Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Donald Trump : la force pour le droit ?

On a d’autant moins de scrupules à ne pas éluder les zones d’ombre que Donald Trump, avec un cynisme réjoui, n’hésite pas à nous les offrir en pleine lumière, en affichant par exemple, au Venezuela, l’aubaine que représentera l’exploitation du pétrole pour les compagnies américaines. Mais rien n’est simple avec Donald Trump. On peut dénoncer cet impérialisme qui, avec bonne conscience, se juge légitime à s’occuper de tout ce qui le regarde, selon des critères largement étendus. Mais, dans le même temps, il serait malhonnête de ne pas voir, dans les entreprises internationales du président américain, des ressorts et des exclusions qui ne peuvent que complaire aux démocrates réalistes de tous les pays.

Assez des admirations au rabais !

Je n’aurais pas l’indécence de contester l’authentique héroïsme qui peut exister dans nos démocraties et qui mérite le respect. Mais, face à cette multitude d’existences sacrifiées, convaincues que la mort serait leur destin — en Iran, en Corée du Nord, en Chine — j’ai le droit de dire que j’en ai assez, pour la France, de ces admirations au rabais, de ces hyperboles surjouées, de ces emballements médiatiques et politiques qui prétendent faire croire que notre nation serait une jungle dont seuls quelques êtres exceptionnels sortiraient vainqueurs.

Emmanuel Macron, à la recherche d’une légende introuvable…

À supposer qu’ils aient accepté ces échanges, cette confrontation — ce dont je doute fort pour Michel Onfray et Régis Debray —, ils auraient pu démontrer au président qu’ils regardent avec les yeux d’aujourd’hui le monde d’aujourd’hui, à travers la comparaison ou la nostalgie — sentiment nullement honteux — d’un certain monde d’hier. Rien n’aurait été plus éclairant pour Emmanuel Macron que d’entendre, de la part de ces intelligences brillantes, n’attendant ni n’espérant rien, des analyses de ce qu’il aurait dû être et accomplir, formulées avec une liberté et une expérience — du moins pour Régis Debray — sans égales. Il s’est privé, par confort, de visions décisives et décapantes sur le cours de son second quinquennat ; il en aurait fait ce qu’il voulait. Quitte à susciter des liens entre politique et littérature, autant aller au plus profond, au plus intense de la relation.

Voeux

Chers amis commentateurs, chers lecteurs connus ou inconnus, c’est un bonheur de reprendre cette belle et chaleureuse habitude…

Le coeur aussi est passé à droite…

Ce qui est le plus choquant, de la part de ces contempteurs et de ces idéologues, de ces profanateurs d’un moment absolu de recueillement et de concorde que devrait engendrer la mort d’une personnalité – plus encore lorsqu’il s’agit d’un être qui a fait rayonner la France bien au-delà d’elle-même, indépendamment de l’adhésion ou non à la manière dont elle a mené son existence, aux positions qu’elle a prises et aux combats qu’elle a engagés -, c’est la négation même de ce temps suspendu. Certains instants, lorsqu’ils sont troublés, révèlent l’absence de cœur et de dignité de ceux qui en sont responsables, mais aussi leur incapacité à saisir la disproportion entre la grandeur d’une destinée et la médiocrité des reproches qui lui sont opposés.

Et Brigitte Bardot créa une certaine femme…

BB a incarné une certaine idée de la femme : une splendide plénitude, née de la rencontre entre une beauté unanimement reconnue et un engagement décisif en faveur d’un humanisme profondément attaché à un double objectif. D’une part, regretter le délitement civilisationnel et identitaire de la France qu’elle aimait plus que tout ; d’autre part, apaiser le plus possible les souffrances des bêtes, dont l’innocence lui paraissait plus incontestable que celle de bien des humains.

Le Pas-de-Calais fait la leçon à la France…

Le Pas-de-Calais, a pris partiellement la mesure du fiasco et s’est efforcé d’y remédier en mettant en place une task force qui mériterait d’être généralisée. Celle-ci pourrait utilement venir en renfort partout où une administration policière débordée, dépassée, ne transmet plus les plaintes aux parquets et les laisse s’accumuler au point de n’avoir d’autre recours que leur relégation. Est-il inconcevable, pour l’excellent ministre de la Justice qu’est Gérald Darmanin et pour le nouveau ministre de l’Intérieur, de se pencher sur ce problème dramatique et de constituer, toutes affaires cessantes, un véritable service d’urgence destiné, à l’échelle nationale, non plus à faire disparaître les dossiers, mais à les mettre en lumière ; non plus à éradiquer les plaintes, mais à rendre la justice possible ?

Magistrats, policiers et gendarmes sont du bon côté…

Je n’ai jamais été sensible aux discours de ceux qui, insatisfaits de ce qu’ils avaient pourtant choisi, étaient trop souvent conviés par les médias à médire de ce qu’ils avaient quitté. Cette complaisance consistant à dénigrer, avec acrimonie, des services publics et des institutions qu’ils avaient servis m’a fréquemment paru suspecte ; plus encore la naïveté médiatique qui prêtait à ces paroles une autorité qu’elles n’avaient pas, tant elles semblaient n’exprimer, au bout du compte, que le ressentiment ou l’amertume de trajectoires contrariées.

Quand le crime est une statistique…

On peut relever que l’irresponsabilité pénale constatée en janvier 2011 pourrait être apparemment compatible avec une responsabilité pénale, au moins relative, en décembre 2025. Les ombres qui, sur le plan criminel, obscurcissent parfois totalement un individu sont susceptibles de se dissiper. On n’est pas nécessairement criminel et fou à vie. Pour le meilleur comme pour le tragique.

Revoir Poutine, mais pourquoi et comment ?

L’unique levier réel avec Poutine consiste à être capable de tenir le rapport de force et d’opposer à sa détermination – amplifiée par une mauvaise foi qui, jusqu’à présent, n’a jamais été véritablement battue en brèche – une résolution implacable, fondée sur le bon droit et la justice. Cette stratégie implique aussi que notre président sorte de ses sentiers battus et accepte d’abandonner la séduction et la complaisance qui, trop souvent et en bien des circonstances, ont été ses seules armes pour convaincre ou vaincre l’adversaire. On lui donnait raison en espérant qu’il nous en saurait gré : c’est naturellement l’inverse qui se produisait. On ne peut imaginer que, face à Poutine, Emmanuel Macron ne s’efforce pas de métamorphoser sa nature et de la rendre inflexible devant un antagonisme puissant, décidé à imposer ses conditions.