Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Donald Trump vaincu par la faiblesse démocrate ?

Les jeux ne sont pas faits et il n’est pas impossible qu’on se retrouve, pour ces futures élections américaines, face à ce que la vie offre dans beaucoup de ses registres les plus divers : la stupéfiante force, en définitive, d’une faiblesse se muant en arme.

Boris Vallaud aurait dû donner l’exemple…

Quelle déception quand j’ai appris que le socialiste Boris Vallaud (il est vrai avec certains autres de son parti, de LFI, des Écologistes et même du groupe Ensemble, au comportement aussi critiquable que le sien), avait refusé de serrer la main, lors de l’élection à la présidence de l’Assemblée nationale, du député RN Flavien Termet qui, étant le benjamin de tous, avait un rôle précis à jouer. Au regard du parcours qui est celui de Boris Vallaud, de sa capacité que je présumais de savoir distinguer la politesse élémentaire de l’adhésion partisane, je n’imaginais pas un tel puéril manque de savoir-vivre politique et de respect des usages. Cette Assemblée, dans notre démocratie, doit être un lieu de débats et de confrontations, il est devenu celui des grossièretés honteuses.

La démocratie absente partout…

J’éprouve, comme citoyen, cette bizarre impression que les dés sont délibérément pipés. Comme si l’essentiel de la vie politique, depuis quelque temps, n’était plus de faire gagner ses couleurs mais de faire perdre celles qu’on abhorre. Qu’elles soient, comme d’habitude, celles d’un Rassemblement national à la fois solitaire mais revigoré ou, plus conjoncturellement, de la France Insoumise victime de ce même discrédit qui prétend trier le bon grain et l’ivraie à partir pourtant d’une même légitimité parlementaire.

Attal prend le large, le Nouveau Front Populaire l’eau…

On n’a jamais connu une période politique comme celle-ci. De tous côtés, c’est l’inquiétude, la sarabande, les ambitions enfin délivrées de leur gangue présidentielle, le progressisme affiché volant en éclats, le président de la République continuant à parler comme s’il était écouté, Gabriel Attal et Gérald Darmanin s’ébrouant dans des sens différents et avec des stratégies opposées, le Nouveau Front Populaire, bas du front, pas du tout nouveau et absolument pas populaire, confronté, après l’exaltation factice, à la dure loi des rapports de force, le Rassemblement National volé hier, électoralement parlant, par des désistements contre-nature et sans doute spolié à l’Assemblée nationale par un cordon prétendu sanitaire, une démocratie globalement mise à mal…

Donald Trump passé du côté coeur…

La cause est entendue. Au mois de novembre, Donald Trump (DT) sera élu président des États-Unis. À cause de la sénilité intermittente de Joe Biden et du dernier débat entre eux, qui l’a vu sombrer. Grâce à, si j’ose dire, la tentative d’assassinat dont DT a été victime et qui à un centimètre près aurait pu être mortelle. Le comportement de DT, après la commission de ce crime, a été admirable de courage et supérieurement habile sur le plan politique, en manifestant des vertus de combat et de résistance magnifiées par la tragédie à laquelle il avait échappé par miracle, une sauvegarde exploitée comme un signe du destin.

L’audiovisuel public : un petit air italien…

Même si le Rassemblement national n’est pas arrivé au pouvoir après le second tour des élections législatives, il est difficile de contester que la France penche très fortement à droite. Et que l’audiovisuel public a un parfum subtil ou ostentatoire de gauche. Cette donnée est aisément vérifiable au quotidien et peut s’expliquer d’abord par la logique profonde des médias publics qui, à mon sens de manière perverse, assimile le pouvoir à la droite et se vit comme un contre-pouvoir. La gauche est perçue par eux comme l’alliée naturelle du progrès, de la liberté d’expression et de l’impartialité.

Rencontre fugace avec Jeanne Balibar…

La citoyenne Jeanne Balibar a évidemment le droit, alors qu’elle a une sensibilité de gauche extrême, d’exprimer ses convictions sur ce plan mais je ne peux m’empêcher de percevoir un contraste troublant entre son élégance morale et intellectuelle sur le passé et sa fureur au présent. Comme si j’espérais une autre expression, plus apaisée, de son idéologie.

Se mettre à table, une honte ?

Édouard Philippe s’est vu reprocher de s’être attablé au mois de décembre 2023 avec Marine Le Pen. Ce dîner aurait dû demeurer secret. L’ancien Premier ministre a été questionné comme s’il s’agissait d’une honte, d’un scandale. Marine Le Pen estimant, elle, que « c’était tout à fait normal ». Imaginons que demain on apprenne que Gérald Darmanin a dîné en secret avec Jean-Luc Mélenchon : il y aurait le même type de controverse. Aussi aberrante. Comme si nous étions en guerre humaine et pas seulement en contradiction politique. La haine que ses ennemis reprochent au RN de diffuser, est en réalité partout dans le monde politique. On a peur de se mettre à table pour n’être pas tenté d’écouter, de comprendre ou, qui sait, d’approuver ?

Obscur pour le pouvoir mais clair pour le citoyen !

Je ne suis pas suffisamment compétent pour contredire les spécialistes qui en grande majorité prévoient une catastrophe financière, économique et sociale. En revanche sur le plan régalien, je dois constater que les préoccupations fondamentales des Français seront au mieux négligées, au pire méprisées. Dans le programme du NFP sur ce plan, seules les violences policières sont ciblées. Immigration, justice, autorité, identité, ordre, soutien aux forces de l’ordre, impartialité des instances de décision, autant de problématiques et d’exigences dont je crains qu’elles ne soient laissées à l’abandon puisque, contrairement à ce qu’elles prétendent, gauche et extrême gauche en sont encore restées à cette double aberration : la société est coupable et il faut plutôt comprendre les transgresseurs que les sanctionner. Le Syndicat de la magistrature et le NFP, même combat, même politique !

Juste avant l’inconnu…

Si la machine médiatique et politique anti-RN a rempli sa fonction, aidée aussi par les variations et fluctuations du couple Marine Le Pen-Jordan Bardella aussi bien dans le fond que dans la forme, il n’en demeure pas moins qu’au regard de ce qui paraît se dessiner pour le 7 juillet, une part substantielle de la France de droite, conservatrice, pourra avoir le sentiment de s’être fait voler la plénitude de sa victoire parce que les arrangements ont été préférés à la transparence de la démocratie. Que le peuple aura été grondé pour n’avoir pas été discipliné et qu’on aura tout fait pour redresser la barre.