Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Le peuple contre l’esprit de parti…

La majorité nationale est en effet nationale puisqu’elle rassemble une France qui préfère la tranquillité publique et la sûreté des personnes et des biens à tous les esprits de parti privilégiant leur cause particulière contre l’intérêt général. Ce formidable soutien apporté à une action ministérielle vigoureuse, en totale contradiction avec ce que le macronisme a souvent eu de désespérément faible, offre une opportunité sans exemple pour pousser les feux dans le domaine de la sécurité et de la Justice, pour assurer une protection constante des forces de l’ordre et pour favoriser surtout une entreprise complémentaire efficace de nos deux ministres directement en charge de notre quotidienneté.

Il ne faut plus se laisser intimider !

Cette évidence que Bruno Retailleau énonce : « Quand le droit ne protège plus, il faut le changer », me paraît tellement à la fois de bon sens et d’un authentique humanisme (celui qui se met au service de la majorité des honnêtes gens et de la pluralité des victimes) qu’on aurait pu espérer un consensus quasi général. En effet, sur des statistiques aujourd’hui indiscutées qui révèlent un lien entre une immigration non contrôlée et la criminalité qui peut en en surgir, sur la très faible exécution des OQTF et, plus généralement des peines, sur l’absurde loi sur les mineurs de 2021, le ministre de l’Intérieur affirme ce que la rectitude intellectuelle et le réalisme social et politique devraient inspirer à tous.

Qui est légitime pour parler d’Israël ?

Nous sommes évidemment tous légitimes à parler d’Israël. Pour ma part, aussi limité que je me sente, je persiste à croire qu’il y a tout de même de la complexité dans ce terrifiant conflit israélo-palestinien et que nous avons besoin de nos amis juifs pour qu’ils acceptent aussi d’en irriguer leur pensée et leurs analyses. Pour que personne ne soit exclu de ce qui est, au-delà d’Israël, un enjeu de civilisation.

Le Monde donne l’exemple…

Cette relation directe et sans complaisance instaurée entre le citoyen lecteur du Monde et ce journal me paraît représenter une démarche infiniment positive à la fois pour le premier qui ne demeurera plus dans la frustration de l’incertitude ou de l’énervement et pour le second qui tirera profit, je l’espère, des doléances, des critiques ou même des indignations. Ce lien est unique qui, dépassant la lecture singulière, peut permettre à chacun de contribuer à sa manière à la réflexion du quotidien sur lui-même et à l’éventuelle révision de certains de ses préjugés. Il conviendrait à mon sens de copier cette excellente rencontre mensuelle.

L’engagement est à Saint-Raphaël

Avoir pu parler avec Xavier Driencourt de l’Algérie, de De Gaulle avec Arnaud Teyssier, de l’immigration avec Didier Leschi et de Jean-Luc Mélenchon avec Pascal Bruckner a représenté des moments incomparables dans une ambiance quasiment amicale. On sort d’échanges et de débats d’une telle richesse avec un sentiment évident de contentement mais aussi avec la frustration d’avoir accumulé tant de questions qui devront attendre d’autres rencontres de cette sorte pour trouver leur réponse. S’engager à mon sens est une belle attitude qui n’est absolument pas contradictoire avec les nuances. Il y faut la volonté de s’affirmer, associée à une éthique du dialogue : écoute, respect, l’autre peut avoir raison ?

Philippine au coeur : un crime qui fait parler…

Quelle provocation d’entendre Emmanuel Macron demander une obligation de protection quand cela a été son accablante faiblesse lorsqu’il avait toute latitude, malgré un Gérald Darmanin qui tentait tant bien que mal de pallier ses manques ! Quelle crédibilité donner au président dans son verbe d’aujourd’hui alors qu’à plusieurs reprises il a manifesté son hostilité à l’égard de la police, prenant des positions légères et choquantes sur l’affaire Zecler ou la mort de Nahel. S’il a eu une constance dans le domaine régalien, c’est celle de l’inconstance de son soutien aux forces de l’ordre et à ceux qui donnaient le meilleur d’eux-mêmes pour la défense de notre démocratie. Il se trompe donc de cible en croyant, par sa triple injonction de « faire », mettre à mal le propos de Michel Barnier prescrivant de « davantage agir que parler ». Ou moquer l’avertissement trois fois répété de Bruno Retailleau sur « le maintien de l’ordre ».

Didier Migaud et Bruno Retailleau, un couple qui doit déjouer les mauvais augures…

Bruno Retailleau et Didier Migaud ont conscience de l’impératif qui pèse sur eux, brutalement résumé par cette interdiction : ils ne peuvent se permettre d’échouer, non seulement dans leur pratique et leurs résultats ministériels mais dans la qualité de leurs relations professionnelles et la solidarité de leurs actions. Il n’y a aucune raison, en effet, pour qu’une sensibilité de droite, courageuse, libre et constante soit désaccordée d’avec la vision responsable d’un homme étiqueté de gauche. À condition que l’Intérieur et la Justice ne soient pas vécus seulement comme des opportunités de défendre policiers ou magistrats sans que soient dénoncés les vices de chacun des systèmes dans lesquels ils exercent.

Contre Michel Barnier : le pire de la politique…

Au regard de la tonalité des propos, des comportements et des critiques de ses adversaires, MB doit-il se couvrir de cendres parce qu’il aurait contre lui et certains de ses ministres le pire de la politique ? Bien sûr que non. Dans aucun discours, dans aucune argumentation, je n’ai entendu une once de politesse républicaine, de sagesse démocratique. Pour la France, quoi qu’on pense de ce gouvernement, il faut souhaiter qu’il réussisse autant qu’on le peut dans ce monde dangereux, imprévisible et parfois illisible. Le président de la République a exprimé ce voeu en désirant qu’il soit partagé. Comme il croit pouvoir être le remède après avoir engendré le mal, je doute qu’il soit écouté. Mais est-ce trop demander à tous que de ne pas s’abandonner au pire de la politique ?

Liberté, on ne te chérit pas !

Avant même l’exigence de vérité, pourtant fondamentale, domine la prescription de ce qui est convenable et bienséant. Décrire la réalité telle qu’elle est ne saurait constituer un motif d’indulgence puisqu’il convient, quand on a compris l’époque, de sélectionner en son sein ce qui est audible et admissible au détriment de ce qui serait peut-être vrai. Non plus la liberté de tout dire mais la morale frileuse de savoir taire. Ce climat offre d’ailleurs plus d’un paradoxe. Un mélange de vulgarités et de grossièretés qui n’émeuvent personne et de pudeurs de chaisière qui hypertrophient des moments parfaitement normaux. On n’est tellement plus habitué à des affrontements vigoureux sur le fond mais courtois dans la forme que n’importe quelle vivacité est perçue comme un clash, tout parler-vrai comme une offense.

Un grand ministère de la sécurité nationale : Michel Barnier a raison…

Un grand pôle « sécurité, justice, immigration » est prévu à Matignon et, comme il se doit, les syndicats judiciaires dénoncent d’une voix unie l’absence d’un conseiller « justice » autonome. Cette protestation ne doit pas émouvoir le Premier ministre dès lors que ce regroupement correspond à une logique forte et que par ailleurs Michel Barnier, quand il était candidat à l’investiture LR lors de la primaire en 2021, avait formulé à mon sens une excellente proposition : celle d’un grand ministère de la sécurité nationale réunissant justice et intérieur.