Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

François Hollande, député socialiste ou ancien président ?

La France est confrontée à suffisamment de conflits internationaux, de négociations à mener, d’équilibres à assurer, de sauvegardes à effectuer, pour qu’on ne puisse pas aspirer à une accalmie dans des joutes internes pour consacrer le maximum d’énergie nationale à l’essentiel. Aussi bien protéger Boualem Sansal et le faire libérer qu’empêcher le dépeçage de l’Ukraine par un Poutine diaboliquement habile et un Trump narcissiquement manipulé. Alors je conviens que François Hollande laissant l’ancien président damer le pion au député socialiste n’est pas un épisode bouleversant mais un peu de rationalité, de mesure et de réserve à gauche est toujours bon à prendre.

Retour vers le quotidien…

Le retour à Paris, c’est le retour vers le quotidien. Le temps de l’utile, de l’obligatoire, des délais contraints, de la vie sociale, des rythmes professionnels, le temps de l’attente, aussi, des prochaines vacances. Je me suis rendu compte, surtout cette année, que les vacances, outre les joies familiales et amicales, procure ce don inestimable du temps perdu, qui coule apparemment pour rien. Où on croit avoir des projets mais dont on sent qu’on n’aura pas la volonté de les concrétiser. Le temps perdu est le temps des lectures, le temps des admirations, des échanges gratuits où on se parle de l’essentiel, c’est à dire du futile, de ce qui n’a pas de prix, de ce qui peut durer indéfiniment parce que les moments du loisir n’ont pas vraiment de début ni de fin et qu’ils coulent sans que le moindre couperet d’un quelconque devoir soit venu les rompre. Le temps des dilections, des découvertes, des approfondissements.

De Jean Pormanove à « Bloquons tout » : la globalité du malsain…

Le malsain, au sens où je l’entends, dans la définition large que je lui donne, est au fond l’exclusion de toute politesse singulière ou collective : il y a des actes qui ne doivent pas se faire, des propos qu’on ne doit pas proférer, des abstentions qu’on se doit d’avoir, des initiatives qu’il est urgent de mettre en oeuvre, des attitudes qui ne sont pas négociables, de la morale qui jamais ne doit être considérée comme secondaire, de l’honnêteté à ne pas sacrifier, de l’allure à toujours cultiver. Celle-ci est le contraire du malsain.

Les passions humaines contre les totalitarismes…

Au « nouveau » apporté par la Révolution qu’évoque Saint-Just, cette obsession de toute révolution qui prétend faire place nette, abolir toute trace du passé pour changer le présent et magnifier le futur, à une radicalité qui croit pouvoir procéder à une nouvelle création de l’humain façonnée par l’idéologie révolutionnaire, s’opposent la permanence des réflexes humains, la pesanteur des habitudes, les comportements qui au quotidien, depuis des siècles, battent en brèche le collectivisme, l’absence de propriété individuelle, le mépris du profit, la partage absolu et la caporalisation de la vie personnelle et familiale. L’aspiration grandiose de Saint-Just est condamnée à se briser, après tant de massacres si on considère l’Histoire, sur l’implacable écueil d’une humanité qui reste, pour le meilleur ou pour le pire, elle-même, avec ses attentes, ses espoirs, son ambition, ses faiblesses, son incurable désir de liberté.

Ukraine : les territoires symboliques de leur MOI…

Donald Trump a beau rêver du Nobel de la paix et répéter qu’il a facilité la signature de six accords de paix, on doit tout de même considérer que son talent diplomatique, pour l’Ukraine, connaît des ratés. Inconstant, imprévisible, incertain même pour ses alliés (s’il en a encore), changeant de ton comme de chemise, dur ce soir, doux demain, oscillant entre menaces, chantage ou hyperboles, fixant des délais dont lui-même ne respecte pas l’échéance, à peine au début et déjà pressé d’en finir, prenant chaque retard pour une offense personnelle et ne fondant jamais les négociations dont il prétend être le protagoniste sur la justice, l’équilibre des forces et la morale internationale mais sur sa seule vision de l’intérêt américain et de sa propre gloire, vraiment Narcisse et dépendant, pour le pire, de la stratégie d’un Poutine qui a tout compris de lui, il n’hésitera pas, si on le laisse faire, à lâcher le faible Zelensky pour une union plus facile à réaliser : celle d’un président américain exhibitionniste et manipulable et d’un Poutine froid, sec et sans scrupule.

