Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Emmanuel Macron entre guerre et paix…

Quelle que soit la malfaisance d’un Poutine dont il ne faudra rien attendre sur le plan de la rationalité diplomatique mais tout dans le registre de la provocation sanglante, à l’intérieur comme à l’extérieur de la Russie, il conviendra bien, un jour, d’être plus intelligent que lui. De Poutine ne surgira que le pire : laisser une chance au meilleur ne pourrait-il être notre honneur français ? Il ne viendra pas par enchantement mais par volonté.

Kylian Dupont ?

L’un, le footballeur, sûr de soi, à la parole facile, habile à répondre aux médias et déjouant les pièges des journalistes, inséré dans une stratégie d’ambition et de pouvoir, souhaitant, grâce à celle-ci, à la fois la gloire et la fortune. L’autre, le rugbyman, non pas timide mais modeste, fuyant une lumière trop vive, mal à l’aise avec les éloges même justifiés, certain de n’être rien tout seul, à la parole non pas maladroite mais minimaliste, retenue, sans éclat mais toujours juste et opportune. Le premier a une personnalité qui irradie, le second, une personnalité qu’on estime. Les excès calculés de l’un ne font pas oublier les prudences lucides de l’autre.

Ardente Ardant…

Je ne crois pas qu’on puisse, même avec une joyeuse résignation, soutenir à quelque âge que ce soit que les jeux sont faits. Il y a toujours du futur et de l’indéterminé, du possible, de la surprise en attente. C’est pour cela que je n’ai jamais jugé « la vieillesse comme un naufrage », à partir du moment où on ne l’appréhendait pas comme une fin mais telle une nouvelle page de sa destinée. L’inquiétude sur la finitude n’en était pas dissipée pour autant mais au moins, au quotidien, l’intensité ne faisait jamais défaut. Comme je comprends Fanny Ardant qui, dans l’arbitrage à opérer qui propose son alternative à tout instant, choisit cette intensité. Avec la démonstration éclatante de la nécessité de soi, plutôt que le parfum tiède du bonheur. La certitude de la flamme plus que la béatitude trompeuse du feu doux.

François Saint-Pierre, un avocat pour l’honneur…

François Saint-Pierre vient de publier un livre passionnant, précis, documenté, cinglant derrière son apparente froideur qui est d’autant plus convaincante qu’elle fait l’économie d’indignations trop faciles et d’accusations excessives. Il a pour titre : « Trois procès extraordinaires – Récit – Deux magistrats et un ministre de la Justice en procès » (LGDJ Éditions). Il a été l’avocat du juge d’instruction Edouard Levrault et du procureur Patrice Amar. Deux magistrats qui, devant le Conseil supérieur de la magistrature réuni en matière disciplinaire, ont été totalement exonérés des griefs formulés contre eux à la suite de procédures initiées par le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.

Faut-il avoir peur de ses obscurités ?

Rien n’est plus absurde que cette peur de l’extra-ordinaire en nous. Alors que le « côté obscur » doit être perçu comme un facteur essentiel de cette plénitude à laquelle nous devrions tous aspirer. Cette dernière n’est pas moins recommandable quand elle se compose de cette part qu’il ne faut surtout pas exclure. Il y a en effet une grande richesse, pour le développement de soi, à identifier ce dont on pourrait avoir honte mais qui est indissociable de nous.

La droite ne « déteste pas » Albert Camus !

On sent Catherine Camus profondément agacée par les malentendus et les incompréhensions engendrés par la personnalité et l’oeuvre de son père d’Albert Camus. Sa sincérité, parfois roide et vigoureuse, fait du bien. Avec elle, on n’est pas dans le confit et la dévotion. Puis-je me permettre, moi qui suis un inconditionnel de Camus tant pour l’ensemble de ses oeuvres (j’y inclus le théâtre) que pour sa personnalité riche, complexe et profondément honnête, de discuter une affirmation de Catherine Camus : « La droite détestait mon père mais la gauche ne l’aimait pas non plus. Il était seul comme un rat… »

François Hollande, Eric Zemmour : mon duo paradoxal….

Eric Zemmour a mis moins de passion dans le débat, alors qu’hier il était capable de renverser des montagnes. Il m’a paru être à la fois absent et présent. Serait-il lassé de cette page de son existence ? Aurait-il la nostalgie de cette période où il était vanté, quoi qu’on pense de ses idées, pour son art de les exprimer et son aptitude à la contradiction ? Là où François Hollande est un absent qui n’aspire qu’à redevenir présent, Eric Zemmour est un présent subtilement tenté par l’absence.

Macron et Attal : lui c’est lui et moi c’est moi !

Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour percevoir « des tensions latentes entre Macron et Attal » (Le Monde) qui se distinguent de celles de nature purement politique qui opposaient le président à son ancienne Première ministre Élisabeth Borne. Avec Gabriel Attal, c’est plus subtil et, d’une certaine manière, plus dangereux. Comme nous ignorons évidemment la teneur des échanges entre les deux chefs de l’exécutif sur l’élaboration de la politique à mettre en oeuvre, sur les projets de loi à faire voter à tout prix et sur la stratégie générale (s’il y en a une au milieu des crises de toutes sortes) envisagée, nous n’avons pas tort de focaliser sur des divergences qui loin d’être dérisoires révèlent chez l’un et l’autre une conception très différente de la démocratie parlementaire.

Le jour du grand déballage…

Tout ce qui se déroule est une révolution. Cela ne signifie pas qu’il faille jeter la Justice par-dessus bord. Mais on n’appréhende pas une libération inouïe de la parole sans s’interroger. Peut-être ne l’ai-je pas assez fait, enfermé que j’étais dans une conception contentieuse sans percevoir que tout ce temps passé ne démontrait pas qu’on inventait. Mais seulement que le courage du grand déballage a enfin installé ses quartiers dans notre trop longue résignation, que le jour de la transparence absolue est venu.

Le RN : une menace dont ils ont besoin…

Les contempteurs compulsifs du RN continuent à croire à l’efficacité de leur croisade morale contre lui alors sur beaucoup de registres, notamment parlementaire, il est chaque jour démontré que la pauvreté de leur argumentation politique – j’y inclus la révolte des agriculteurs et des paysans – est la conséquence de cette facilité : croire qu’on répond à l’adversaire en le disqualifiant éthiquement au lieu de le pourfendre sur le fond. Pourtant, autant la première attitude est dilatoire, autant il y aurait de quoi nourrir un débat vigoureux sur l’essentiel qui relève de l’affrontement projet contre projet.