Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Lui et… Elle…

On pourrait même, derrière l’exigence morale qu’il énonce et qui se fonde sur une approche relativement positive des pères, dont il souhaite qu’ils assument leurs responsabilités (à l’exception des géniteurs violents), relever l’ambition présidentielle de réparer l’immoralité, la médiocrité, les imperfections d’univers familiaux où la plupart du temps une mère seule avec des enfants est amenée à se battre dans la quotidienneté en l’absence d’un père indifférent ou irresponsable. Je mesure à quel point le président va être contesté, voire moqué pour cette réponse qui résulte à l’évidence d’une réflexion structurée : « Je suis pour que l’on revienne à une logique de droits et de devoirs, y compris pour les pères ». Qu’il inscrit dans le cadre plus général de l’égalité entre les hommes et les femmes. Si le président parle sans cesse et sur tout, il lui arrive de ne pas nous le faire regretter.

La classe politique en mots : chacun a ses raisons…

Les candidats pour le 9 juin : tous contre Jordan Bardella qui est forcément l’homme à abattre puisqu’il a creusé l’écart. Il a des faiblesses sur lesquelles ses adversaires ne l’attaquent pas assez, de sorte qu’il s’appuie sur ses forces, d’abord l’immigration et l’insécurité s’accroissant. Valérie Hayer estimable, compétente à Bruxelles mais dépassée. Marion Maréchal coincée entre l’obligation de s’en prendre au RN et l’envie de le ménager. Manon Aubry tentant de redorer un peu l’image de LFI en focalisant sur l’éthique européenne : elle a raison. François-Xavier Bellamy et Raphaël Gluksmann, si éloignés mais au fond si proches. Deux rationalités, deux esprits, deux honnêtetés contraintes de s’opposer mais presque à l’unisson. Sur l’essentiel qui est de rendre l’Europe forte et moins complaisante avec d’autres pays pour les droits de l’Homme. Si la politique n’était qu’une affaire de mots, un vaste aréopage, un forum urbain, nous ne serions pas en France si mal lotis. Aucune des personnalités que j’ai citée n’est méprisable même si certaines ne sont pas à la hauteur de l’excellente opinion qu’elles ont d’elles-mêmes. Mais la politique, c’est de l’action, du courage, de la morale se colletant avec le feu du réel, de la constance, le refus de la démagogie. De la grandeur et à la fois de la simplicité. Ce n’est plus se réfugier derrière l’édredon doux et ouaté du « chacun a ses raisons » mais plonger dans la vraie vie de la France et du monde.

Lâcheté générale, courages singuliers : une France qui n’est plus tenue…

Rien n’est facile et on ne me trouvera jamais aux côtés de ceux qui, vindicatifs et adeptes du « il faut qu’on… on n’a qu’à… », considèrent qu’il suffit de vouloir pour pouvoir et que notre démocratie est le régime rêvé pour tout réussir en temps de crise. Cela étant dit, comment ne pas être effaré par l’état de la France au quotidien, avec les multiples exemples qui nous sont donnés du délitement et de la faiblesse de notre nation, dans l’exercice du pouvoir, le rôle des institutions et le courage des directions ? Il y a une France officielle qui, à tous niveaux, va à vau-l’eau et n’est plus tenue. Comme si une lâcheté générale avait remplacé l’envie de résister. Comme si le « à quoi bon » avait remplacé l’optimisme de l’action.

Fanny Ardant a des fulgurances comme d’autres des banalités…

Fanny Ardant parlait de la pièce de Laurence Plazenet « la Blessure et la Soif », où elle est seule en scène au Studio Marigny. Elle en faisait la promotion d’une manière inimitable, avec cette voix unique qui rien que par sa sonorité et son articulation délicieusement voilée, donne à tous ses propos un tour original. Mais une fois évoquées la perfection de son oralité et de son langage, la qualité de la forme, il convient de s’attacher au fond dont c’est trop peu dire qu’il respire l’intelligence et distille de l’esprit.

LFI : Voltaire a bon dos…

Il est piquant alors, de la part de LFI qui exige à son bénéfice une liberté d’expression pleine et entière, sans la moindre entrave, d’entendre les mêmes, au nom d’une conception idéologique et hémiplégique de ce beau concept démocratique, réclamer contre ses adversaires censures, éradications, ostracismes. Faut-il rappeler Aymeric Caron laissant CNews être insulté et boycotté sans réagir à Sciences Po ? On a encore en mémoire la diatribe de Jean-Luc Mélenchon contre la même chaîne !

Un héros iranien va être pendu et on ne fait rien…

Toomaj Salehi est incarcéré depuis le mois d’octobre 2022. Dès le début de la révolte des jeunes femmes iraniennes contre l’obligation de se voiler, avec les multiples violences, emprisonnements et exécutions qui ont suivi, il a défendu avec courage et talent leur cause, conscient des risques qu’il encourait de la part de ce régime barbare, sans illusion sur son propre futur.

Edwige Antier a raison, je comprends Ramzy Bedia…

Je retiens une double conclusion miraculeuse : que cette éducation aimante mais à la dure n’ait rien dégradé chez Ramzy ni dans sa fratrie mais qu’au contraire elle ait sauvé l’un et l’autre, à vie, des dangers et de la nuisance de cette cité criminogène. Edwige Antier a raison mais je comprends Ramzy Bedia qui, jugeant sans vanité ce qu’il est devenu, ne théorise pas sur l’éducation qu’il a reçue mais remercie sa mère.

La pauvreté de l’entre-soi : mes contradictions…

Ce besoin de ne jamais me sentir coincé entre mes quatre murs, rebattus d’interlocuteurs que je surprendrai aussi peu qu’ils me surprendront, trouve son paroxysme dans des débats médiatiques où, présent, il peut se faire que les plateaux composés – à supposer qu’on ait eu le choix d’invitations sur une large palette intellectuelle et politique – représentent plus un piétinement sur les mêmes chemins que des approfondissements et corrections enrichissant sa propre pensée.