Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Un Zemmour nouveau est-il arrivé ?

Ce Zemmour partiellement nouveau n’était pas loin, par son argumentation plus apaisée, de persuader mieux qu’hier de la validité de quelques-unes de ses analyses. J’irais jusqu’à soutenir que le formidable débatteur et analyste médiatiques était revenu et qu’il avait repris sa place. Je continue à penser que l’homme politique a apporté beaucoup mais qu’il s’est aussi un peu trompé de voix, de voie. Il ne m’a pas semblé d’une parfaite bonne foi quand, pour contredire Jordan Bardella, il a déclaré qu’il n’avait pas changé du tout et que le partisan était la continuation du débatteur. J’ai perçu comme une restauration de ce dernier, indépassable, irremplaçable, et le constat doucement amer d’un quasi-échec de l’option politique.

La majorité ordinaire a fabriqué Donald Trump : demain, en France ?

J’éprouve l’impression que Donald Trump représente un nouveau monde qui serait en recherche du retour de l’ancien et en capacité de réaliser cette restauration alors que le progressisme et le wokisme seraient déjà dépassés, véritablement d’un monde balayé par les impétueuses volontés populaires, qu’on croit disqualifier en les nommant populistes.

Chapeau bas, Franz-Olivier Giesbert…

« Tragédie française », le troisième tome de l’Histoire intime de la Ve République de Franz-Olivier Giesbert, publié il y a un an, continue à être beaucoup lu parce que sa fluidité narrative, son mélange d’aperçus subjectifs et de données certifiées, sa désinvolture superficielle mais enrichie d’une profondeur se masquant par élégance, sa liberté d’analyse et son indépendance d’esprit, le constituent comme un modèle. On ne le lâche pas.

Un Debré au-dessus de zéro ?

À considérer le parcours de Jean-Louis Debré, il a été un magistrat oubliable, un ministre de l’Intérieur remplaçable et s’il a été vanté comme président de l’Assemblée nationale, on comprend aisément pourquoi : il suffit, avec une démagogie qu’on qualifie de républicaine, de complaire presque plus à l’opposition qu’à sa majorité. C’est forcément très admiré par la première et la seconde est obligée de s’aligner ! Président du Conseil constitutionnel, il a eu la chance d’être assisté – en a-t-il eu conscience ? – par un secrétaire général d’exception qui a d’une certaine manière « tué » le métier : Jean-Eric Schoettl.

La désunion des droites : une obligation morale ?

Face à un front apparemment solide contre cette union à laquelle le peuple de droite aspire pourtant en grande majorité, on ne peut que s’étonner de voir tant de faiblesses partisanes faire la fine bouche. Comme si elles avaient des leçons à donner et que leur autonomie avait engendré des effets spectaculaires aujourd’hui comme hier. En réalité, l’union revigorerait ce qui, séparé, périclite. Le citoyen aurait enfin la certitude de voir la tactique politique rejoindre le bon sens et l’efficacité. Je suis persuadé que l’union, si elle était voulue avec enthousiasme, serait aussi un moyen performant pour atténuer les défauts qu’avaient chaque parti avant, pour les fondre dans un ensemble plus satisfaisant.

Michel Onfray : jamais deux sans trois…

Mon entretien à ne pas manquer avec un Michel Onfray en pleine forme et en totale sincérité. Pour la troisième fois, il a bien voulu être « soumis à la question ».

Jérôme Garcin : l’amitié et la critique sont-elles compatibles ?

Jérôme Garcin a totalement raison de célébrer les écrivains résistants, mêlant à leur talent le courage d’affronter le nazisme et pour quelques-uns d’y perdre leur existence. Mais j’ai eu parfois l’impression, à le lire, qu’il fallait avoir résisté pour bien écrire, pour être qualifié de grand écrivain. Je n’irais pas jusqu’à placer Céline au-dessus de tous parce qu’il a révolutionné la langue française mais avoir ébloui avec Le Voyage ou Mort à crédit n’est pas à négliger. Dans ce beau petit livre, je suis touché indirectement par l’autoportrait de Garcin : la littérature n’est pas tout pour lui, le courage est capital, dire non plutôt que oui, face à l’intolérable, est exemplaire, la vie n’est pas un long fleuve tranquille mais une lutte où il faut savoir se tenir.

En 2027, tout ce qu’il ne faudra pas faire et être…

À partir de tout ce dont Emmanuel Macron devra nous détourner, qui mériterait de l’emporter ? Il y a ceux clairement à laisser de côté, les faux durs, les vrais mous, ceux qui portent encore trop de leur passé dans le présent d’un côté. Et de l’autre ceux qu’on néglige, qu’on prend de haut, ceux qui ne sont pas obsédés par 2027 parce que l’état de la France est leur angoisse maintenant, tous les jours, ceux qui sont sincères quand ils affirment ne pas ressentir cette ambition pour le futur. Je vous laisse deviner. Merci à Emmanuel Macron qui se voyait comme un modèle et finit comme un contre-exemple.