Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Il faut se battre pour des riens !

Que personne ne vienne me chercher des noises, puisque je ne vais gêner personne ni faire de l’ombre à quiconque, quand dans mon minuscule pré carré j’égrènerai, avec un inventaire qui ne pourra pas être exhaustif, tous ces riens qui m’agacent, me sollicitent, me mobilisent, m’indignent, me découragent ou me font prendre au sérieux, voire au tragique, ce qui, pour la plupart des êtres, serait à peine considéré !

Cyril Hanouna ne sera pas président mais…

Les sanctions dont Cyril Hanouna a été victime, l’injustice dont C8 a pâti avec l’instauration d’une double peine – les amendes payées puis une éradication scandaleuse -, les controverses quelquefois de nature politique, qui ont impliqué CH, le comportement de ce dernier se sentant trop limité dans le rôle qu’une animation classique lui imposait, la constante irruption dans l’espace médiatique d’un trublion constituant le divertissement comme une autre manière de faire de la politique, les débats civiques et sociétaux étant pour lui d’autres modalités pour divertir – tout cela qui tient à lui-même ainsi qu’à son environnement peut être perçu comme un prélude à ce qui adviendra s’il va au bout de son élan politique.

Justin P : 100 % Complexe !

Les crimes commis par Justin P ce mineur de seize ans imposaient une grille d’explication complexe, aussi bien psychiatrique que sociale, sécuritaire, politique… Souhaiter un tel pluralisme n’est pas fuir ses responsabilités mais au contraire prendre la mesure d’un événement qui risquera de demeurer incompris si on récuse la plénitude nécessaire.

Se taire, écouter et admirer !

En quelques minutes, Sylvain Tesson a magnifiquement décrit son rapport avec les choses, avec l’espace, avec la nature, cette manière qu’il avait eue d’escalader les cathédrales pour prier à sa manière, de s’approprier le monde par le mouvement et de nous le restituer ensuite grâce à la littérature, avec un vocabulaire d’une richesse telle que l’univers y était enfermé et qu’il parvenait à relever le défi de mots aussi puissants et singuliers que la réalité qu’ils décrivaient. Tout était beau et convaincant. Pour moi, un grand moment de télévision, qui nous sortant des joutes ordinaires nous faisait monter dans les cimes ; au figuré pour nous !

Le pape François a-t-il été de gauche ?

Dès lors que ce pape avait pour exigence de coeur et d’esprit fondamentale la paix, la concorde entre les nations, le refus absolu de la guerre, l’équité internationale, il était inévitable que d’une certaine manière il concédât bien plus à Dieu qu’à César. Aucun pape n’a apposé plus que lui, sur la fureur, la violence et le chaos du monde, le voile qu’il n’hésitait pas à rendre impérieux d’une morale universelle dont le catholicisme était l’incarnation emblématique.

Les malfaisants ont pris le pouvoir !

Je vois bien pourquoi la Justice, au-delà de sa politisation, est mal perçue par rapport à la police et à l’armée. Elle intervient tard, trop tard, quand tout est consommé et elle est rarement à la hauteur de ce qu’espère le citoyen même de bonne foi. Elle n’est par ailleurs jugée que sur ses affaires médiatisées ce qui a pour conséquence de laisser dans l’anonymat la multitude des pratiques des parquets et du siège acceptables, parfois même excellentes.

En politique, mêlons-nous de ce qui ne nous regarde pas…

Un citoyen conscient de ses devoirs s’intéresse naturellement à la vie démocratique de son pays. Pourtant, dans l’actualité quotidienne, il me semble que trop souvent il demeure enkysté, sur le plan politique, dans sa sphère partisane. Il a son champion ou sa championne et n’en démord pas. Alors qu’on pourrait espérer, au contraire, une infinie curiosité de sa part et une envie de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Si on ne se mêle pas en politique de ce qui ne nous regarde pas, on ne comprend pas, on n’espère rien, on est exclu. La démocratie est un immense champ où tout le monde a le droit de jouer. De sortir de chez soi pour aller voir ailleurs. De la même manière que les affaires, c’est l’argent des autres selon Alexandre Dumas fils, la République, c’est l’affaire de tous.

François Bayrou : la vérité permet-elle d’agir ?

La France a toujours été extrêmement douée pour les pensées et les travaux préparatoires, les préludes, les introductions, la confection des bagages, leur installation dans la voiture, l’accumulation des données, des chiffres et des informations. Plus rien ne demeure étranger à ceux qui vont avoir la mission d’entreprendre, l’honneur d’accomplir. Ils ont la vérité à leur disposition, capital essentiel, outil fondamental. Mais la vérité ne permet pas d’agir. Sinon notre pays ne serait pas en régression partout, pour l’efficacité de ses services publics et la qualité de ses institutions.