Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

S’il y avait un mercato politique, Marion Maréchal serait hors de prix !

Si nous disposions, pour la politique, d’un quotidien comme l’Équipe pour le sport, Marion Maréchal bénéficierait de beaucoup d’étoiles. Son transfert serait hors de prix ! Je ne suis pas de ceux enthousiastes par inconditionnalité ; je mesure seulement comme sur le plan technique, de la forme, son apparence ajoutant à son expression la place au-dessus du lot. Si je la juge bien supérieure dans ses prestations à Manon Aubry (elle récite), à Valérie Hayer (elle tremble) et à Marie Toussaint (elle ennuie), ce n’est pas que je sois misogyne : je crois au contraire qu’on a oublié combien certaines femmes pouvaient avoir de talent et combien d’autres pourraient en avoir.

Nicolas Sarkozy peut avoir raison !

Louant Georges Pompidou qui aurait souhaité qu’on ne parlât pas de lui plus tard, parce que cela signifierait que la France a été heureuse, Nicolas Sarkozy, en mettant au premier plan l’incarnation pour la réussite d’une politique, est absolument dans le vrai. C’est d’ailleurs une idée constante chez lui puisque je me souviens qu’il y a quelques années, il avait souligné, en substance, qu’un bon projet appliqué par un médiocre serait un échec, à rebours d’un programme discutable mis en oeuvre par une personnalité de qualité.

Attal-Bardella : une lutte des classes ?

Jordan Bardella a été appliqué, scolaire, contraint. Mal à l’aise. Sérieux certes mais tendu. Alors que face à lui, il y avait une alacrité d’esprit, une verve, presque une désinvolture, une habitude de l’oralité et de la contradiction. Ce que l’un cherchait à apprendre et à cultiver – une qualité de pensée et d’expression, une aisance, une souplesse intellectuelle et humaine -, l’autre les avait et les manifestait naturellement. C’est ce que j’ai appelé dans mon titre « une lutte des classes ». Le destin ô combien méritant, volontariste et militant de JB, fier de ses origines populaires et de son ancrage en Seine-Saint-Denis d’où grâce à sa mère et à lui-même il était sorti exemplaire, avec des qualités de rigueur, de rectitude et de travail, était clairement aux antipodes de celui de Gabriel Attal, avec une famille privilégiée, où la politique coulait dans ses veines depuis toujours, où rien n’était à apprendre puisque tout semblait su de toute éternité, par hérédité, où les idées et les mots qui allaient avec composaient un ensemble sans heurts ni ruptures.

L’opposition qui s’appelle la vie : comme on est mal !

Assez de ce désastre qui a subverti les valeurs, bouleversé les hiérarchies, mis les élèves à la place des maîtres, remplacé l’autorité par la complaisance et fait prendre le repli et la faiblesse pour une forme moderne de l’audace. Assez de ces assez. J’aimerais tellement faire partie des enthousiastes sans nuance. Mais si je suis mal dans l’opposition qui s’appelle la vie, au fond comme je suis bien !

Plus qu’assez de l’alibi des hommages nationaux !

Cet hommage national, animé par les meilleures intentions du monde, me semble pervers. Il occulte le fait que, si les deux agents ont été assassinés pour probablement permettre la fuite de Mohamed Amra, le pouvoir a toutefois une responsabilité : il est défaillant dans l’exercice de l’une de ses missions essentielles, protéger et punir. En ne favorisant pas le comportement le plus efficace possible des institutions régaliennes (forces de l’ordre, justice et administration pénitentiaire), sans leur fournir les moyens matériels et humains qui conviennent ni le soutien qu’elles méritent.

Jean-François Copé : c’est la dictature qui est naturelle…

Comme Jean-François Copé est pertinent quand, en suite de sa fulgurance sur le caractère « naturel » de la dictature, il projette la lumière sur l’édification contrainte, volontariste, toute de tension, d’énergie et de vigilance, du régime démocratique. Ce dernier, pour être réalisé, passe d’abord par une domination sur soi pour être au service de tous. Cette approche qui me touche autant qu’elle me convainc n’est pas seulement destinée aux États qui avec ostentation ou subtilité s’échappent de l’univers démocratique. Il me semble qu’elle devrait faire réfléchir celui qui est plus monarque que républicain à la tête de notre pays. Du citoyen au président, elle profitera à tous.

Pourquoi, quand on voit, n’ose-t-on pas dire ?

Les choses n’ont pas beaucoup changé depuis Jean-Paul Sartre : il s’agit toujours, et d’abord, de ne pas désespérer Billancourt. Donc, au choix, les cités, les musulmans, son camp, sa faction, les médias partisans, les inconditionnels qui ne supportent pas la liberté, les orthodoxes, les dogmatiques, le pouvoir en place, les amis importants, la pensée unique de droite ou de gauche ou pire, comme souvent sur le plan judiciaire, la pensée unique fusionnelle de droite ET de gauche… Tout ce qui est de nature à vous faire dévier de la ligne que l’idéologie impose, tout ce qui risque de vous faire traiter d’opposant et de dissident par rapport à la norme partisane…

LFI premier parti antisémite de France ?

Cette manière de confondre la partie avec le tout est offensante pour les quelques-uns qui à ma connaissance n’ont jamais tenu de propos honteux. C’est les accabler sous un opprobre partisan qui ne devrait pas les concerner. C’est aussi amplifier l’arrogance perverse du discours authentiquement antisémite, au sein de LFI et de la part de Jean-Luc Mélenchon pour des motifs principalement électoralistes, en laissant croire qu’il exprime la détestation éprouvée par l’ensemble de la France insoumise. Il ne faut pas tomber dans ce piège même si on attendrait de la part de ceux qui sont toujours demeurés dans la décence éthique et politique une expression plus vive de leur opposition.

François-Xavier Bellamy : de l’estime sans envie ?

Sans doute faut-il accepter cette rude leçon : on estime François-Xavier Bellamy, on peut même adhérer au message qu’il porte mais on n’a pas envie de donner plus à cette liste LR que ce que ses abstentions, ses variations et ses frilosités parlementaires, sa stratégie politique, avaient déjà réduit. Malgré un candidat qui fait honneur à la droite.

Tous orphelins de Bernard Pivot…

Nous sommes tous orphelins de Bernard Pivot dans la mesure où il n’est pas une émission et un homme qui aient su davantage inspirer la passion de la littérature, le goût des livres et de la lecture, la curiosité pour les écrivains et la dilection pour des échanges à la fois simples et de haute volée. Le rendez-vous de 21 h 30 le vendredi soir avec Apostrophes était sacré. Pour rien au monde la France n’aurait voulu perdre cette occasion unique de se rassembler dans une même cérémonie médiatique qui permettait une complicité totale entre un exceptionnel animateur, des invités de qualité, accordés ou divergents, et une multitude de téléspectateurs certains d’être partie prenante dans ce que la télévision proposait de mieux : un élitisme populaire, une culture raffinée et accessible.