Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Marc Bloch, un héros d’hier pour aujourd’hui et pour toujours…

Alors qu’avec Emmanuel Macron, les panthéonisations – parfois contestables – sont décidées à bride abattue, celle de Marc Bloch offre le singulier mérite d’être approuvée par tous. Tant à cause de son passé héroïque que de la justesse de son diagnostic sur hier, qui vaut pour aujourd’hui et pour demain. Il met en évidence et blâme cette perversion française qui face aux dangers, aux épreuves, a souvent préféré l’aveuglement voire la lâcheté. Tout donc, sauf la lucidité et le courage.

Pourquoi je défends François Bayrou…

Parce que j’ai envie de rendre hommage, quelle que soit son issue, à une démarche fondée sur le refus absolu de la plaie française principale : le sectarisme et l’intolérance, et sur l’aspiration, rien moins que naïve, à ne pas imposer à notre pays une déperdition des énergies et des intelligences. Parce que François Bayrou, depuis tant d’années, n’a cessé de nous alerter sur le montant aujourd’hui colossal de la dette française et que sa lucidité le rend plus qu’un autre légitime pour tenter de résoudre une équation qui semble au premier abord insoluble : éviter la faillite du pays sans augmenter les impôts et en sabrant un certain nombre de dépenses sociales et de structures inutiles.

En France, personne n’est innocent !

Comment ne pas s’indigner des indécentes réactions à la suite de la condamnation définitive de Nicolas Sarkozy qui va bénéficier d’un bracelet électronique. La cour d’appel a souhaité cette modalité d’exécution de la peine, moins éprouvante qu’une incarcération. À quelques exceptions près, personne n’a relevé qu’il s’agissait d’une infraction formelle caractérisée dès le pacte téléphonique. Celui-ci n’avait pas à être protégé par le secret absolu régissant l’échange entre le conseil et son client puisque l’entretien traitait d’un délit à commettre, les conséquences (mises en oeuvre ou non) étant indifférentes…

La Corse : une France qui résiste…

Fi, ici, des doctes scepticismes, d’une conception intégriste de la laïcité, du refus des crèches, de cette volonté d’éradiquer tout ce qui de près ou de loin renvoie aux origines chrétiennes de la France. La Corse m’est apparue en ces derniers jours comme la revanche de l’émotion simple, spontanée, heureuse de s’exprimer sans la moindre honte ni la plus petite réserve, sur la rationalité contente d’elle-même.

Faut-il mépriser le Salvador ?

On a toujours tort de se moquer des exemples étrangers qui ont réussi. On doit les questionner, les adapter, les adopter. Surtout ne jamais les juger inconcevables chez nous. S’il convient de trancher entre une France enfin sûre et la douceur de notre État de droit, je n’hésite pas à tout réclamer pour la première. Comme le Salvador l’a fait pour lui.

Leur dernière chance…

François Bayrou, dans un rapport de force qu’il a gagné, s’est imposé au président de la République. Pour l’un et l’autre, il va s’agir de leur dernière chance. Pour Emmanuel Macron, cela va de soi. Si François Bayrou échoue, si une motion de censure renverse son gouvernement, je vois mal ce que le président pourra opposer aux blocages cette fois irréversibles dont la responsabilité initiale lui revient et à la constatation que son départ anticipé serait le seul remède. Pour François Bayrou, ce sera aussi l’ultime possibilité de démontrer ce qu’il vaut vraiment. Sans qu’on puisse douter de ses ombres ou de ses lumières : les unes et les autres ne prêteront plus à discussion.

L’intelligence pour un président, quelle calamité !

Quand on appréhende le bilan d’Emmanuel Macron, sa manière de présider, ses erreurs, ses surprises, ses mauvais choix ministériels, sa procrastination, ses décisions parfois aberrantes, cette propension à fuir le banal bienfaisant au profit d’incongruités provocatrices, cette conscience de soi qui le fait se préférer aux conseils même les plus avisés, ses pensées alternatives aboutissant à de l’impuissance, quelles conclusions peut-on en tirer sinon que ce président n’a cessé de pâtir d’une extrême intelligence ! Elle a été directement responsable de tout ce qui est déplorable dans ces sept années.

Marine Le Pen, les citoyens et les analystes…

Il est facile de comprendre l’erreur assez constante des journalistes politiques dans leur approche du RN. En effet, à quelques exceptions près, ils sont enclins à confondre leurs désirs avec la réalité. Ils perçoivent mal celle-ci parce qu’elle a le grand tort de ne pas se plier à leurs voeux. C’est un mouvement subtil qui, paraissant ne pas exclure lucidité et bonne foi, les conduit pourtant souvent à faire passer leurs convictions avant les froides constatations qui devraient être les leurs.

La droite des actes ou celle des magouilles ?

Qu’on ne me dise pas que je m’illusionne sur Bruno Retailleau, avec cet air de pessimisme trop heureux de me donner tort… Mais je peux facilement objecter que le ministre de l’Intérieur qui, je l’espère, le sera à nouveau, a démontré, avant la motion de censure, à quel point son verbe et ses actions étaient indissociables. La droite a mis en valeur, enfin, dans l’exercice du pouvoir, un homme d’une droite authentique qui n’avait pas peur de s’affirmer ainsi et de le démontrer. Jusqu’à lui, nous n’avions connu, peu ou prou, que l’inverse. Quant à Laurent Wauquiez, je n’aurai pas l’indécence de tenir pour rien son prestigieux parcours universitaire mais en politique, nous constatons que l’intelligence, aussi bien armée qu’elle soit, ne garantit rien. Il y a, dans le pouvoir et sa périphérie, des obsessions, des tentations, des hostilités, des connivences, d’étranges et surprenantes solidarités, des antipathies subtiles qui n’ont rien à voir avec les capacités intellectuelles au sens classique mais tout avec la répudiation de valeurs humaines essentielles : courage, volonté, fidélité, obstination, lucidité et reconnaissance.

Pourquoi Sarah Knafo est-elle si peu invitée dans les médias publics ?

Les médias devraient s’honorer de leur obligation d’universalité au lieu de la nier. Sans parler de l’étrange passivité de l’instance de contrôle qui préfère s’en prendre aux excès du privé plutôt que sanctionner les offenses incontestables au pluralisme. Quel que soit le regard porté sur toutes ces personnalités jamais agréées par le service public, elles manquent au débat politique et le condamnent à être inachevé, incomplet, mutilé.