stimule tous les appétits, suscite tous les calculs, détermine toutes les stratégies. Bien sûr que Gérald Darmanin a raison : pour lui comme pour tous les affamés de pouvoir, c’est 2027 qui compte !

Brassens ou Goldman : qui a raison ?

Je suis écartelé entre deux admirations essentielles : celle de Georges Brassens le poète impeccable et salubre dont pas une chanson n’est à refaire et n’a vieilli et celle de JJ Goldman. Je perçois d’ailleurs deux similitudes capitales entre eux qui me les rendent encore plus proches et chers. La première est que ces deux personnalités, au cours des multiples entretiens qu’ils ont accordés – l’un et l’autre n’en étant pas friands – n’ont jamais proféré à mon sens la moindre bêtise, la plus petite absurdité. Le seconde est qu’au-delà de leur génie musical et d’auteurs, dans un registre évidemment différent, un attachement profond était voué à leur personne, à leur être, grâce à une même qualité d’humanité et de générosité.