Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Napoléon : l’orgueil du « fardeau »…

Marchant à Sainte-Hélène avec son amie Mme Balcombe, alors que celle-ci ordonne avec dédain à des esclaves portant de lourdes caisses de s’écarter, Napoléon s’arrête et, la regardant, dit : « Respect au fardeau, Madame » Dans ce terme « fardeau », il y a tout. La charge, la douleur, la peine, l’offense, l’humiliation, la violence. Il y a la fatalité de la servitude, la rage de l’acceptation, l’absence de révolte, le cours inéluctable de la vie et de la misère. Mais dans le « respect » que Napoléon exige, il y a l’orgueil du fardeau, la fierté d’avoir à assumer la part difficile de l’existence, le sentiment de n’être pas inférieur mais utile, nécessaire, la conviction que tous les mépris du monde se brisent sur cette certitude qu’on n’est pas rien, qu’on compte, et d’abord pour soi, qu’il y a de la grandeur dans son apparente petitesse et que la fatigue, l’épuisement résultant de telles tâches méritent le respect.

Et si on comprenait aussi les vivants ?

Je fais un rêve. Cette décence unanime à l’égard d’Olivier Marleix et de son geste apparemment imprévisible, serait-il donc impossible qu’elle se manifestât, certes sur un autre mode, à l’égard des vivants ? En considérant déjà cette élémentaire fraternité qui devrait réunir tous les mortels dans leur conscience d’être périssables et qui pourrait dominer tous les antagonismes conjoncturels ?

Mathilde Panot : on se moque ou on s’indigne ?

Soutenir que la police ne doit pas être armée ou, comme Jean-Luc Mélenchon hier, qu’elle tue, exiger le désarmement des polices municipales, le démantèlement de la vidéosurveillance, ce n’est rien moins que permettre à la part violente et dévastatrice de notre pays, où qu’elle se trouve, souvent en bande, de continuer à commettre le pire. Ce serait – contradiction fondamentale de LFI qui s’en affirme l’incarnation exclusive – abandonner le peuple sur lequel on prétend veiller et préférer son idéologie au réel, l’arrogance de se tromper plutôt que consentir à la vérité.

Jean-Luc Mélenchon n’en ferait qu’une bouchée…

Ce n’est pas à dire que Raphaël Glucksmann n’aurait pas certains atouts face à l’épouvantail Mélenchon mais si je confirme avoir peur pour lui, c’est que je mesure à quel point ses vertus pourraient être précisément son handicap. Il n’empêche que dans un univers politique qui me permet l’objectivité de la distance, je salue, par avance, la victime de qualité que sera Raphaël Glucksmann face au bourreau Mélenchon.

Pascal Praud : nos débats réactifs…

L’union des gauches, qui revient périodiquement quand elles sont véritablement menacées dans leur identité et leur idéologie, lorsque sur le plan électoral elles sont inquiètes et prêtes alors à occulter tout ce qui les sépare, même profondément, est perçue comme une évidence alors que l’union des droites, de la droite conservatrice avec la droite extrême, est stigmatisée par principe.

L’Aventure des films : un colossal et épuisant travail…

En lisant Olivier Rajchman, j’ai abandonné l’approche superficielle que j’avais du cinéma. J’ai maintenant conscience qu’il s’agit, dans tous les cas, d’un travail colossal et très éprouvant pour les nerfs. Tous ceux qui participent à l’élaboration du film passent par des phases de désespoir, avant d’en être très rarement satisfaits ! Je n’imaginais pas les épreuves, la minutie, le perfectionnisme, l’ampleur et la fatigue des tâches qui conduisent, dans le meilleur des cas, au sublime, ou au moins imparfait possible. La collaboration constante et infiniment créatrice entre le producteur, le ou les scénaristes et le réalisateur est impressionnante parfois de solidarité, souvent d’antagonismes surmontés, d’écoute, de tolérance, d’échanges puissants et sans concession, d’abandons puis de reprises, de pessimisme amendé par un optimisme que le travail fourni fait surgir.

L’esprit français : Causeur avant l’heure…

Je rattache l’esprit français à ce qui m’a toujours passionné sur le plan culturel au fil des siècles. Les expressions, les saillies, les traits, les paradoxes que des personnalités brillantes distillaient à foison, soit parce que la société leur permettait une oisiveté créatrice en bons mots, soit en raison d’une intelligence et d’une vivacité d’esprit qui sur tous les terrains – notamment la vie politique et les débats parlementaires – les faisaient remarquer. Il me semble que cette notion a quasiment disparu dans sa pureté, remplacée par des prestations fondées sur des synthèses entre le verbe, l’observation, l’imitation, la gestuelle, les mouvements et les mimiques. Il y a des artistes absolument remarquables dans ce domaine .

Hello, Dolly…

Dolly Parton se veut la représentante du peuple américain, des gens simples et modestes, et elle demeure fidèle, par une éthique chevillée au coeur, à sa volonté d’être des leurs. Sans ostentation ni idéologie. Cela ne l’empêche pas de faire preuve d’une immense générosité pour des oeuvres caritatives et en aidant des programmes de recherche, notamment pour le coronavirus. J’avoue mon admiration, au-delà de la chanteuse dont je connaissais certains tubes, à l’égard de cette femme dont la modestie et la classe représentent tout ce que j’aime.

Accepter ou non, telle est la question…

Il est clair que dans notre monde actuel, le point de vue de Racine a largement gagné et qu’il est grossier de s’émouvoir, voire de s’indigner du hiatus entre la réalité d’une personnalité et de ce qu’on aurait pu espérer d’elle. Aujourd’hui l’acceptation d’un être, avec ses ombres et ses lumières, ses moments de grâce mais ses îlots de platitude et de monotonie, est devenue la règle. Cette propension à légitimer ce qui est, conduit d’ailleurs notre époque à accepter la banalisation, dans tous les domaines, comme une évidence. On préfère le partage indifférencié d’une humanité sans éclat à l’inégalité résultant de la supériorité de quelques-uns et à l’admiration que cette dernière devrait susciter.