Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Fanny Ardant a des fulgurances comme d’autres des banalités…

Fanny Ardant parlait de la pièce de Laurence Plazenet « la Blessure et la Soif », où elle est seule en scène au Studio Marigny. Elle en faisait la promotion d’une manière inimitable, avec cette voix unique qui rien que par sa sonorité et son articulation délicieusement voilée, donne à tous ses propos un tour original. Mais une fois évoquées la perfection de son oralité et de son langage, la qualité de la forme, il convient de s’attacher au fond dont c’est trop peu dire qu’il respire l’intelligence et distille de l’esprit.

LFI : Voltaire a bon dos…

Il est piquant alors, de la part de LFI qui exige à son bénéfice une liberté d’expression pleine et entière, sans la moindre entrave, d’entendre les mêmes, au nom d’une conception idéologique et hémiplégique de ce beau concept démocratique, réclamer contre ses adversaires censures, éradications, ostracismes. Faut-il rappeler Aymeric Caron laissant CNews être insulté et boycotté sans réagir à Sciences Po ? On a encore en mémoire la diatribe de Jean-Luc Mélenchon contre la même chaîne !

Un héros iranien va être pendu et on ne fait rien…

Toomaj Salehi est incarcéré depuis le mois d’octobre 2022. Dès le début de la révolte des jeunes femmes iraniennes contre l’obligation de se voiler, avec les multiples violences, emprisonnements et exécutions qui ont suivi, il a défendu avec courage et talent leur cause, conscient des risques qu’il encourait de la part de ce régime barbare, sans illusion sur son propre futur.

Edwige Antier a raison, je comprends Ramzy Bedia…

Je retiens une double conclusion miraculeuse : que cette éducation aimante mais à la dure n’ait rien dégradé chez Ramzy ni dans sa fratrie mais qu’au contraire elle ait sauvé l’un et l’autre, à vie, des dangers et de la nuisance de cette cité criminogène. Edwige Antier a raison mais je comprends Ramzy Bedia qui, jugeant sans vanité ce qu’il est devenu, ne théorise pas sur l’éducation qu’il a reçue mais remercie sa mère.

La pauvreté de l’entre-soi : mes contradictions…

Ce besoin de ne jamais me sentir coincé entre mes quatre murs, rebattus d’interlocuteurs que je surprendrai aussi peu qu’ils me surprendront, trouve son paroxysme dans des débats médiatiques où, présent, il peut se faire que les plateaux composés – à supposer qu’on ait eu le choix d’invitations sur une large palette intellectuelle et politique – représentent plus un piétinement sur les mêmes chemins que des approfondissements et corrections enrichissant sa propre pensée.

Quel type, ce Jean Cau !

Retrouver aujourd’hui tout ce que cet être doué à tant d’égards a eu d’unique m’a saisi à l’esprit et au coeur. Un choc. À cause de cette certitude que pour la France, les dangers qui la menacent, le délabrement de ses institutions, sa décadence, le manque de courage de ses dirigeants, tous politiques confondus, et la morale dont elle aurait besoin, un Jean Cau serait plus que jamais nécessaire. Il a tout annoncé, il a tout vu et dit avant tout le monde. Rien de ce qui est tristement actuel ne lui a échappé.

Carlos Tavares joue à quel poste ?

Ainsi Carlos Tavares devrait rendre des comptes quand ils sont au beau fixe ! grâce à ses salariés mais aussi à son aptitude à la direction et à sa compétence. En revanche, le politique battu, le ministre médiocre, les conseillers déplorables sont dans la tradition française intouchables. C’est trop facile de soutenir qu’il y a des élections quand incontestablement des désastres ont été causés et qu’ils justifieraient des sanctions. Je comprends le sentiment des salariés de Stellantis qui doivent vouloir une part plus importante de cette manne collective mais sans CT, elle aurait été moindre. CT joue à un poste capital : celui sans lequel les autres n’auraient aucun sens.

Que le peuple français fasse silence !

Derrière ces péripéties qui paraissent se rapporter à des analyses juridiques et à des contradictions de spécialistes, se cache en vérité un dessein qui concerne au premier chef le commun des citoyens. Il s’agit au fond de se servir de la Constitution non pas pour le peuple mais contre ses intérêts. Le peuple n’est acceptable, dans cette démocratie sous l’empire de ce pouvoir macronien et de ce Conseil constitutionnel, que s’il fait silence. On le fait taire en l’étouffant délicatement dans les formes. Quand il pourra libérer sa parole, il hurlera.