Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Édouard Baer joue un Cyrano fraternel…

Nous n’avons pas été déçus parce que délibérément le Cyrano d’EB a été sorti du champ de l’épopée pour s’inscrire dans celui de la fraternité et de la proximité. C’était non plus le Cyrano qu’à l’évidence nous n’aurions pu être mais un ami abordant tous les morceaux de bravoure de la pièce avec une sorte de simplicité et de familiarité qui ne nous les rendait pas moins sensibles mais nous persuadait que nous étions plus à même d’être accordés avec ce héros, ses fiertés, ses exigences et sa flamme.

La terrible imprévisibilité du crime…

On ne doit exiger d’un pouvoir, mais alors absolument, que ce que nous sommes en droit d’attendre de lui. César n’est pas responsable de toutes les malfaisances délictuelles et criminelles qui sont perpétrées sur le territoire national. Nous sommes voués à déplorer, sans que quiconque y soit pour rien, l’abjecte rencontre entre l’innocence et la cruauté, voire la folie. Partout en France, et à tout instant, le hasard fait s’affronter ceux qui deviendront victime sacrifiée face aux pulsions d’un être délesté de toute morale, seulement préoccupé d’assouvir, sous quelque forme que ce soit, la part sombre de lui-même. Contre l’improvisation de ces instincts libérés, l’État ne peut rien. Il est absurde d’incriminer sa faiblesse dans des circonstances où lui-même est dépassé et ses représentants sincèrement horrifiés.

Pour la diversité… au gouvernement…

Cette manière de ne pas infantiliser ses ministres – certains médias prennent pour de l’indifférence ce qui est un humanisme efficace – a des effets bienfaisants non seulement sur la respiration et l’identité du gouvernement lui-même mais aussi sur la qualité et l’inspiration des ministres dans leurs interventions médiatiques hors gouvernementales. Non seulement ils défendent avec une énergie convaincante, contre tous les pessimismes qui escomptent la chute plus qu’ils ne célèbrent la durée, la politique mise en oeuvre par le Premier ministre mais ils sont eux-mêmes au meilleur de leur forme intellectuelle et militante. Tant pour l’apologie du présent que pour la vision du futur. La contrainte les aurait étouffés quand la liberté les stimule.

Giovanni Falcone : vivre, mourir comme lui ?

Giovanni Falcone, un destin tout entier consacré à la lutte contre la criminalité mafieuse avec la certitude qu’aussi protégé qu’il était, un jour il serait frappé par un attentat. Il a eu lieu, avec une organisation délirante pour être sûr de faire disparaître cet ennemi numéro un. Aussi j’espère qu’on me pardonnera de porter en moi, telle une sorte d’idéal, la certitude que nous devrions tous avoir quelque chose de lui.

Et si Milei devait nous inspirer ?

Le bon sens, l’expérience et la comparaison avec les gouvernements et les administrations efficaces fournissent une leçon sans équivoque : le remède à l’ambiguïté du monde, au chaos et au désordre de notre nation, à l’infinie diversité de la société, n’est pas une surenchère qui irait dans le même sens. C’est l’inverse : il faut une répudiation du surabondant, un refus du superfétatoire, une destruction de l’inutile, une épuration administrative. Diminuer la tentative désespérée et en définitive absurde de coller aux évolutions par la profusion législative serait déjà la première marche d’un progrès décisif.

Bruno Retailleau doit présider Les Républicains…

Bruno Retailleau est parvenu, grâce aux preuves fournies par sa personnalité, ses propos, sa sincérité sans fard et son action, à démontrer qu’une authentique droite n’était même pas de retour – à bien considérer, elle avait toujours calé devant la résistance du réel, les injonctions de la gauche et la peur des médias – mais pouvait exister, y compris au pouvoir et en charge de responsabilités essentielles pour les Français.

François Bayrou : un Créon qui ne veut pas oublier Antigone…

Au lieu d’intenter sans cesse de faux procès au Premier ministre, il aurait mieux valu l’écouter avec attention et ne pas dénaturer sa pensée pour la rendre encore plus blâmable aux yeux de ses adversaires. On feint d’oublier qu’il n’a pas parlé de « submersion migratoire » mais de ce « sentiment » qui n’est que trop évident pour cette majorité de Français à laquelle il a fait allusion. Même si son propos, partant de Mayotte et du droit du sol souhaité par certains, a dépassé ce territoire, il reste qu’user de termes qui sont dans la tête de tout le monde, et pas seulement dans celle du Rassemblement national, relève du droit de François Bayrou à ne pas faire la fine bouche face à un vocabulaire qui se rapporte à l’immigration et au malaise qu’elle crée sur le plan de l’identité nationale. Acceptable quand elle ne détruit pas l’âme d’un pays, intolérable quand son nombre l’étouffe.

Les avocats à la peine…

Longtemps on n’a pas osé dénoncer le caractère parfois trouble de certaines défenses, au prétexte que le barreau aurait été un bloc de compétence et d’intégrité et qu’il aurait été indécent de soupçonner de sa part des transgressions choquantes, voire opposées à l’administration de la Justice. Cette timidité de la magistrature a cessé.

Philippe Carli : une lâcheté ordinaire…

Philippe Carli pouvait n’être même pas un résistant mais juste assumer ses idées. Au contraire il a accepté d’être dépouillé de sa liberté, de sa responsabilité. Profondément, au détriment de ceux qui se battent pour ne pas voir sacrifier les valeurs foulées aux pieds par Mediapart, la CGT et les éradicateurs d’opinions et de comportements qui ne leur plaisent pas.

CNews : ce garde des Sceaux est venu et a convaincu…

Rien de ce qui doit être réformé ne lui demeure étranger et j’apprécie qu’aucune des tâches à mener ne lui apparaisse indigne de lui. Certes il y a une hiérarchisation des missions mais celle-ci est moins fondée sur la noblesse des objectifs que sur l’utilité des actions. Il y a là enfin l’apparition d’un pragmatisme intelligent et industrieux qui répudie le risque de ce rythme judiciaire voué à ralentir tout ce qu’il touche.