Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

La France dans l’ombre est résiliente…

Je suis admiratif de ce pays où les luttes sociales, malgré leur caractère trop souvent idéologique, permettent de sublimer ce qu’il pourrait y avoir de sombre et de déchirant dans des inégalités humaines non justifiables. Le syndicalisme, en définitive, est la voie d’apaisement d’une société qui, face à la crudité de privilèges de toutes sortes ne s’affichant pas toujours discrètement, sait être résiliente.

Dedans ou dehors ?

Je suis persuadé que, si j’avais surmonté ma répugnance à l’égard du militantisme, du collectif et de l’obéissance obligatoire, je n’aurais sans doute jamais rué dans les brancards face à ce que le nouveau président de LR va mettre en oeuvre, en privilégiant la consultation des adhérents. L’intégralité de ses projets et de son plan d’action me convient et probablement me serais-je tenu coi. Mais Il y a des expériences qui m’ont démontré que je suis incapable de la discipline intellectuelle, politique et médiatique que les responsables des mondes où je suis présent attendent de moi. Non pas, me semble-t-il, parce que je serais un irresponsable, un agité compulsif mais tout simplement, parce que plaçant au-dessus de tout ma propre liberté, je n’aurais jamais pris garde à sa rançon possible sur les univers concernés. Moi d’abord, mon épanouissement, mon envie de penser et d’exister, mon être illimité contre les contraintes même légitimes des structures. L’idée que mon « je » devrait se réduire parce qu’il engagerait dangereusement au-delà de soi me dérange. Aussi, faute de cette inconditionnalité qui rassure les chefs, comme dedans je suis trop vite en opposition, je vais rester tranquillement dehors.

Comment je n’aurais pas défendu Gérard Depardieu…

Je crois que précisément à cause du caractère flamboyant, excessif, tonitruant de Gérard Depardieu, en tout cas sur les plateaux de cinéma, et de ce qu’on raconte sur son comportement habituel, mots et gestes compris, j’aurais cherché à offrir, pour sa défense, un contrepoint tout de mesure, de finesse, de délicatesse, comme une sorte de contraste avec l’image trop souvent véhiculée du client dont j’avais la charge. Me Assous a adopté l’attitude inverse.

Bruno Retailleau : le jour J pour le futur de la droite…

Non seulement Bruno Retailleau assumera cette mission avec sa formidable puissance de travail et de réactivité mais il est évident, si les Républicains prennent acte du fait que la droite est redevenue une espérance grâce à lui, que le ministre sera un appoint considérable pour le président du parti ; ce dernier fera bénéficier le ministre d’une force et d’une légitimité incomparables.

Brigitte Bardot : une grâce émouvante…

Entre la merveille qu’elle fut jeune et la merveille qu’elle est demeurée autrement à 90 ans, je n’ai pu m’empêcher de voir sur BFMTV ce qu’une influenceuse américaine avait décrit : plus rien d’important ne s’était déroulé en France après elle. Sans la moindre vanité, elle a semblé l’admettre, ce qui rejoignait le sentiment de mélancolie tendre et souriante, d’ironie gracieuse qui a paru l’habiter durant ces échanges.

Quelle sacrée surprise !

Quelle allure, quelle dignité, quel splendide et solennel rituel que celui qui a présidé à l’élection du cardinal Prevost. Tous ces cardinaux dans un huis clos qui n’est pas retrait du monde mais volonté d’offrir à celui-ci le meilleur choix possible ont donné de l’Église catholique et du catholicisme tellement décrié – trop souvent sans réaction de sa part -, une image magnifique.

La volupté de la transgression ou la douleur de la sanction ?

On ne peut pas à la fois s’indigner face à l’ensauvagement d’une société – du fait de majeurs souvent multicondamnés et de mineurs de plus en plus précocement engagés dans la violence – et refuser de mettre en oeuvre la dureté pénale qui au moins permettrait de le réduire. Pour espérer une France moins meurtrie au quotidien, il faut que la douleur de la sanction relègue au second plan la volupté de la transgression. Ce serait cruel ? La cruauté serait de ne pas le faire.

Un référendum sinon rien !

Le paradoxe en effet est qu’on multiplie les sondages compulsifs, les ersatz de référendum, les conventions partielles, les consultations régionales, les grands débats, les délibérations réduites, les commissions commodes, les apparentes sollicitations populaires. Pour donner l’impression d’un pouvoir respectueux des tréfonds de la France alors qu’en réalité il fait ce qu’il peut avec une Assemblée nationale rétive et divisée et qu’il cherche désespérément à continuer la politique mais par d’autres moyens.