La morale, aujourd’hui, est à charge !

Ce monde politique m’est insupportable, tant il se déchire par idéologie au point de contester les évidences même les plus irréfutables. Il deviendrait plus facilement acceptable s’il s’accordait au moins sur ce qui crève les yeux et l’esprit, offrant ainsi une base solide à la réflexion, à partir d’une appréhension honnête du réel.

Je n’ai pas besoin du seul exemple tragique de Quentin Deranque pour m’émouvoir ou m’indigner, à intervalles réguliers, de la manière dont les partis, les élus, les responsables politiques et les médias évacuent l’éthique face à des crimes indéniables, en relativisant leur gravité. Ces publications, par exemple subtilement Le Monde ou plus ostensiblement Libération, détournent de l’essentiel pour nous mettre en garde contre l’accessoire ou contre ce qui n’est plus vraiment d’actualité. On a ainsi eu droit, pour Quentin, au péril représenté par l’extrême droite et, sur BFMTV, avec un Bruno Jeudy pugnace, aux « milices d’extrême droite » invoquées par Clémentine Autain, tandis que, pour Louis Boyard, il n’y avait aucun lien entre LFI et La Jeune Garde !

Il y a là un système pervers : plutôt que de prendre de plein fouet l’horreur intrinsèque d’un épisode, quelle que soit son origine et sa tonalité politiques, il préfère, par confort ou par réflexe, s’engager dans une dispute périphérique ou une digression dilatoire. Un crime d’extrême droite ? Mais l’extrême gauche a fait la même chose, ou pire ! Un crime d’extrême gauche ? Mais l’extrême droite, depuis des années, serait indépassable en matière de violence politique !

Un tel procédé est dévastateur. À force de tenir pour rien la séquence judiciaire – qui, elle, avec impartialité, saura distinguer les ombres et les lumières, les responsabilités et les justifications -, il multiplie les procès avant l’heure, strictement et exclusivement inspirés par la mauvaise foi partisane, et crée un climat aux antipodes de la sérénité démocratique.

Le lamentable « deux poids, deux mesures » en alternance est déjà assez désastreux sans qu’on y ajoute un discrédit qui me préoccupe au plus haut point. La rançon de cette équité impossible, de cette impossible honnêteté, est que les personnalités qui cherchent à échapper à cette fatalité d’une morale seulement relative ne sont pas loin, dans cet univers, d’être moquées, qualifiées de naïves et d’idéalistes, considérées comme indignes de l’efficacité, du réalisme, voire du cynisme imposés par la vie politique.

Comme exemples, il suffit de se souvenir du ton condescendant avec lequel on a accueilli le départ du gouvernement de Bruno Retailleau – quelle honte de l’avoir quitté en raison d’une déloyauté du Premier ministre Lecornu, et non pour une médiocre entourloupe politicienne ! – et du regard porté sur les ambitions de Raphaël Glucksmann ou de Jérôme Guedj, l’un et l’autre n’ayant pour tort que de vouloir préserver un peu d’éthique dans un monde qui prétend s’en passer. Leur hostilité sans cesse affirmée à l’encontre de LFI n’exclut pas la divergence idéologique mais procède avant tout d’une exigence morale, le second n’osant pas d’ailleurs, face au RN et à LFI, répudier l’un et l’autre.

Tant que l’on jugera niaise la volonté de rendre meilleur le monde politique grâce à des vertus simplement humaines, distinguant l’honnête homme du mauvais, et que le sens moral sera perçu comme un élément à charge, on ne pourra jamais espérer, face à des crimes odieux, de droite comme de gauche, une indignation consensuelle, un dégoût unanime.

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Et si on nous prenait au sérieux ?

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  1. Loin de moi l’idée de minimiser des événements tragiques, mais il faut reconnaître que depuis quelques décennies la vie politique de l’Europe continentale s’est grandement pacifiée, au point de s’approcher des standards de sérénité du gouvernement de Sa Gracieuse Majesté.
    Il y a quatre-vingt-dix ans, pratiquement jour pour jour, le candidat de la gauche française aux élections législatives était plus qu’à moitié lynché par un groupe de Camelots du Roi, rendus furieux par l’enterrement d’un de leurs maîtres à penser.
    Et cinq mois plus tard, le principal leader de la droite nationaliste espagnole était liquidé à son domicile par le garde du corps personnel du premier secrétaire du Parti socialiste, avec l’assistance d’un capitaine de la gendarmerie locale.
    C’est parfois difficile à envisager, mais nous vivons une des périodes les plus paisibles de notre histoire.

