Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Donald Trump passé du côté coeur…

La cause est entendue. Au mois de novembre, Donald Trump (DT) sera élu président des États-Unis. À cause de la sénilité intermittente de Joe Biden et du dernier débat entre eux, qui l’a vu sombrer. Grâce à, si j’ose dire, la tentative d’assassinat dont DT a été victime et qui à un centimètre près aurait pu être mortelle. Le comportement de DT, après la commission de ce crime, a été admirable de courage et supérieurement habile sur le plan politique, en manifestant des vertus de combat et de résistance magnifiées par la tragédie à laquelle il avait échappé par miracle, une sauvegarde exploitée comme un signe du destin.

L’audiovisuel public : un petit air italien…

Même si le Rassemblement national n’est pas arrivé au pouvoir après le second tour des élections législatives, il est difficile de contester que la France penche très fortement à droite. Et que l’audiovisuel public a un parfum subtil ou ostentatoire de gauche. Cette donnée est aisément vérifiable au quotidien et peut s’expliquer d’abord par la logique profonde des médias publics qui, à mon sens de manière perverse, assimile le pouvoir à la droite et se vit comme un contre-pouvoir. La gauche est perçue par eux comme l’alliée naturelle du progrès, de la liberté d’expression et de l’impartialité.

Rencontre fugace avec Jeanne Balibar…

La citoyenne Jeanne Balibar a évidemment le droit, alors qu’elle a une sensibilité de gauche extrême, d’exprimer ses convictions sur ce plan mais je ne peux m’empêcher de percevoir un contraste troublant entre son élégance morale et intellectuelle sur le passé et sa fureur au présent. Comme si j’espérais une autre expression, plus apaisée, de son idéologie.

Se mettre à table, une honte ?

Édouard Philippe s’est vu reprocher de s’être attablé au mois de décembre 2023 avec Marine Le Pen. Ce dîner aurait dû demeurer secret. L’ancien Premier ministre a été questionné comme s’il s’agissait d’une honte, d’un scandale. Marine Le Pen estimant, elle, que « c’était tout à fait normal ». Imaginons que demain on apprenne que Gérald Darmanin a dîné en secret avec Jean-Luc Mélenchon : il y aurait le même type de controverse. Aussi aberrante. Comme si nous étions en guerre humaine et pas seulement en contradiction politique. La haine que ses ennemis reprochent au RN de diffuser, est en réalité partout dans le monde politique. On a peur de se mettre à table pour n’être pas tenté d’écouter, de comprendre ou, qui sait, d’approuver ?

Obscur pour le pouvoir mais clair pour le citoyen !

Je ne suis pas suffisamment compétent pour contredire les spécialistes qui en grande majorité prévoient une catastrophe financière, économique et sociale. En revanche sur le plan régalien, je dois constater que les préoccupations fondamentales des Français seront au mieux négligées, au pire méprisées. Dans le programme du NFP sur ce plan, seules les violences policières sont ciblées. Immigration, justice, autorité, identité, ordre, soutien aux forces de l’ordre, impartialité des instances de décision, autant de problématiques et d’exigences dont je crains qu’elles ne soient laissées à l’abandon puisque, contrairement à ce qu’elles prétendent, gauche et extrême gauche en sont encore restées à cette double aberration : la société est coupable et il faut plutôt comprendre les transgresseurs que les sanctionner. Le Syndicat de la magistrature et le NFP, même combat, même politique !

Juste avant l’inconnu…

Si la machine médiatique et politique anti-RN a rempli sa fonction, aidée aussi par les variations et fluctuations du couple Marine Le Pen-Jordan Bardella aussi bien dans le fond que dans la forme, il n’en demeure pas moins qu’au regard de ce qui paraît se dessiner pour le 7 juillet, une part substantielle de la France de droite, conservatrice, pourra avoir le sentiment de s’être fait voler la plénitude de sa victoire parce que les arrangements ont été préférés à la transparence de la démocratie. Que le peuple aura été grondé pour n’avoir pas été discipliné et qu’on aura tout fait pour redresser la barre.

Lire, est-ce vivre ?

Le livre est un formidable gain de temps. Il ne nous dispense évidemment pas d’appréhender le cours de notre destin et d’affronter concrètement, physiquement, les aléas, les hasards auxquels il va nous confronter. La lecture ne nous détourne pas de vivre mais, par exemple quand on plonge dans la géniale Recherche du Temps perdu, elle nous offre un extraordinaire tableau de « la vie réellement vécue » avant que nous appréhendions, ainsi lestés, de manière tangible sa réalité. La lecture nous prépare à partager l’humanité des autres ou nous fait mieux comprendre la nôtre. Lire, c’est vivre, lire, c’est agir.

Tous fous à lier… sauf le peuple !

Je ne parle pas des tribunes, des collectifs, des groupuscules, des cénacles inconnus mais ne gagnant pas à être connus, des associations et des clans militants se ruant dans l’espace médiatique pour exprimer – c’est original ! – leur hostilité à l’encontre du RN. Je n’aurai garde d’oublier les artistes qui ont toujours estimé qu’ils étaient programmés pour n’être pas seulement sur la scène ou sur les écrans mais dans nos têtes trop futiles pour comprendre. À considérer l’ensemble de ces folies à lier – ces minorités sortant de leur rôle et nous dictant avec arrogance notre conduite civique -, on ne peut qu’être effrayé par une démocratie qui se délite et demeure pourtant, dans ses hautes sphères, fière d’elle. Des millions d’électeurs par ce matraquage hémiplégique sont rejetés dans les coulisses de la République. Tous ces citoyens auxquels j’ai rendu hommage vont voter le 7 juillet et je parie qu’ils feront comme bon leur semble et ce sera tant mieux.

La Macronie : sauver sa peau ou être digne ?

Surtout, qu’on vienne nous expliquer, au lieu de ressasser « les valeurs de la République » contre le RN, alors que beaucoup reconnaissent avec bonne foi qu’il a changé, pourquoi il conviendrait que nous acceptions cette alliance contre-nature entre une macronie molle et une extrême gauche qui refuse les exigences d’un peuple attaché à la sécurité, à la Justice, à l’autorité et aux forces de l’ordre.

La gauche est-elle propriétaire de la culture ?

Court, en filigrane, ce refrain condescendant que la gauche est propriétaire de la culture, que le simple fait, pour l’extrême droite, de venir s’en mêler serait une usurpation et qu’il s’agit d’activités trop nobles et élevées pour être confiées à ces « ploucs ». À suivre à la lettre cette pente, on a le droit, voire le devoir, de se demander alors si la droite et, peut-être, son extrême droite ne devraient pas chercher à créer un art pour le peuple, une culture accessible à tous, dans le genre qu’affectionnait Jean Vilar – un élitisme populaire -, évidemment aux antipodes de quelque endoctrinement que ce soit.