Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Flash-back sur une dissolution désinvolte…

Tout ce qui est normal, comme l’expression d’une opinion et d’un bon sens partagés par beaucoup, est radicalement étranger au Président. J’étonne et je déroute donc je suis. Ainsi cette dissolution survenant comme un bouleversement absolu sur tous les plans et tétanisant même ses soutiens les plus inconditionnels, a-t-elle procuré à Emmanuel Macron ce dont il raffole le plus : stupéfier son entourage, reprendre la main fût-ce par une absurdité tactique.

Contre le RN : les incendiaires de luxe ou bas de gamme…

Cette troupe qui surgit, individuellement ou en masse, dans les temps de crise effervescents, est composée de ceux que je nomme les incendiaires bas de gamme. Ils jettent leur huile sur un feu dont on finit par se demander s’il ne les réjouit pas. Mais il y a aussi des incendiaires de luxe qui, certains de leur importance, emblèmes médiatiques contestables mais perçus irremplaçables, projettent sur une réalité qu’ils divisent, les lumières pour leur camp, les ombres contre le RN, un soufre dévastateur.

Il faut diminuer les droits de la défense !

Alors que pour les nations, et au premier plan la France, les exigences de sécurité, d’identité, d’autorité et de justice sont devenues dominantes et que l’aspiration à la tranquillité publique, à la sauvegarde des personnes et des biens est essentielle pour tous, c’est le moment que choisissent des instances déconnectées du bruit, de la fureur et de la violence de nos pays pour élaborer des règles dont la finalité faussement humaniste est de rendre encore plus difficile, voire impossible, la mission de nos forces de l’ordre.

Le président : génial ou insensé ?

Le mélange d’un mandat profondément bousculé, d’un président à la personnalité décriée, en tout cas questionnée, d’un entourage sans allure, d’une Assemblée nationale peut-être ingouvernable, d’un État dans l’angoisse de ce qui l’attend, de sondages qui, tous, placent la majorité présidentielle derrière le NFP et surtout le RN associé à Éric Ciotti, crée un crépuscule républicain, une démocratie délétère, morose, un paysage présidentiel informe et inédit.

Emmanuel Macron paie la note…

Je ne peux m’empêcher d’être troublé par cette atmosphère d’apocalypse depuis le soir du 9 juin, par ce climat shakespearien où, d’un coup, un vent de désastre soufflait, où Jupiter égaré, incertain, disposé à la politique du pire, au pire de la politique, avait perdu de sa superbe, devenait, en tout cas à mes yeux, presque pitoyable. Comme une sorte de roi Lear sur sa lande élyséenne. Comme s’il avait fallu ces intenses et dramatiques péripéties politiques pour que, enfin, il se dégonflât de lui-même, étonné de n’être plus qu’un président ordinaire, conscient d’un futur qui allait rétrécir encore davantage son champ d’action.

Gagner dans les urnes, perdre dans la rue…

Ce deux poids deux mesures l’accable systématiquement, quand l’alliance précipitée de la gauche avec l’extrême gauche accusée d’antisémitisme depuis le 7 octobre et de complaisance avec le Hamas n’est jamais stigmatisée, pas plus que certaines investitures étranges ou sulfureuses données par LFI ou le scandale du programme du NFP mettant à bas, avec radicalité, tout ce qu’un macronisme déjà guère fiable avait mis en oeuvre sur le plan économique, social et régalien.

Qui est moral dans la politique française ?

Cette absence de morale aujourd’hui est explicable par des ambitions personnelles ou par le lassant refrain, à gauche, que tout est permis contre l’extrême droite, y compris le pire. Quand on constate le projet sur lequel le NFP s’est accordé en quatre nuits, on est effaré par le désastre qui en résulterait sur les plans économique, financier et régalien : la seule obsession étant de lutter « contre les violences policières ». On supprime tout ce qui était de nature à assurer la sûreté publique et à lutter, même imparfaitement, contre la délinquance et la criminalité. Seule ennemie : la police.

La droite la plus lâche du monde ?

L’histoire de la gauche et de l’extrême gauche est au fond le récit d’un réalisme tellement dominant qu’on pourrait le qualifier de cynisme. Elles se fabriquent, à intervalles réguliers, un ennemi dont elles surestiment délibérément le danger et qui les rassemble. Comme le « fascisme » est à nos portes, il est urgent d’occulter tout ce qui est moral et de mener la lutte qui ne sera jamais finale puisque la démocratie a beau exister, elle compte peu face aux prurits révolutionnaires qui n’attendaient par exemple que la déroute du macronisme et le triomphe du RN pour reprendre toute leur vigueur.

Adresse à tous les honnêtes gens contre l’ultragauche !

Le président de la République ne démissionnera pas, il restera jusqu’au bout. Je songe à Raphaël Glucksmann qui réclamait « une éthique démocratique ». Vaste et belle entreprise ! Avant, que tous les honnêtes gens, tous les citoyens de bonne volonté se réunissent pour favoriser la paix de la démocratie.

Emmanuel Macron : c’est sa faute, sa très grande faute…

Si demain le RN, comme c’est probable, a davantage de députés et que l’Assemblée nationale verra sa composition bouleversée avec, je l’espère, une représentation forte à gauche d’une social-démocratie authentique et un échec de LFI, le président de la République sera forcément conduit à nommer un Premier ministre qui ne sera pas récusé par le nouveau groupe majoritaire, les députés macronistes étant probablement réduits dans leur nombre. Il devra tenir compte d’un certain nombre de données et on retrouve alors là la critique de la présidente de l’Assemblée nationale déplorant la dissolution et suggérant « un pacte de gouvernement, de coalition, un autre chemin ». Mais avec qui ?