Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Se taire, écouter et admirer !

En quelques minutes, Sylvain Tesson a magnifiquement décrit son rapport avec les choses, avec l’espace, avec la nature, cette manière qu’il avait eue d’escalader les cathédrales pour prier à sa manière, de s’approprier le monde par le mouvement et de nous le restituer ensuite grâce à la littérature, avec un vocabulaire d’une richesse telle que l’univers y était enfermé et qu’il parvenait à relever le défi de mots aussi puissants et singuliers que la réalité qu’ils décrivaient. Tout était beau et convaincant. Pour moi, un grand moment de télévision, qui nous sortant des joutes ordinaires nous faisait monter dans les cimes ; au figuré pour nous !

Le pape François a-t-il été de gauche ?

Dès lors que ce pape avait pour exigence de coeur et d’esprit fondamentale la paix, la concorde entre les nations, le refus absolu de la guerre, l’équité internationale, il était inévitable que d’une certaine manière il concédât bien plus à Dieu qu’à César. Aucun pape n’a apposé plus que lui, sur la fureur, la violence et le chaos du monde, le voile qu’il n’hésitait pas à rendre impérieux d’une morale universelle dont le catholicisme était l’incarnation emblématique.

Les malfaisants ont pris le pouvoir !

Je vois bien pourquoi la Justice, au-delà de sa politisation, est mal perçue par rapport à la police et à l’armée. Elle intervient tard, trop tard, quand tout est consommé et elle est rarement à la hauteur de ce qu’espère le citoyen même de bonne foi. Elle n’est par ailleurs jugée que sur ses affaires médiatisées ce qui a pour conséquence de laisser dans l’anonymat la multitude des pratiques des parquets et du siège acceptables, parfois même excellentes.

En politique, mêlons-nous de ce qui ne nous regarde pas…

Un citoyen conscient de ses devoirs s’intéresse naturellement à la vie démocratique de son pays. Pourtant, dans l’actualité quotidienne, il me semble que trop souvent il demeure enkysté, sur le plan politique, dans sa sphère partisane. Il a son champion ou sa championne et n’en démord pas. Alors qu’on pourrait espérer, au contraire, une infinie curiosité de sa part et une envie de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Si on ne se mêle pas en politique de ce qui ne nous regarde pas, on ne comprend pas, on n’espère rien, on est exclu. La démocratie est un immense champ où tout le monde a le droit de jouer. De sortir de chez soi pour aller voir ailleurs. De la même manière que les affaires, c’est l’argent des autres selon Alexandre Dumas fils, la République, c’est l’affaire de tous.

François Bayrou : la vérité permet-elle d’agir ?

La France a toujours été extrêmement douée pour les pensées et les travaux préparatoires, les préludes, les introductions, la confection des bagages, leur installation dans la voiture, l’accumulation des données, des chiffres et des informations. Plus rien ne demeure étranger à ceux qui vont avoir la mission d’entreprendre, l’honneur d’accomplir. Ils ont la vérité à leur disposition, capital essentiel, outil fondamental. Mais la vérité ne permet pas d’agir. Sinon notre pays ne serait pas en régression partout, pour l’efficacité de ses services publics et la qualité de ses institutions.

Poutine, un tueur en liberté…

C’est à Soumy une humanité sciemment assassinée et meurtrie par quelqu’un dont les ordres immoraux font en effet de lui, comme l’a déclaré le président Zelensky « un salaud ». Aussi insultante que soit cette définition, elle me paraît justifiée parce qu’il y a des crimes qui sortent de l’épure d’un monde international même chaotique et violent, pour relever d’une inhumanité pure et nue. Sans la moindre faille pour un zeste de compréhension, un soupçon d’explication.

La promotion de mon livre, quelle comédie humaine !

La promotion de mon livre n’est pas terminée. J’attends encore ce moment délicieux, pour un auteur, de la rencontre avec ses lecteurs ou avec des journalistes l’ayant vraiment lu. C’est une comédie humaine parce qu’on en apprend beaucoup sur les autres. Et un peu sur soi. Mais il faut de la lucidité : pourquoi ce monde, où les hostilités, les frustrations et les jalousies sont recuites, la vanité incommensurable, la fiabilité réduite, l’amitié aléatoire, serait-il meilleur que tous les autres ? Mais je suis heureux : mes éditeurs m’ont dit que MeTooMuch ? se vendait. Il y a donc une Justice !

Le PSG n’est plus insupportable !

Le PSG n’est plus insupportable. Ce n’est que du foot mais c’est si doux, dans ce monde tellement erratique, d’une gravité folle, d’un délire angoissant, de retenir dans sa main quelques gouttes de bonheur, aussi dérisoires soient-elles.

Pourquoi Frédéric Taddéï est-il si convaincant ?

Le Frédéric Taddéï d’aujourd’hui a changé de registre. L’indépassable animateur de « Ce soir (ou jamais ! ») – dont l’effacement et la discrétion apparents valaient toutes les présences ostensibles – a été remplacé par le responsable d’une publication qui, sur le plan judiciaire notamment, est remarquable et par l’auteur libre et indépendant du Mot de la fin.

Marine Le Pen ou Jordan Bardella contre la solitude des autres…

Il est en effet clair que si MLP a échoué deux fois à l’élection présidentielle – malgré des progrès techniques indiscutables, elle a manifesté cette faiblesse d’être bonne tout le temps sauf lors du jour J -, elle serait en 2027 bien plus apte que JB à faire gagner son camp. Pourtant, ce dernier apparaît comme une indéniable solution de rechange alors que tout démontre, quand on l’écoute, quand il répond à des questions et qu’il argumente, qu’on a affaire à un homme dont le comportement médiatique mécanique et scolaire le rendrait mal adapté à l’imprévisibilité des joutes présidentielles. Non pas qu’il soit médiocre mais ses adversaires auront vite fait de déceler le point faible de sa cuirasse, qui est de ne pas supporter d’être sorti de son champ programmé.