Quelle parole publique n’est pas disqualifiée ?

Ce mouvement qui conduit à la disqualification de la parole publique, presque inéluctablement, est aggravé par ce que je nommerais la périphérie des silencieux ou des complices. On n’entend pas assez, contre les stigmatisations globales à cause de minorités dévastant bien au-delà d’elles-mêmes, les apologies qui conviendraient, le verbe de la nuance et l’honnêteté de la mesure. Parfois même on assiste à un accompagnement de ces extrémismes par des personnalités dont on devrait espérer la retenue et la contradiction.

Ah, s’ils n’avaient pas Vincent Bolloré !

Il y a des polémiques et des dénonciations qui font rire par leur caractère systématique, des obsessions qui amusent. Je ne cesse de me réjouir de la constance avec laquelle Vincent Bolloré tient lieu de sujet universel quand on n’a plus rien à dire. D’abord lui, évidemment, puis ceux qui travaillent avec lui ou dans un univers qu’il possède. VB est stigmatisé avec une pauvreté d’argumentation qui confine quasiment au néant. Il est milliardaire, il est conservateur et a le front de vouloir communiquer ses idées et les défendre. J’oubliais le grief fondamental : il est catholique et va régulièrement à la messe. Son entourage est décrit comme s’il s’agissait d’une coterie adepte de mauvais coups. Les chroniqueurs qui participent à des débats sur CNews, avec une totale liberté, sont considérés comme des assujettis à VB et ont beau protester du contraire, ils ne sont pas crus. Le pire advient quand ils ont le culot, en plus, d’estimer, voire d’admirer VB. Il ne fait pas bon en France louer si peu que ce soit les personnalités richissimes, même quand elles doivent tout à elles-mêmes, mais émettre un jugement favorable à VB relève du péché mortel.

Des femmes font justice, des jeunes filles ont peur …

Sous l’influence positive de MeToo, je suis persuadé qu’aussi bien devant les tribunaux correctionnels que pour la justice criminelle, la pente n’est pas à l’indulgence mais à la rigueur. Avec parfois le risque que toute dénonciation d’une violence sexuelle soit perçue forcément comme vraie. En effet, derrière cette révolte d’une minorité appliquant la loi du talion, il y a la volonté perverse de sortir les violences sexuelles de la justice ordinaire, avec ses preuves, ses doutes, ses contradictions, ses possibles relaxes ou ses condamnations justifiées. C’est l’argumentation que j’ai développée dans mon « MeTooMuch? » : non pas une critique sur le fond de ce mouvement mais sur la présomption de culpabilité pour tout homme visé par une plainte de nature sexuelle. Ces réserves me rendent d’autant plus attentif, et indigné, face aux agressions sexuelles.

Doit-on se moquer de Robert Brasillach ?

La démarche de sauvegarde (pour empêcher qu’il soit exécuté) initiée par François Mauriac, Marcel Aymé et Jean Anouilh (son expérience de la vie en a été affectée pour toujours), est narrée sur un mode léger, presque désinvolte. Il est fait référence à André Gide dont l’appréciation sur le futur qu’aurait eu Robert Brasillach s’il avait été gracié est très discutable. Sont passées sous silence la lâcheté de beaucoup (Colette ne voulait pas être la première sur la pétition demandant la grâce !) et la déclaration d’Albert Camus la signant par détestation de la peine de mort alors qu’il assurait que RB ne lui aurait pas rendu la pareille s’il avait été condamné à mort. De cet article, se dégage une impression de malaise comme s’il avait fallu, après l’avoir fusillé, exécuter RB une nouvelle fois, mais médiatiquement.

État de droit : Nicolas Sarkozy, un précurseur ?

On ne désire plus un droit pour son esthétique et la perfection formelle de ses analyses. On exige un droit qui nous protège. Quel qu’en soit le prix à l’égard des « vaches sacrées » qui nous veulent humanistes mais en péril mortel.