    1. Ben ouais, tous ceux qui, par milliers, sont au cimetière, victimes des richesses prix Nobel pour la France, dorment paisiblement entre quatre planches, en attendant les suivants.

  2. revnonausujai

    Les antifas, Jeune Garde et autres Black Blocs sont des chiens enragés ; il devient urgent de les considérer comme leurs congénères quadrupèdes et ce serait joindre l’utile à l’agréable de leur appliquer la jurisprudence « bande à Baader » !

  3. Xavier NEBOUT

    Le respect de la morale commune – il n’est jamais inutile d’en revenir à l’étymologie, ce qui est relatif aux mœurs – est lié au salut de l’âme, et c’est ainsi qu’il était encore enseigné à la fin du XIXᵉ siècle à l’école publique, sachant qu’une religion est une méthode de salut de l’âme.

    Voilà qui est beaucoup trop simple pour être à la portée des veaux de la République, qui, eux, suivent des idéologies – étymologiquement, paroles des dieux, symboles des principes -, ou pouvoirs de l’esprit, et donc auxquelles ils ne comprennent rien non plus.

    Les veaux ne comprennent que le bâton, mais en démocratie représentative, et donc menée par la démagogie, il n’y a plus de bâton.

    Alors de vaillants défenseurs de la « démacratie » ont été si indignés de l’existence même de tenants de la régression, qu’emportés par une saine colère et, subconsciemment, « sainte colère », ils ont tué l’un de ses membres.

    Les coupables sont donc ceux qui ont provoqué la colère de jeunes gens innocents, épris de justice : le RN et Retailleau !

    Vous allez voir que ça va, de manière à peine voilée, finir ainsi en circonstances atténuantes.

  4. On a beau dire que l’extrême droite est pire que l’extrême gauche, c’est le contraire : pendant que le RN s’assagissait, LFI, à force de tout conflictualiser, se retrouve coupable de lynchage à mort politique. Et de même, de plus en plus de Français se tournent vers l’extrême droite, et désespérant de contrôler une insécurité croissante et une immigration musulmane où certains nous rendent le mal pour le bien, votent RN. Il y a, c’est certain, un problème de gestion économique avec ce parti…. Relativisé par le niveau stratosphérique de notre dette et l’augmentation, encore, des impôts. Il y a la complaisance avec la Russie poutinienne qu’il vaudrait mieux abandonner à l’extrême gauche. Mais en somme, l’écart se réduit avec le centre et la droite, même si je crédite Macron de quelques prises de conscience, comme sur le nucléaire.

    Pour ce qui est de la condamnation de tous les meurtres politiques, on est en France, donc bon courage. On est handicapé par le fait qu’entre ceux qui rêvent d’exercer le pouvoir type roi absolu ou ceux qui ne songent qu’à faire tomber des têtes au nom d’une Révolution toujours à prolonger, vraiment handicapé, à la ramasse. Dût la vanité nationale en souffrir, il ne faut surtout pas que d’autres nations nous imitent en cela. On peut aussi se passer de copier notre Constitution. Par contre, comme je l’ai toujours dit, mieux vaut avoir la bombe, comme l’humiliation canadienne et le martyre ukrainien l’illustrent de façon quasiment mathématique. En politique, presque tout est rapport de force.
    Ailleurs ? J’aimerais bien que non, mais la manière dont on préfère diaboliser l’adversaire à chercher la vérité avec des arguments de fond me donne malheureusement raison quand je dis que c’est déjà largement le cas.

