Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

À couteaux tirés…

On ne peut pas se résoudre au simplisme du « il n’y a qu’à… », « il faut qu’on… » ! On n’arrache pas une culture néfaste comme on pourrait le faire d’une mauvaise herbe. Cette société qui s’est installée aux côtés de la nôtre, voire face à la nôtre, est peu disposée au dialogue. Elle est enracinée dans ses croyances, ses convictions, persuadée qu’elles doivent demeurer intangibles et que toute offense qui leur serait faite mériterait une riposte, souvent violente. Les tragédies criminelles récentes doivent être analysées comme la volonté de ne pas céder à la civilisation de notre pays, à ses règles, à son terreau non négociable.

Etudiants magistrats : une culture précoce de la plainte…

Cette culture de la plainte habitue, à un stade précoce, quand tout serait encore possible et révisable, les étudiants magistrats à ne pas se faire confiance, à se défier d’eux-mêmes, à incriminer des forces supérieures qui seraient prétendument créatrices d’injustices pour ces êtres trop rapidement blessés ou offensés. Ce n’est pas rien que cette dépendance structurée si tôt qui, par la suite, l’auditeur devenu magistrat du siège ou du parquet, le confirmera dans une attitude au moins de relative soumission se résumant par cette certitude que sa liberté doit plier face à l’injonction du supérieur.

Mes naïvetés politiques…

Si les propos du Président sont dévalués, si ce qu’il dit glisse dans la conscience publique – qu’il s’agisse de saillies ou d’argumentations sérieuses -, cela ne tient pas seulement à 2027 où il ne pourra plus nous faire don de sa personne mais, plus profondément, au fait qu’il a trop évolué, infléchi, contredit, varié, démenti et déstabilisé, qu’il nous a trop habituées à percevoir dans l’affirmation d’aujourd’hui la dénégation de demain, qu’il nous a, au fond, interdit de lui attacher foi et confiance, nous privant de cette exemplarité capitale d’un chef si légitime que cru sur parole.

« Emmanuel, ça fait quand même onze ans que tu es là ! »

Cette semonce d’il y a quelques jours demeurerait un épisode marquant mais sans plus, si elle ne révélait pas un trait de caractère détestable d’Emmanuel Macron. Il est à la fois présent et absent, il est impliqué dans les désastres mais se situe en surplomb comme s’il n’était coupable de rien, il évoque et dénonce les fautes de ses ministres comme s’ils n’étaient pas les siens, il se vit tranquille et dénonciateur comme un observateur alors que le déplorable bilan de ses sept ans sur l’état économique, financier, sécuritaire et judiciaire du pays est à mettre à sa charge.

Montpellier, Viry-Châtillon… et la suite…

Face à une réalité scolaire de plus en plus traumatisante qui semble très difficilement maîtrisable par nos gouvernants, c’est notre État de droit qui doit s’ajuster. Pour la multitude des agressions qui, à tous niveaux, pour ceux qui enseignent comme pour ceux qui sont enseignés, pour les parents, les professeurs, les élèves comme pour les voyous qui gravitent dans les marges, pas d’autre solution que de les châtier vite et fort. Et on fera de la sociologie après.

Défendre l’école publique malgré tout !

Il faut défendre l’école publique contre la commission qui, sous prétexte de favoriser la mixité sociale et son utilisation des fonds publics, prétend contrôler l’école privée parce qu’elle réussit et que le catholicisme qui l’irrigue majoritairement insupporte tous ceux qui ne trouvent rien de mieux que de défendre l’école Averroès

Georges Pompidou : un grand président qui manque plus que jamais…

Pompidou. Une vraie culture nourrie par les humanités et la poésie, une proximité sans vulgarité, une densité intellectuelle sans afféteries, un bon sens éloigné de tout snobisme, une rectitude ne se dissipant pas du jour au lendemain, au gré de vents démagogiques, une solidité fuyant les simagrées élyséennes festives ou incongrues, une pudeur publique n’affichant pas son amour privé, de l’allure et en même temps de l’accessibilité. Tout pour se faire mieux comprendre de la France et des Français, rien pour l’exposition vaniteuse de soi.

Yasmina Reza, bien plus qu’une femme…

Mon admiration va vers une finesse et une intelligence hors de pair où on sent, sans qu’elle la présente de manière vulgaire et ostentatoire, une philosophie de pessimisme souriant, de tendre désabusement pour tous ces humains dans lesquels elle se place. En même temps que par la conscience de leur finitude, ils sont habités par l’énergie de vivre et jouent comme ils peuvent dans la comédie cynique, ironique, drôle, tragique et déchirante de leur existence.

D’accord avec Pascal Praud, à deux nuances près !

La multitude des dysfonctionnements, reculades, lâchetés et faiblesses constituent des épisodes infiniment regrettables, voire traumatisants, mais ils ne peuvent pas être globalisés de telle sorte que notre pays serait lui-même considéré comme profondément gangrené dans ses tréfonds. L’islamisme gagne des batailles mais la France elle-même n’a pas perdu la guerre contre lui. Notre démocratie malmenée, attaquée, n’a pas été vaincue.

Emmanuel Macron parle pour faire taire Gabriel Attal…

Ce président qui, un trait de temps il y a si longtemps, nous avait promis une parole rare pour redonner à la charge suprême tenue, distance et sérénité, a dépassé ses prédécesseurs dans l’exercice d’une oralité profuse qui, mêlant l’essentiel à l’accessoire, donne du prix à ce dernier et dégrade celui-là. La conséquence immédiate de cette logorrhée, qui ne date pas d’aujourd’hui mais s’est amplifiée avec l’épée de Damoclès inéluctable du départ présidentiel en 2027, est que même ses soutiens les plus fidèles ne comprennent plus sa stratégie. Son verbe n’est plus écouté au point de devenir quasiment démonétisé, en vertu de ce principe que la surabondance verbale, de la part d’un homme dont on espère au contraire économie et densité, manque sa cible et ne convainc plus personne.