Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Pardon mais Emmanuel Macron n’a pas toujours tort !

Tout, il est vrai, n’est pas forcément de notre faute. Emmanuel Macron n’a pas une personnalité qui appelle une approbation sans réserve. Irréprochable dans son soutien à l’Ukraine et dans sa volonté de réarmer la France et de renforcer l’esprit et la résistance de l’Union européenne, il a été également convaincant dans son attitude à l’égard de l’Algérie. Son accord avec Bruno Retailleau sur la progressivité des mesures de rétorsion laisse espérer enfin une fermeté après tant d’humiliations subies par notre pays.

Pourquoi aime-t-on haïr ?

Remplacer la haine par la pensée, par une approche à la fois réfléchie et humaine du dialogue, n’est pas aisé du tout. Penser, c’est d’abord s’éprouver soi, se passer au crible, accepter d’arracher tout ce qui de près ou de loin, fond et forme compris, serait susceptible de favoriser une démolition personnelle… avec cette délicieuse et fatale propension à l’excès qui vous dépossède de vous-même et de votre lucidité, au détriment d’une controverse argumentée.

Sommes-nous des ectoplasmes ?

J’éprouve parfois l’impression que dans la vie intellectuelle et politique, comme dans l’univers médiatique, il y a un désir de nous voir gouvernés par des préjugés, des réflexes, des injonctions venues d’ailleurs. Comme si nous étions incapables de mener ensemble des pensées contradictoires ou de tenir bon sur un certain nombre de convictions fondamentales. Comme s’il était impossible de présumer honnêteté, sincérité et tolérance ; et fatal de les dégrader en soumission, opportunisme et inconstance.

Entre l’État de droit et l’État brutal, l’état de la France…

Tout ce qu’on est en droit d’exiger est qu’on veuille bien admettre qu’entre l’État de droit et l’État brutal, il y a l’impératif de se soucier de l’état de la France. Cette prise en compte serait sans rapport avec une quelconque brutalité et déconnectée heureusement de l’orthodoxie inaltérable, parfois impuissante, quelquefois provocatrice, d’un État de droit enfermé sur lui-même. On n’a pas besoin d’hypertrophier les mérites de l’État de droit comme le font ces juristes professionnels, pour être plausible dans l’affirmation d’une volonté tenant ensemble un État de droit pour aujourd’hui et l’état de la France d’aujourd’hui.

Pouvoir des femmes, femmes de pouvoir ?

Rien ne serait pire pour la cause des femmes que d’aspirer, où que ce soit et à tous niveaux, à devenir seulement la copie conforme des hommes dans leur définition banale ou, plus singulièrement, des hommes de pouvoir, des hommes qui ont réussi. Les femmes sont trop importantes et précieuses pour ne se vouloir que les habitantes d’un territoire indivis. Elles ont droit véritablement à leur indépendance et à leur autonomie. Dans une distance sereine d’avec les hommes, pas dans une guerre des sexes de chaque seconde. Dans MeeTooMuch ? que je viens de publier chez Héliopoles, j’ai adressé ma dédicace « à toutes les résistantes ».

Albert Camus n’aurait pas aimé tous les César…

Le juge est fondamental dans une société pour, grâce au droit, la pacifier, répondre aux attentes citoyennes, trancher les conflits, défendre les victimes et sanctionner les coupables. Mais on comprend bien la manière dont Camus, en usant de ce terme, cherche à discréditer les faux artistes qui politisent, dévoient leur art, stigmatisent, sont intolérants, se posent en « juges », voire en justiciers et qui, au lieu de dialoguer, d’expliquer et de « comprendre », apposent sur l’infinie diversité de la vie et des idées, la chape de plomb de leur idéologie.

L’Algérie, le poing faible d’Emmanuel Macron ?

Sans doute des analystes avertis de la vie internationale seraient-ils plus à même que moi de comprendre et d’expliquer l’étrange contraste du comportement présidentiel. Entre d’un côté son attitude irréprochable, au nom de la France et de l’Europe, face à la Russie et pour la sauvegarde de l’Ukraine avec tout le respect dû au président Zelensky, et de l’autre son entêtement dans une politique de faiblesse à l’égard de l’Algérie.

Antonio Ferrara m’a trahi…

Je crains que pour le pire il ait été incapable de mener une vie avec des moyens limités alors que ses activités criminelles lui avaient permis un mode d’existence somptuaire. Il faisait malheureusement partie de ces êtres chez qui la morale pèse peu face à l’adrénaline des transgressions et au profit qu’elles rapportaient. Probablement une addiction aux vols à main armée comme il y a des dépendances à la drogue. Le désir irrésistible de fuir une liberté sans fortune au risque de se retrouver emprisonné pour longtemps !

Comment je me suis trompé sur Donald Trump…

Le renversement des alliances, la partialité au bénéfice de Poutine au point de gommer sa responsabilité exclusive dans l’invasion de l’Ukraine, son mépris pour le président Zelensky encore plus admirable qu’avant dans cette séquence, son dédain à l’encontre de l’Union européenne, le bloc de narcissisme et d’entêtement qu’il demeure malgré la vaillance cherchant à être persuasive de notre président qui continue son sans-faute sur cette partie du monde, sont autant de signes à la fois géopolitiques et psychologiques que Donald Trump est en roue libre, en posture erratique. Son succès présidentiel ne l’a pas normalisé mais l’a gonflé.