Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Albert Camus n’aurait pas aimé tous les César…

Le juge est fondamental dans une société pour, grâce au droit, la pacifier, répondre aux attentes citoyennes, trancher les conflits, défendre les victimes et sanctionner les coupables. Mais on comprend bien la manière dont Camus, en usant de ce terme, cherche à discréditer les faux artistes qui politisent, dévoient leur art, stigmatisent, sont intolérants, se posent en « juges », voire en justiciers et qui, au lieu de dialoguer, d’expliquer et de « comprendre », apposent sur l’infinie diversité de la vie et des idées, la chape de plomb de leur idéologie.

L’Algérie, le poing faible d’Emmanuel Macron ?

Sans doute des analystes avertis de la vie internationale seraient-ils plus à même que moi de comprendre et d’expliquer l’étrange contraste du comportement présidentiel. Entre d’un côté son attitude irréprochable, au nom de la France et de l’Europe, face à la Russie et pour la sauvegarde de l’Ukraine avec tout le respect dû au président Zelensky, et de l’autre son entêtement dans une politique de faiblesse à l’égard de l’Algérie.

Antonio Ferrara m’a trahi…

Je crains que pour le pire il ait été incapable de mener une vie avec des moyens limités alors que ses activités criminelles lui avaient permis un mode d’existence somptuaire. Il faisait malheureusement partie de ces êtres chez qui la morale pèse peu face à l’adrénaline des transgressions et au profit qu’elles rapportaient. Probablement une addiction aux vols à main armée comme il y a des dépendances à la drogue. Le désir irrésistible de fuir une liberté sans fortune au risque de se retrouver emprisonné pour longtemps !

Comment je me suis trompé sur Donald Trump…

Le renversement des alliances, la partialité au bénéfice de Poutine au point de gommer sa responsabilité exclusive dans l’invasion de l’Ukraine, son mépris pour le président Zelensky encore plus admirable qu’avant dans cette séquence, son dédain à l’encontre de l’Union européenne, le bloc de narcissisme et d’entêtement qu’il demeure malgré la vaillance cherchant à être persuasive de notre président qui continue son sans-faute sur cette partie du monde, sont autant de signes à la fois géopolitiques et psychologiques que Donald Trump est en roue libre, en posture erratique. Son succès présidentiel ne l’a pas normalisé mais l’a gonflé.

Dominique de Villepin, un indigné chronique…

Dominique de Villepin nous rejoue régulièrement son discours à l’ONU contre l’invasion de l’Irak. Sauf que ses causes ne sont plus les mêmes et que son indignation tombe à plat à force d’adopter toujours le même registre dans le domaine international. Les autres sont mauvais, moi je saurais comment faire… Le problème est qu’aussi bien pour Israël et les Palestiniens que pour les rapports de la France avec l’Algérie, il sermonne, gronde, proteste, dénonce mais au bout du compte, quand on attend un conseil, une mesure opératoires, rien ne vient jamais.

BHL pour tous ?

Je ne suis pas persuadé qu’il va continuer, pour son prochain livre, sur la lancée de « Nuit blanche ». Pourtant je rêverais qu’il nous donnât sur la vie du coeur et de l’esprit, sur les idées et les émotions, sur l’humanité en général, les analyses d’une personnalité sensible qui oublierait un peu sa passion de la géopolitique engagée au profit de l’universalité d’une réflexion transcendant ce qui sépare et fracture : un BHL totalement accepté.

Le complotisme est-il devenu la règle ?

Tout, dans le monde d’aujourd’hui, est devenu possible, plus rien n’est inconcevable. Les ombres répudiées hier par les gens raisonnables ont aujourd’hui droit de cité et pour certains elles semblent correspondre davantage aux lumières que les prétendues révélations des discours officiels. Ce qui est occulté non seulement n’est plus stigmatisé comme l’invention d’esprits malades mais surgit au premier plan comme l’explication la plus cohérente, le ressort le plus clairvoyant. On n’a plus le droit de rejeter, comme émanant d’un complotisme délétère, ce qui s’efforce de nous présenter le dessous des cartes, l’envers du décor et les coulisses quand jusqu’alors on souhaitait que nous soyons obsédés par la scène.

Pourquoi CNews creuse-t-il l’écart ?

Contrairement à ce que croient les adversaires compulsifs de CNews, d’autant plus à l’aise dans leur hostilité qu’ils se flattent de ne jamais la regarder, il n’y a aucune homogénéité politique et intellectuelle sur les plateaux. Il y a heureusement des personnalités de gauche – pas assez à mon sens mais présentes, elles apportent beaucoup. Mais, dans le registre de la pensée conservatrice, il y a mille manières d’appréhender cette vision des êtres, des choses, de la société, de ses désordres, de ses violences comme de ses avancées. Le simple fait de ne jamais répudier les nuances, de fuir les dénonciations globales au profit d’analyses singulières, change l’atmosphère d’un plateau et donne une image plurielle du paysage médiatique.

Bruno Retailleau, dix-huit ans plus tard…

Ministre et président de LR ne sera pas un jeu d’avant. Bruno Retailleau non seulement ne sera pas dépassé mais fera servir chacune de ces deux missions au soutien de l’autre. Dix-huit ans après Nicolas Sarkozy, la droite fière et intelligente est de retour. Pas en promesse, en vrai.