Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Il faut sauver les diplomates !

la guerre, depuis l’invasion de l’Ukraine et l’action violemment et prétendument pacificatrice de Donald Trump, n’est pas loin d’être devenue non seulement la continuation de la politique par d’autres moyens, selon Clausewitz, mais plus encore le mode quasiment banal de règlement des conflits. Comme si les phases préparatoires que l’Histoire a connues étaient frappées d’obsolescence au profit, d’emblée, d’attitudes belliqueuses. J’ai conscience que rien ne se serait pire, pour un univers totalement dérégulé, que cette adhésion mécanique à ce débridement d’hostilité internationale quand il conviendrait au contraire de ne pas rejeter, sur ces incendies fiers de leur cruelle spontanéité, la maîtrise d’intelligences et de réflexions capables de voir plus loin que le bout de leur fureur.

Pourtant Gabriel Attal a raison !

On aboutit à ce paradoxe d’une société qui se dégrade, d’abord avec une jeunesse qui n’a plus rien à voir avec celle de 1945, mais avec une stabilité législative qui ne cesse, jour après jour, de démontrer son inefficacité. Les mineurs changent mais les principes les concernant demeurent. Non parce qu’ils seraient opératoires mais en raison d’une adhésion systématique à une vision dépassée.

On n’est pas encore assez bas…

On est loin du pire, partout et sur tous les plans. On en est encore à ne pas voir le réel ou, le considérant, à masquer ce qu’il a d’odieux. On a encore besoin d’une existence peu ou prou teintée de rose. On a des pudeurs de chaisière quand un grand ministre de l’Intérieur qualifie de « barbares » les agresseurs et les tueurs et qu’il aspire à « une France des honnêtes gens ». Si les choses continuent à tourner mal, si un jour il devient impossible de ne pas être saisi par notre désastre, quand la démocratie ne pourra plus apparaître comme un mantra consolant de tout, il faudra bien arbitrer. Laisser la France mourir à petit feu dans les règles, avec un État de droit impeccable, un président normal, un humanisme breveté, un aveuglement progressiste ; ou imaginer de nouvelles pratiques politiques.

La haine, un devoir international ?

La haine n’est pas à recommander sur le plan humain mais dans le domaine géopolitique, elle peut apparaître presque comme inévitable. Il y a un tel degré de malfaisance, de cruauté, de cynisme et de mauvaise foi dans la conduite de quelques personnalités et régimes, que la simple contestation politique est dépassée au profit d’un extrémisme de l’hostilité, qui mue le champ international en une exécration humaine contre laquelle on n’a aucune envie de résister.

Jean-Luc Mélenchon, un intellectuel qui se trompe…

la qualité d’intellectuel et le statut d’excellence qui lui est donné par principe en France constituent presque structurellement des opportunités pour les erreurs, les préjugés, les partialités, les occultations du réel et une vision implacablement misérabiliste de la société où les riches et les puissants sont stigmatisés, la lutte des classes encensée et la révolution détestée autant que le réformisme est méprisé. Ce qui est très éclairant dans la réflexion de Samuel Fitoussi est qu’elle s’appuie sur un certain nombre de travaux scientifiques et sociologiques dont les conclusions sont unanimes : un intellectuel est voué à dépeindre la réalité comme un enfer pour justifier ainsi le rôle qu’il se prête : devenir le justicier qu’on espérait pour rénover de fond en comble une société insupportable.

Une morale du moins….

Sans doute est-ce donner à ce « je préférerais ne pas » une dimension excessive, presque métaphysique mais il me semble qu’on pourrait l’appliquer à mille situations, notamment historiques, qui auraient pu constituer certains de leurs acteurs comme des adeptes du moindre mal, non pas des héros modèles pour tous mais des humains seulement désireux de ne pas ajouter du mal au Mal, des courageux minimalistes qui face à la réalité tragique et éprouvante ne la fuyaient pas, ne l’affrontaient pas mais veillaient à ne pas la rendre encore plus insupportable.

Un grand ministre doit-il être contre ?

Il ne faut pas se leurrer. Jamais on ne pourra mettre en oeuvre, dans quelque ministère que ce soit, la politique de rupture justifiée par son état présent en obtenant facilement l’assentiment de ceux qui auront la mission de la réaliser. Il y a toujours, pour un ministre qui a l’ambition d’avoir une action remarquable, un passage obligé vers une forme d’autorité pour le meilleur, de résistance à l’égard des pesanteurs et des habitudes reposantes et d’entêtement pour aboutir contre vents et marées.

« Le climat n’est pas malsain » à CNews…

Le sentiment diffus qu’éprouvent certains musulmans d’être en permanence ciblés ne peut pas être traité avec indifférence ou, pire, mépris même si on l’estime injuste tant à l’égard de CNews que de Bruno Retailleau, leur autre bête noire. On ne saurait tenir pour rien cette impression qui perçoit la chaine et le ministre, parfois, comme des ennemis de la religion musulmane quand ils ne s’attachent, par des analyses ou en action, qu’à ses dérives. Pour la chaîne, il est permis certes de considérer que les sujets concernant l’islam occupent au quotidien une place importante. Mais la télévision ne les invente pas. Elle ne s’en préoccupe que dans la mesure où ils mettent en lumière des problématiques concernant la France, le risque de communautarisme et la sécurité publique.

La magistrature fait trop dans le social !

Sans doute, malgré la fierté dont je ne cesse de rappeler l’obligation à l’égard de ce magnifique métier de magistrat – « raccommodant les destinées humaines » -, ai-je trop négligé un phénomène qui relève d’une sorte de perception d’un déclassement social, similaire d’ailleurs à celle d’un grand nombre d’avocats, qui ne permet plus aux juges de se poser en surplomb, en arbitres impartiaux, au-dessus de la mêlée sociale, des inégalités et des injustices de notre pays. Mais au contraire de s’y trouver impliqués de sorte qu’ils comprennent trop bien des argumentations vicieuses tenant à la prétendue culpabilité de la société. Tout cela ayant pour conséquence une miséricorde judiciaire au bénéfice des individus exonérés de tout.

De quelques états d’âme…

Tel un tourbillon permanent, s’agitent en moi tant d’énigmes à résoudre, d’interrogations à surmonter. On ne peut se contenter du « credo quia absurdum ». On veut pouvoir maîtriser si peu que ce soit le sentiment diffus qu’il y a quelque chose, quelqu’un, au-dessus de soi. Et élucider ce qui ne cesse de hanter l’humanité : les malheurs du monde, la mort des innocents, le Mal universel ; alors que la messe célèbre un dieu tout-puissant et miséricordieux qui à la fin des fins nous accueillera tous.