Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Un billet, en attendant…

Je n’aurai pas l’inélégance de renier toutes mes affirmations au Monde mais dans la forme et le fond, j’ai des réserves. Dans le cadre d’échanges familiers et spontanés, une tonalité grossière, voire vulgaire – aux antipodes de ce que je suis – a été conservée, alors qu’elle aurait été supprimée si j’avais pu relire. De leur part, il y a eu là pour le moins une indélicatesse. Quant à la nature même du propos, les rédacteurs ont interprété négativement ce qui, dans ma bouche, était positif. Ainsi, lorsque je cite Serge Nedjar définissant CNews comme une chaîne d’opinionS, je l’approuve pleinement et j’indique que j’aime être, sans la moindre présomption, le « S » de CNews. Ils me font proférer, au contraire, une appréciation critique. Ce sont des détails, mais qui ont pesé lourd.

Du triste mais indéniable avantage d’être une brute…

C’est une tristesse, aujourd’hui, de voir le climat géopolitique offrir un triomphe facile aux atypiques et aux brutaux, aux Trump comme aux Poutine. Et l’on n’est pas forcément consolé quand on se persuade que le premier au moins vient au soutien des principes démocratiques. Ce qui peut susciter une part de doute ! Je ne peux me défaire d’une forte envie de continuer à saluer le président VZ, trop souvent vilipendé, calomnié, alors qu’il se bat comme il peut, inlassablement, pour son pays, contre un agresseur qui, dans la guerre comme dans une pseudo-accalmie, continue à tuer.

Amis, oui, mais comment ?

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi » : Montaigne, inscrivant magnifiquement son amitié pour La Boétie dans une sorte d’évidence liée à l’absolue compatibilité de leurs deux personnalités, a sans doute occulté, pour beaucoup, le fait que l’amitié pouvait être diverse, contrastée, fluctuante, avoir mille visages et n’être pas forcément un long fleuve tranquille.

Marine Le Pen est-elle « antipathique » ?

Nous avons appris qu’Alain Duhamel n’aimait pas Marine Le Pen et la trouvait « antipathique ». Il ajoutait que ce sentiment était réciproque : leurs deux personnalités ne s’accordaient pas. On pourrait juger Alain Duhamel « antipathique » et pourtant il conviendrait de l’écouter et de le lire. Son apparence d’homme si bien élevé, sûr de lui, cultivé, dissimulant, sous une urbanité de bon aloi, une indéniable fermeté, voire une véritable roideur, est de nature à déplaire à certains. Mais je persiste : il ne faut jamais s’arrêter à ces blocages strictement personnels, car il est des êtres qui méritent que l’on dépasse ces humeurs, et Alain Duhamel en fait partie !

Bruno Retailleau est trop gentil…

Bruno Retailleau a eu des convictions, du courage, de la constance, de la rigueur, de l’honnêteté tout au long de sa carrière, depuis que la politique l’a saisi dans son univers à la fois sombre et magnifique. Qu’il n’hésite pas à faire place nette autour de lui et, si j’ose cette comparaison iconoclaste, un peu de la méthode de Mélenchon intimidant LFI lui ferait du bien !Chef de parti, c’est se donner tous les moyens d’être le chef, surtout lorsqu’on a été plébiscité.

Les policiers ne sont pas des bureaucrates !

Le culte excessif des formes et des garanties, le respect obsessionnel de la périphérie, sont en train d’étouffer l’essentiel : le fond et la possibilité qu’il devrait offrir – débarrassé de toutes les superfluités qui font souvent davantage plaisir aux transgresseurs qu’aux enquêteurs – de se consacrer à l’élucidation et, en définitive, à la manifestation de la vérité.

Marine Le Pen : on n’est sûr de rien…

Il est fondamental, à quelque niveau juridictionnel que ce soit, de toujours ménager une porte de sortie lorsque l’argumentation principale ne convainc pas, plutôt que de s’enfermer dans une logique du tout ou rien. Mais il faut prendre garde à ce que cette volte-face n’apparaisse pas comme insincère, voire purement utilitaire, d’autant plus que, depuis des mois, on avait presque l’impression que, médiatiquement parlant, la défense du RN s’élaborait à ciel ouvert. Il est évidemment permis de modifier son comportement et ses arguments en appel, à condition toutefois que cette nouvelle posture ne soit pas cousue de fil blanc, au point de donner le sentiment d’un jeu consistant, après avoir d’abord brûlé tous ses vaisseaux, à chercher ensuite trop ostensiblement à en sauver quelques-uns.

François Mitterrand, socialiste, a beaucoup « privatisé » !

Je voudrais simplement que, après tant de complaisance et si peu de lucidité à l’égard des errements de François Mitterrand, on tente au moins de relativiser les failles et les carences des autres présidents et qu’en particulier on ne perde pas toute raison civique à l’approche de la fin du second mandat d’Emmanuel Macron. Il faut savoir être opposant avec élégance.

Le macronisme bouge encore…

Le député macroniste, Florent Boudié, président de la commission des lois à l’Assemblée nationale, s’apprêterait à déposer une proposition de loi qui, selon lui, viserait à lutter contre la surpopulation carcérale en rendant massives les libérations conditionnelles. Sans vouloir manquer de respect à la représentation nationale à travers cet élu, force est cependant de considérer que cette initiative, si elle venait à se concrétiser, serait une folie pure.

2027 : le concevable et l’inconcevable…

Jordan Bardella est totalement à part. On aura beau rétorquer que cela pourrait être sa force, il n’en demeure pas moins qu’à son sujet je n’entends qu’une seule affirmation, proférée comme une évidence : il n’est pas concevable que JB soit président. On ne l’imagine pas face aux « monstres » de la géopolitique d’aujourd’hui ; il serait écrasé, trop jeune, trop inexpérimenté, dépourvu de culture et de passé politique substantiels. On ne parvient même pas à se le représenter à l’Élysée… Cette considération collective, largement répandue, est sans lien avec le degré de sympathie ou d’affinité politique que l’on peut éprouver pour le Rassemblement national ou, au-delà, pour la droite. JB apparaît comme un objet politique non identifiable et, pour cette raison même, ne présente aucune des caractéristiques jugées rassurantes. Qu’il puisse prétendre à la fonction présidentielle dépasse, pour beaucoup, l’entendement, et nourrit la crainte que, pour la France, cet amateur, fût-il talentueux, se retrouve désarmé face à la folie du monde, aux rapports de force internationaux, aux puissances cyniques, à Donald Trump, à Poutine, à Xi Jinping…