Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

BHL demain 27 janvier…

Une écoute attentive préalable puis des commentaires rédigés avec une urbanité sans mépris ni grossièreté seront les bienvenus.

Boualem Sansal : une honte humaine plus qu’une faute politique…

On a le droit de ne pas aimer les idées de cet écrivain franco-algérien de qualité et de courage, on peut, pourquoi pas, ne pas apprécier ses livres mais le problème n’est plus là : quand un écrivain, âgé de 75 ans, malade qui plus est, est incarcéré dans des conditions qui relèvent de la pure intimidation politique, pour se venger d’un revirement diplomatique de la France et humilier notre président de la République, on hiérarchise, on va vers l’essentiel, on se tourne vers l’urgent. On ne tombe pas dans la honte humaine. On n’est pas indigne comme les bourreaux de Boualem Sansal. On n’accable pas une personne à terre. Il y a une solidarité morale qui devrait l’emporter sur l’affrontement belliqueux, au demeurant absurde. Le souvenir de BS ne me quitte pas et mon impuissance, comme celle de la France, sont un crève-coeur.

Donald Trump est-il français ?

Rien ne serait plus absurde que de continuer cette idolâtrie en oubliant que la France existe, et l’Europe, et que DT obsédé par les avantages à obtenir pour son pays ne leur veut pas du bien. DT est un combattant et la seule manière d’exister face à lui, singulièrement et collectivement, sera de l’être aussi.

Ailleurs qu’en France, l’herbe serait-elle plus verte ?

Sans que j’approuve forcément les politiques mises en oeuvre en Amérique centrale ou du Sud par exemple, ce qu’un observateur de bonne foi peut remarquer en France justifiera je crois mon point de vue. Il serait inepte de nier que dans notre pays, à des postes importants, il existe des personnalités fortes, des caractères trempés. Mais notre régime démocratique, le poids médiatique, la sophistication de notre République avec ses pouvoirs et contre-pouvoirs, notre État de droit, une forme de bienséance refusant même qu’on tienne contre vents et marées les promesses d’une campagne présidentielle, les empêcheraient d’engager leur être total au service de la France. Un zeste de décence les conduirait à laisser un peu d’eux-mêmes hors du service de l’État.

Roger Scruton ne plaît pas qu’à Viktor Orban…

Tous ceux qui s’intéressent au libéralisme et à la philosophie politique ont lu Roger Scruton ou du moins ont entendu parler de lui. Disparu il y a cinq ans à la suite d’un cancer fulgurant, sa pensée irrigue toutefois de plus en plus les réflexions et les orientations des pouvoirs, et pas seulement ceux qui seraient naturellement accordés avec elle. Sa grande force, me semble-t-il, est de privilégier une sorte de provocation de la mesure, d’élaborer une théorie argumentée du bon sens contre tous les progressismes qui n’ont pour ambition que de battre en brèche ce qui a duré et réussi.

La droite pourrait avoir une « dream team »…

Je suis persuadé que si les uns et les autres étaient contraints à une solidarité imposée par un travail en commun, à une hiérarchisation des fins et des moyens, à la prise en considération de chacune des facettes de la droite, toutes les arguties formulées sur l’union des droites deviendraient vaines. Union désirée par une majorité de citoyens, mais récusée tactiquement par des états-majors qui n’ont que le souci d’hypertrophier leur pré carré d’ambitions et d’exclusions.

Justice : quand les chefs n’en sont plus…

Dans leur traditionnelle audience solennelle, le premier président, Christophe Soulard, et le procureur général, Rémy Heitz, se sont seulement alarmés de « la justice en France qui va dans le mur ». Ils ont raconté une justice au bord du burn-out généralisé, et imploré le gouvernement de se doter d’un budget qui lui permette d’honorer les embauches prévues en 2025. Loin de moi l’envie de minimiser ces difficultés budgétaires mais il me semble que ce propos déprimant tenu par les deux plus hautes autorités judiciaires n’est absolument pas de nature à revigorer le moral d’une justice qui se plaît au dolorisme. Pire, il aura pour effet de détourner de cet indépassable métier toutes les jeunes énergies, intelligences et sensibilités qui pourraient être tentées de le rejoindre.