Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Mon opposition qui s’appelle la vie…

En quelques circonstances, je me suis tellement inquiété d’avoir une vision fixe dans beaucoup de domaines de la vie intellectuelle, politique, sociale et culturelle que je m’en suis évadé ; non pas tant parce qu’elle aurait été erronée mais à cause d’un excès de stabilité la rendant peut-être dépassée, inadaptée. Puisque je suis de l’opposition qui s’appelle la vie. Combattre, se combattre, se vouloir promesse, virtualité, souplesse, ajustement, liberté, à n’importe quel âge : un programme qui peut justifier une existence.

Les députés ne donnent plus le bon exemple !

Il n’y a pas d’autre solution pour entraver le délitement moral et républicain que de se dresser contre cet abandon, cette médiocrité qui fait que certains députés eux-mêmes ne sont pas gênés de tomber dans des délits, de n’être plus des modèles, de s’en féliciter même. Le citoyen a une responsabilité dans ce désastre démocratique s’il se contente, le temps volatil d’une information, d’en prendre acte et de considérer l’attitude d’un Andy Kerbrat comme une manifestation normale de cet adage « autre temps, autres moeurs », telle une inévitable plongée dans le pire.

La gauche médiatique est perverse !

Une apothéose de la mauvaise foi consiste à stigmatiser ses adversaires, leurs propos ou leurs écrits, comme immoraux au lieu de les contester politiquement. On les fait passer du registre de la contradiction à celui de la damnation. Une damnation en quelque sorte d’emblée inscrite, par malice idéologique, dans la formulation. Cette manière de donner à l’énoncé d’une idée, à l’expression d’une opinion, un tour diabolique est redoutable parce qu’elle induit dans la tête du lecteur, de l’auditeur ou du téléspectateur une évidence de malfaisance jamais à démontrer. Il y a tout un vocabulaire que la gauche médiatique s’est appropriée et qui lui offre le grand avantage, croit-elle, d’être accablant par lui-même.

Une politique de la tenue : de Kylian Mbappé et de quelques autres…

En effet, au regard de ce que j’entends par « politique de la tenue », si Kylian Mbappé peut être classé comme une personnalité qui en a manqué, les exemples sont multiples qui montrent que l’exigence de la tenue, à rapprocher de l’obligation de décence, est en chute libre, aussi bien dans les registres de la quotidienneté banale, de la vie politique, que de l’univers médiatique et artistique. C’est même sans doute, à y regarder de près, l’évolution de notre société sur le plan de la forme, définie comme une manière d’être au monde, de se comporter comme il convient, de parler, de dialoguer avec autrui, de respecter son prochain et de se fixer des limites précisément quand, privilégiés, on croit pouvoir s’en abstenir, qui constitue la dégradation fondamentale de notre communauté d’existence, de notre civilisation.

Richard Millet : un ostracisme désiré ?

Peut-être RM est-il d’une absolue sincérité en jugeant ce moment inopportun pour notre dialogue. Mais au risque de tomber dans une psychologie de pacotille, je me demande, sans vouloir l’offenser, si à la longue il n’y a pas une sorte de confort trouble à être l’ostracisé, le sulfureux, l’interdit, si le contraindre – à ma manière – à sortir durant une heure de ce statut n’était pas plus perturbant que bénéfique.

Bruno Le Maire a alerté, et ce serait lui le coupable ?

Il y a dans ce qui se prépare le risque d’une perversion française, courante sur le plan politique. Celui qui a dénoncé le scandale deviendra le coupable. Un bouc émissaire rêvé. Je suis sûr qu’un Bruno Le Maire, en totale indépendance et heureux de n’avoir plus à mesurer ou à travestir son verbe, entre solidarité et esprit critique, se fera une joie de remettre les pendules à l’heure. Le président pourra compter sur son petit groupe d’inconditionnels mais les faits sont têtus et les témoins nombreux.

Vive le populisme du quotidien !

La mère de Lola touche nos esprits et nos coeurs quand elle énonce ce que la tragédie lui a enseigné : « Malheureusement on est impuissant. On ne peut rien faire contre tous ces drames. C’est la France… J’espère qu’un jour les choses bougeront et que tout sera fait pour lutter contre toute la violence et l’insécurité qu’il y a dans ce pays. Il faut reconnaître que c’est de pire en pire… On a l’impression qu’on enlève tout aux policiers qui sont là pour nous protéger, alors que les voyous sont récompensés. Ce n’est pas normal. Il faut aussi que les gens qui n’ont rien à faire chez nous restent chez eux ». C’est la traduction simple et émouvante du populisme que Marcel Gauchet a défendu. Un populisme du quotidien. Et faut-il vraiment, pour que la gauche politique et médiatique se rengorge, après un tel témoignage, s’en prendre à Bruno Retailleau qui n’a que le tort de penser et d’agir comme une immense majorité le souhaite ?

Dois-je me plier à « une éthique du silence » ?

Je vais dorénavant m’attacher davantage, non pas à la mesure (qui n’est ni tiédeur ni faiblesse mais victoire contre l’outrance) mais à son éventuelle conséquence éthique : le silence. Il y a une morale qui prône la liberté d’expression, la volonté d’être soi. Pourquoi pas une morale du silence éloquent ?

Bruno Retailleau n’est pas « un cas »…

Bruno Retailleau suscite une adhésion de plus en plus nette de la majorité nationale sur laquelle il s’appuie, et l’étonnement de ceux qui, depuis trop longtemps, avaient fait une croix sur la possibilité d’une durable sincérité politique. C’est d’abord cette caractéristique que je désire mettre en lumière. Je me souviens des critiques sur son apparence austère, avant même qu’il soit ministre. J’avais été surpris qu’on lui appliquât les mêmes critères que ceux généralement réservés, absurdement, aux femmes en politique. Cette impression aujourd’hui me paraît fondamentale parce qu’elle sort radicalement BR des stratégies de séduction qui consistent à dissimuler par tactique ce qu’on est vraiment et à offrir au citoyen ce qu’il désire entendre. La démagogie étant reine, et non pas le courage de la sincérité, qui est pourtant le moyen le plus efficace et le plus direct pour convaincre les Français.

Le président Macron inspire-t-il de la pitié ou de la colère ?

Le citoyen français peut accepter de laisser aller entre pitié et colère sa perception des actions d’Emmanuel Macron. Parfois il tentera de lui rendre justice mais, plus souvent, il sera dans l’incompréhension de ce président qui paraît demeurer étranger à l’impression qu’il donne, détaché de ce qui pourrait ressembler à une préoccupation démocratique. Cette sorte de superbe qu’il manifeste en toute occasion peut égarer, car elle masque le fait que sa présidence, lors du premier mandat et depuis sa réélection, a été confrontée à des crises dont il ne portait pas toujours la responsabilité. Sur le plan national comme dans le domaine international.