Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Les dinosaures, les nains, les magistrats…

J’entends bien les objections à cette vision épique d’un service public dont l’honneur est de « raccommoder les destinées humaines » : on me reprocherait d’oublier le manque de moyens, la surcharge de travail, les dépressions et le quotidien pesant d’une profession dévaluée. Je ne tourne pas en dérision les plaintes, les gémissements, le corporatisme et l’obsession de la matérialité. Mais je ne peux supporter que l’essentiel soit relégué. Qu’il n’existe plus, dans la magistrature, la moindre personnalité emblématique pour placer et promouvoir, sur l’autre plateau de la balance, l’orgueil, pour soi, d’être juge, l’utilité, pour tous, de l’être. Ni nains ni dinosaures, juste des pacificateurs du quotidien et les protecteurs de l’innocence.

Voeux

Je vous transmets, pour vous et tous les vôtres, mes souhaits chaleureux de santé et de bonheur.

Impossible est français !

On devrait se féliciter d’avoir, avec cet authentique couple régalien voulu par le Premier ministre, le miracle politique d’un duo cherchant à s’échapper de la perversion nationale : les mots pour dénoncer et promettre, l’immobilité pour ne pas courir le risque d’échec par les actes. Aussi bien Bruno Retailleau que Gérald Darmanin, chacun à sa manière, remettent ainsi de la crédibilité dans un univers politique, de l’efficacité dans le comportement ministériel. Il n’y a pas de moyen plus sûr pour redonner confiance aux citoyens. Changer ce qui va mal et faire renaître « Impossible n’est pas français ».

Alain Delon, 132 jours après…

Delon, charmeur, sensible, susceptible, autoritaire, délicat, généreux, entier, reconnaissant, exigeant, perfectionniste, obsessionnel, orgueilleux, modeste face aux rares qu’il respecte et admire, patriote et gaulliste, sans concession sur ses valeurs et sur la conscience professionnelle, impitoyable à l’égard de ceux qui l’ont déçu, fidèle en amitié mais jamais en amour, dur avec sa progéniture, misanthrope au fil des années, solitaire, sarcastique sur le présent, magnifiant le passé dont il était le centre, un homme qui a vieilli diminué mais gardant son apparence fière et altière.

Enfin un vrai couple régalien…

Je ne pèche pas par naïveté. Une chance inouïe est donnée aux forces de l’ordre comme aux magistrats. Deux ministres de qualité, deux personnalités prêtes à entreprendre. Et qui ne seront pas désunies. Enfin un vrai, un authentique, un miraculeux couple régalien. Si j’ose, c’est Noël !

Marc Bloch, un héros d’hier pour aujourd’hui et pour toujours…

Alors qu’avec Emmanuel Macron, les panthéonisations – parfois contestables – sont décidées à bride abattue, celle de Marc Bloch offre le singulier mérite d’être approuvée par tous. Tant à cause de son passé héroïque que de la justesse de son diagnostic sur hier, qui vaut pour aujourd’hui et pour demain. Il met en évidence et blâme cette perversion française qui face aux dangers, aux épreuves, a souvent préféré l’aveuglement voire la lâcheté. Tout donc, sauf la lucidité et le courage.

Pourquoi je défends François Bayrou…

Parce que j’ai envie de rendre hommage, quelle que soit son issue, à une démarche fondée sur le refus absolu de la plaie française principale : le sectarisme et l’intolérance, et sur l’aspiration, rien moins que naïve, à ne pas imposer à notre pays une déperdition des énergies et des intelligences. Parce que François Bayrou, depuis tant d’années, n’a cessé de nous alerter sur le montant aujourd’hui colossal de la dette française et que sa lucidité le rend plus qu’un autre légitime pour tenter de résoudre une équation qui semble au premier abord insoluble : éviter la faillite du pays sans augmenter les impôts et en sabrant un certain nombre de dépenses sociales et de structures inutiles.

En France, personne n’est innocent !

Comment ne pas s’indigner des indécentes réactions à la suite de la condamnation définitive de Nicolas Sarkozy qui va bénéficier d’un bracelet électronique. La cour d’appel a souhaité cette modalité d’exécution de la peine, moins éprouvante qu’une incarcération. À quelques exceptions près, personne n’a relevé qu’il s’agissait d’une infraction formelle caractérisée dès le pacte téléphonique. Celui-ci n’avait pas à être protégé par le secret absolu régissant l’échange entre le conseil et son client puisque l’entretien traitait d’un délit à commettre, les conséquences (mises en oeuvre ou non) étant indifférentes…

La Corse : une France qui résiste…

Fi, ici, des doctes scepticismes, d’une conception intégriste de la laïcité, du refus des crèches, de cette volonté d’éradiquer tout ce qui de près ou de loin renvoie aux origines chrétiennes de la France. La Corse m’est apparue en ces derniers jours comme la revanche de l’émotion simple, spontanée, heureuse de s’exprimer sans la moindre honte ni la plus petite réserve, sur la rationalité contente d’elle-même.

Faut-il mépriser le Salvador ?

On a toujours tort de se moquer des exemples étrangers qui ont réussi. On doit les questionner, les adapter, les adopter. Surtout ne jamais les juger inconcevables chez nous. S’il convient de trancher entre une France enfin sûre et la douceur de notre État de droit, je n’hésite pas à tout réclamer pour la première. Comme le Salvador l’a fait pour lui.