Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Raphaël Enthoven : son histoire, mon regret…

Ce livre est de courage et de talent, de pensée et de vérité. Courage et talent qui m’ont donné du regret. Le talent, n’en parlons pas, on fait avec ce qu’on est, ce qu’on a, ce qu’on peut. Le courage, c’est autre chose. J’aurais rêvé de pouvoir écrire sur ma famille, mes parents, mes enfants, les aléas de mon premier mariage, le bonheur du second, les épreuves, les souffrances, les choses intimes qu’on a besoin de sortir de soi parce qu’elles vous libéreraient et qu’elles serviraient d’enseignement. Mais le courage m’aurait toujours fait défaut. J’aurais fait mal, j’aurais blessé. J’aurais hésité. J’aurais gommé. La crudité, la vérité du réel, il fallait un Raphaël Enthoven pour les appréhender avec une sombre allégresse.

Le couple présidentiel: exhibitionnisme démocratique?

L’exhibitionnisme démocratique, qu’on le juge inévitable ou non, est peut-être d’abord cela : mettre tout dans un même sac au point d’ennoblir l’intime, au risque de banaliser le grave. De créer une plénitude qui pour les uns sera indécente, pour les autres inutilement politique.

En France, une nouvelle délinquance ?

Le refus de toute autorité, la détestation de la moindre injonction même la plus bienveillante qui soit, l’inaptitude à toute relation civilisée, le recours immédiat et comme naturel à la violence, le triomphe dévastateur d’un individualisme se jugeant maître de tout, intolérant à n’importe quelle frustration, la décomposition de la société en mille petites unités au bord de l’explosion impulsive et y tombant sans une seconde de réflexion – parce qu’il faut bien accepter que le dénominateur commun à cette barbarie quotidienne soit la bêtise : ne jamais voir plus loin que son humeur vindicative et contrariée ! -, la recherche de prétextes pour libérer le pire porté en soi, la haine absolue de la contrainte étiquetée officielle avec le glissement irrésistible du haut du pouvoir vers le bas de la société, chacun se prenant pour le pouvoir suprême et aspirant à une table rase.

Le maire de Bordeaux a tort !

J’admets volontiers que mon dissentiment avec Pierre Hurmic sur son interprétation est moins préoccupant que celui qui me fait douter de la vigueur de son approche pénale pour la sécurité de Bordeaux mais je le remercie toutefois pour m’avoir offert ce plaisir : dire du bien du remarquable, et trop oublié, Jacques Ellul.

Greta Garbo, en effet « Divine »…

Comme Eric Neuhoff a eu la lucidité peu commune dans un brillant pamphlet contre le cinéma français de soutenir qu’Isabelle Huppert était sa pire actrice, je m’aventure jusqu’au point d’être prêt à échanger toutes les stars du cinéma mondial contre Greta Garbo.

Qui ensauvage la France ?

Qui ensauvage la France ? S’accorder sur le constat que je propose ne permettra pas de résoudre magiquement le problème lancinant causé par ces jeunes Français d’origine africaine ou maghrébine et ces étrangers en situation irrégulière (il va de soi que tous ne sont pas à stigmatiser dans ces catégories) mais au moins ne nous voilons plus la face.

La passion des génies, génie de la passion ?

Ce que nous avions ainsi en partage, comme magnifiquement ils nous faisaient la grâce de le dire à notre place, pour ce qui brûlait ou faisait mal, pour ce qui s’était perdu dans le temps ou avait duré sans faiblir, pour les lumières puis les ombres ! Il faut les remercier.