Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Non, l’extrême gauche n’est pas « stupide » !

Qualifier l’extrême gauche de « stupide » est l’ancrer dans un registre qui permettrait en principe de la combattre aisément. Alors qu’il suffit de constater l’aura persistante de LFI, malgré ses excès, ses outrances et son refus de nommer comme il convient les réalités meurtrières et terroristes, pour s’inquiéter de son succès durable dans l’espace politique. Rien, dans sa stratégie, n’est accompli par hasard.

Alain Delon n’était pas que beau !

C’est entendu, Alain Delon était d’une incroyable, d’une indépassable beauté. Il appartenait à cette catégorie d’êtres qui apparaissent, tels des miracles, dans notre monde humain, tellement hors concours sur le plan esthétique que nul, aussi séduisant qu’il puisse se trouver, n’aurait risqué le ridicule de se comparer à lui. Mais cette beauté, venue comme un don, une grâce, surgie des mystères de l’hérédité, il n’en était pas responsable. Ce serait une grave erreur que de réduire ainsi Delon qui demeurera dans la mémoire et le coeur de beaucoup de ses admirateurs pour l’acteur génial qu’il a su être quand des réalisateurs de haute volée ont tiré le meilleur de lui-même.

Hermann Goering veuf trop tôt ?

Carin Goering avait une sorte d’admiration naïve pour Hitler qui faisait le galant homme avec elle et lui baisait la main mais beaucoup se sont demandé si, en raison de sa qualité humaine, elle n’aurait pas détourné son mari des ignominies nazies dont il a été un protagoniste essentiel. On n’en sait rien. Goering s’était mué en un tel clone de Hitler, sombrant dans un mimétisme délétère, qu’il n’est pas certain que la relative normalité de l’épouse aurait eu le moindre effet sur ses dérives criminelles ultérieures condamnées à Nuremberg.

Regards contrastés sur l’abbé Pierre…

Rien de plus dangereux que cette mode de déboulonner les idoles. Rien de plus nécessaire que de déboulonner les idoles qui, contre leur légende, n’ont pas été irréprochables. Qui, en même temps, peut être assez naïf pour s’imaginer qu’il existe des êtres tout d’un bloc, absolument et toujours admirables, modèles sans faille et résistant à toutes les remises en cause d’aujourd’hui, à cette envie parfois perverse de détruire des réputations, aussi à ce besoin de justice et de vérité qui ne tolère plus les moindres ombres dans les lumières trop longtemps éclatantes ?

Des idées et des visages…

Je ne suis pas enchanté par le terme « droitards » même si je crois percevoir derrière le sarcasme une touche de tendresse… Je ne crois pas qu’on puisse dire « qu’ils étaient mieux avant ». En tout cas, ils étaient plus rares et moins libres. Sans abuser du terme, ils faisaient de la résistance. Ils se heurtaient à un climat qui ne les accueillait pas à esprit ouvert. Il avaient à vaincre une épaisse couche de conformisme qui les faisait systématiquement apparaître pour des provocateurs, des agités. Alors qu’ils se permettaient seulement d’instiller quelques gouttes de dissidence dans un océan largement consensuel. Celui-ci était majoritairement orienté à gauche en vertu de cette absurdité, qui a fait beaucoup de mal, selon laquelle les médias se devaient d’être un contre-pouvoir.

Peut-on se passer de ministres ?

Si on en croit le JDD, le Premier ministre devrait être choisi après le 15 août et le gouvernement constitué à la fin du même mois. Dans tous les cas il est très dangereux de laisser perdurer cette zone imprécise et floue : elle risque d’aggraver le sentiment de défiance du citoyen à l’égard de la vie politique et de ceux qui détiennent le pouvoir. Il ne faudrait pas que l’opinion dominante s’accordât sur ce constat que si les ministres n’existaient pas, il conviendrait de ne pas les inventer.

La volupté de l’humilité face aux champions …

J’ai éprouvé, me rappelant mes jeunes années au collège ou ailleurs quand pour passer le temps je jouais beaucoup au ping-pong, une sensation magique en voyant Félix Lebrun, âgé de 17 ans, mener des échanges à un train d’enfer, avec une sûreté, une précision et un talent hors norme. Nous avons en commun le tennis de table mais lui a en propre cette irréductible singularité qui me fait glisser avec bonheur dans la conscience de mon infirmité… Ce n’est pas seulement cette idée banale qu’il y a, en sport comme ailleurs, le profane et les professionnels, les besogneux et les cracks mais bien davantage : la certitude que nous sommes fiers d’être ainsi dépassés, relégués par la jeunesse, par le miracle de dons nous laissant à des années-lumière, parce qu’ils sont eux et que nous ne sommes que nous ! Je raffole de cette modestie qui survient comme une grâce. Celle par exemple qui me laisse ébahi, stupéfié par Félix Lebrun quand il permet à la France d’obtenir une médaille de bronze par équipe.

Hay, ce sont aussi un peu les Jeux d’Emmanuel Macron !

Il est clair que, comme tous ses prédécesseurs confrontés à de grandes manifestations sportives organisées en France, il cherche à les exploiter à son profit. En espérant que l’enthousiasme collectif et la joie patriotique suscités par les succès des Français retombent un peu sur lui et qu’on le crédite au moins en partie de cette parenthèse magique. Ce n’est que trop naturel et il me paraîtrait injuste de lui en faire grief.

Ils étaient quatre…

Ils ne se ressemblaient pas mais s’estimaient, s’admiraient. Deux d’entre eux avaient un profond compagnonnage, les mêmes origines, presque le même parcours. Il y avait aussi le maître de l’éloquence venue de l’école aixoise, la superbe voix qui dans l’exaltation, l’indignation, l’argumentation, convainquait souvent, ne se décourageait jamais, avait pour ennemie la peine de mort et a suscité beaucoup d’imitateurs qui avaient tout de lui sauf l’essentiel qui était la parole incroyablement en mouvement. Il y avait enfin mon maître en courage et en rigueur, la froideur apparente dans une énergie en feu et une intelligence indépassable, la foudre du verbe, le respect des juges quand ils le méritaient sans, jamais, la moindre complaisance.

Mon faible pour Nelson Monfort…

Malgré les apparences, Nelson Monfort n’appartient pas, par sa culture, son intelligence, sa tenue, sa finesse et sa politesse, au monde médiatique tel qu’on se plaît à le célébrer entre hyperboles et copinages. Il y a toujours eu quelque chose, précisément à cause de ces qualités, qui a résisté chez lui à cet embrigadement, à ce grégarisme. Sa singularité a fait pièce à tous les conformismes. Jamais il n’est tombé dans l’esprit partisan en éprouvant le besoin de s’exprimer sur un mode péremptoire à propos d’un sujet politique sur lequel il ne connaissait rien. Il n’a jamais succombé à la pétitionnite aiguë. Son goût de la langue française lui a évité de la massacrer. Questionnant ses invités, épuisés après un match ou dans des circonstances plus tranquilles, il n’a jamais eu pour but de les déstabiliser, de les mettre mal à l’aise. Au contraire, avec sa pertinente urbanité, il a satisfait sa curiosité en même temps qu’il a répondu à nos attentes.