Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

La novlangue est devenue la nôtre…

Mais j’ai gardé précieusement le mot capital qui me paraît anticiper tragiquement l’état de notre société, le niveau de notre réflexion collective, la pauvreté de notre langage et la faiblesse de notre pensée. Ce mot, c’est « la novlangue ». « Son objectif est simple : réduire le vocabulaire pour réduire la pensée. » Abaisser l’exigence de la pensée et de la vie de l’esprit pour n’avoir plus besoin de la moindre richesse de la langue. Façonner l’idée et le mot de telle manière que l’une et l’autre n’aient plus d’autre ressource que de devenir outrance, insulte, caricature et, pire, mensonge. La « novlangue » est présente : elle n’est plus une menace, mais une réalité.

La droite a-t-elle le droit d’être plurielle ?

Je me demande si le désir d’affirmer sa propre identité ne conduit pas chaque parti, groupe ou groupuscule à exagérer ce qui le sépare des autres sur le fond, alors que la forme, la méthode, la volonté d’accomplir ou non seraient sans doute capitales. J’ai ainsi l’intuition qu’un partage devrait être opéré entre, d’un côté, ceux qui ne seraient pas prêts à sacrifier les principes d’une démocratie traditionnelle pour satisfaire les attentes du peuple, et de l’autre, ceux qui placeraient ce dernier au-dessus de tout, fût-ce au risque d’écorner nos structures républicaines. Les citoyens d’abord, ou la démocratie comme bouclier honorable ?

Le Mal est mobile…

Cette lamentable évolution révèle que l’indécence, la grossièreté, les attouchements et les frottements constituent des comportements spécifiques, indépendants et autonomes : l’entreprise peut en réduire la fréquence, mais le métro par exemple offre la perverse opportunité de les multiplier. Le Mal trouve toujours des ressources pour s’approprier un nouveau terrain de gestes interdits.

Comment vivre sans admirer ?

Je cherche désespérément, dans la dureté du climat actuel, dans le cynisme ambiant, dans cette haine qui confond l’idée à contredire avec la personne qui l’exprime, de quoi glisser une étincelle, une grâce qui me rassurerait : admirer en connaissance de cause, adhérer sans réserve, s’incliner pour grandir. Certains pourraient vivre sans admirer, sans mener cette recherche éperdue. Moi je ne le peux pas.

Emmanuel Macron : une labellisation suicidaire…

Il ne me semblait pas possible, dans le climat horriblement suspicieux de notre France et, plus particulièrement, face à l’absolue méfiance qui entoure le président, qu’il n’ait pas prévu les charges inévitables qui allaient l’accabler avec son projet qualifié de « totalitaire ». D’autant plus qu’il les alourdissait en confiant la mission de contrôle des médias à l’Arcom, mais surtout à Reporters sans frontières, dont il n’est plus nécessaire de démontrer la partialité à l’égard des médias Bolloré. C’était ruiner le processus par ceux-là mêmes qui étaient censés le légitimer !

Trop de tentations pour les avocats ?

Si le barreau doit résister aux tentations provenant principalement de l’extérieur, les magistrats ont pour devoir de battre en brèche celles qui, en eux-mêmes, pourraient miner leur indépendance et leur liberté.

Pourquoi ne marche-t-on jamais seul ?

J’avoue, depuis quelque temps, une honorable addiction. Elle me conduit à m’enivrer sans mesure des chants, des hymnes, des chœurs qui mêlent amateurs et professionnels, citoyens et artistes, des publics variés portés par un même élan, dans une ferveur collective qui me donne des frissons de joie et d’enthousiasme.

Le projet présidentiel, ce sera l’homme…

Pour la prochaine élection présidentielle, chaque candidat, de droite comme de gauche, se sentirait déshonoré s’il n’invoquait pas l’absolue nécessité d’un programme avant d’afficher toute ambition personnelle. C’est une sorte de réflexe destiné à montrer son sérieux et sa profondeur. Alors même que l’on sait très bien que cette volonté d’afficher un projet passe de plus en plus au second plan, derrière la qualité de la personnalité qui sollicitera nos suffrages.

Pas mieux que lui ?

Plus on approche de la fin du quinquennat, plus il devient inexcusable de ne pas tenter une approche équilibrée et honnête du mandat d’Emmanuel Macron, face au lamentable et sommaire « tout ou rien ».

Entre Sarkozy et Sansal, il n’y a pas photo !

Il me paraît difficile, voire hasardeux, de célébrer simultanément les vertus exceptionnelles de Boualem Sansal, un innocent hors du commun et la situation, pour le moins équivoque, de Nicolas Sarkozy.