Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Ne jamais croire un terroriste sur parole !

L’Etat de droit classique ne les concerne pas. Ils en profitent pour mieux tuer demain. La déradicalisation est un leurre. La folie est souvent un masque. Surtout, ne jamais, jamais, les croire sur parole.

Les séries en France : je les regarde…

Cette série est extraordinaire parce qu’elle raconte des événements réels (adaptés d’un récit de Fabrice Arfi) – et bien sûr la réalité dépasse la fiction – mais avec le travail de deux scénaristes inspirés, dont Xavier Giannoli également réalisateur, qui ont su donner à ces péripéties intenses, dramatiques, passionnantes, d’argent et de sang, de rires et de larmes, une tonalité à la fois exacte et revisitée avec une limpidité et une accessibilité sans égales. Avec des acteurs autorisant une sublimation artistique des bons comme des méchants.

Viols : et si on s’intéressait plus aux hommes ?

Il ne sera pas simple, si on accepte ce point de vue qui nous invite à modifier notre logiciel, d’oublier nos habitudes à la fois humaines et procédurales pour nous consacrer d’abord à l’homme, à son pouvoir, aux contraintes qu’il a exercées, à la domination qu’il a fait peser, à son implication capitale dans le crime. Ce ne serait plus à elle d’établir, comme c’est pratiquement le cas, qu’elle n’était pas consentante mais à lui de démontrer qu’elle l’était. Ce serait un bienfaisante irruption, dans l’espace criminel, d’une présomption de sincérité et de vérité pour l’une et d’obligation pour l’autre. Le rapport de force ne serait plus le même. La Justice y gagnerait sur tous les plans.

Il faut nommer !

Pour la majorité des citoyens, le sentiment que les gouvernants et les médias cherchent à les égarer est bien pire que ce qu’ils pourraient éprouver en étant confrontés à la la réalité nue, dans toute sa crudité. Le complotisme, le racisme, l’antisémitisme surgissent davantage dans une République qui refuse de se regarder et d’exprimer le nombre et l’intensité des poisons qui la minent. La transparence, qui fait mal dans l’instant, est porteuse de sens et de bienfaisance pour l’avenir. La France a cette déplorable habitude d’être audacieuse dans la seule dénonciation d’abstractions, sans jamais aller au coeur du sujet : qui a perpétré le mal, quelle est l’identité des transgresseurs ? Le soupçon est bien plus nourri par l’incertitude que par la connaissance.

Le verbe toujours recommencé…

Grâce au langage, le futur n’a pas d’importance, seul compte ce qui est dit à l’instant et il faut avoir mauvais esprit pour deviner, dans la paille de la promesse, la poutre de l’ineffectivité de demain. Le verbe se substitue à l’impuissance, fait oeuvre de séduction, prépare les lendemains qui chantent, offre à la société, face au petit sanctuaire des actes une cathédrale de mots.

Fabien Roussel, il faut « se saisir des drames » …

Je souhaiterais que les partis et toutes les personnalités politiques qui sont représentés à l’Assemblée nationale, donc tous dans l’arc républicain, aient la volonté de « se saisir des drames », des tragédies, des détresses et des misères engendrées par la multiplication des délits et des crimes et de la relative impuissance avec laquelle on les combat… Cette réalité qui angoisse nos concitoyens les fait douter de la capacité des pouvoirs à la réduire, à quelque niveau que ce soit.

La vie en chansons…

Le miracle tient à ces chansons parfois imparfaites dans leur expression, entêtantes dans leur rythme et leur mélodie et qui, grâce à ce mélange, apparaissent tels de petits chefs-d’oeuvre capables, dans leur apparente modestie, de transmettre des messages qui les dépassent. Une relative facilité du texte, n’appelant aucune difficulté de compréhension et d’écoute, magnifiée par un air inoubliable, constitue dans la quotidienneté l’exemple le plus éclatant d’une distraction qui nous fait du bien.

Emmanuel Macron ne fait que ce qui lui plaît !

Emmanuel Macron parlant plus qu’il n’écoute, monologuant brillamment, impressionnant par sa maîtrise des dossiers, sa mémoire et sa résistance. Ainsi mis en valeur, placé au centre de l’attention, souvent de l’admiration, de la part même de ses adversaires applaudissant « l’artiste » dans ces exercices très divers. Suscitant des critiques de ceux ayant accepté de venir parce qu’ils espéraient pouvoir s’exprimer, approuver ou contredire mais réduits en définitive à être des faire-valoir. Il y a là un narcissisme politique qui place l’illustration d’Emmanuel Macron au premier plan.

Ah, si Vincent Bolloré n’existait pas !

Il est clair que Vincent Bolloré est surtout à usage externe : il est fondamental pour tous ceux qui ont besoin de s’imaginer héros sans l’être, résistants sans motifs et intrépides pour rien. Il y a des personnalités qui à bon compte justifient les combats en chambre et les libelles confortables. Celui qu’on vise et qu’on cible ne répondra pas. L’ennui, pour tous les adversaires compulsifs de Vincent Bolloré, est qu’il n’est pas seul. Parce qu’une personnalité est singulière, unique, on souhaiterait qu’elle ne représentât qu’elle-même. Mais je regrette d’avoir à formuler cette évidence : si Vincent Bolloré est conservateur, nous sommes nombreux à l’être avec lui.