  5. « On a ainsi eu droit, pour Quentin, au péril représenté par l’extrême droite et, sur BFMTV, avec un Bruno Jeudy pugnace, aux « milices d’extrême droite » invoquées par Clémentine Autain, tandis que, pour Louis Boyard, il n’y avait aucun lien entre LFI et La Jeune Garde ! » (PB)

    Le lynchage odieux de Quentin Deranque est l’aboutissement d’un délitement du monde de la politique qui s’est amorcé avec la formation de La France Insoumise (LFI) par J-L Mélenchon du 10 février 2016.
    Cela fait neuf ans que les députés de ces nostalgiques de la Terreur sèment le désordre dans l’hémicycle, par leurs vociférations et leurs insultes adressées aux membres du gouvernement et, bien sûr, à ceux de leur frère ennemi le RN. (*)

    Il est clair que le grand gagnant de la mort tragique de Quentin Deranque est le RN qui voit son principal adversaire être totalement désavoué par la population, ceci à quelques mois des élections municipales et à un an de la campagne électorale pour l’élection présidentielle.

    Mais il ne faudrait pas pour autant donner l’absolution aux partis d’extrême droite qui, eux aussi, disposent de milices tout aussi redoutables que « la Jeune Garde », milice antifasciste fondée en 2018 par le député Raphaël Arnault.
    Un train peut en cacher un autre…

    Les élections à venir – municipales et bientôt présidentielle – seront déterminantes pour les années à venir et les Français doivent en prendre conscience en votant pour des candidats qui n’utilisent pas des officines séditieuses pour s’emparer du pouvoir.

    (*) On retrouve LFI et le RN main dans la main quand il s’agit de déposer une motion de censure contre le gouvernement.

  6. Robert Marchenoir

    Salutaire rappel que celui-là. La politique, en effet, est affaire de morale. C’est l’autre nom de l’intérêt général. Il est tout aussi important de rappeler que la morale, ça se discute, ça se défend et ça se démontre. Ce n’est pas : moi ch’pense que, ni : c’est ton opinion, qui en vaut bien une autre.

    De tout temps, les philosophes et les théologiens ont tenté de démontrer le bien-fondé de leurs conceptions morales par la raison. C’est une opération tout à fait indispensable. Il en va de même en politique.

    Il est important aussi de noter qu’on peut aboutir, ainsi, à des morales différentes. Beaucoup pensent, par exemple, que la « justice sociale » est un aspect de la morale politique qui va de soi. Mais l’on peut démontrer, au contraire, que la « justice sociale » est immorale (je suis de ceux qui s’y emploient).

    En démocratie, le but de la politique est de choisir entre ces différentes morales une fois qu’elles ont été exposées et justifiées.

    Trop souvent, hélas, l’intérêt général disparaît entièrement, et les gens pensent que la politique consiste à hurler le plus fort possible pour imposer leurs intérêts particuliers. Voire, pour certains, à les imposer à coups de pied dans la tête.

    Je suis, par exemple, très frappé par l’attitude de certains, dans mon entourage de gauche, qui, lorsqu’ils voient leurs convictions contestées d’un point de vue de droite, se récrient : mais si l’on faisait comme tu dis, alors moi ou tel membre de ma famille perdraient tel avantage.

    Cet égoïsme décomplexé révèle la vraie nature de l’être-de-gauche. Si ces personnes étaient sincères dans leurs convictions, elles devraient au moins tenter de maquiller leurs intérêts particuliers derrière l’intérêt général. Après tout, la gauche, c’est la générosité, l’attention portée aux besoins d’autrui, l’ouverture à l’Autre et tout le tralala. N’est-ce pas ? Eh bien non. Dès que vous vous déclarez résolument opposé aux piliers de l’idéologie de gauche, c’est tout de suite : mon nombril, mes allocations, mon logement social… Ils ne se cachent même pas. Ils ne voient même pas le problème.

    Un autre obstacle à cette éthique de l’intérêt général, c’est le whataboutisme que vous décrivez : oui oui oui, y’a Quentin Deranque qui s’est fait démonter la tête, mais what about les crimes (réels ou supposés) de l’extrême droite ? Le but est alors de déplacer la cage de buts à roulettes, de changer le sujet de la discussion. Le relativisme tue le sens moral.

    Une autre attitude barre la route à une saine discussion démocratique sur l’intérêt général, ainsi que vous le décrivez : le cynisme. Il est, hélas, particulièrement en vogue à droite, à l’extrême droite, chez les souverainistes, bref « dans nos rangs ». Trop de personnes qui s’estiment impuissantes, victimes du « système », pensent que la solution consiste à imiter ses pires défauts. Les politiciens qui nous gouvernent sont sans scrupules, menteurs, font prévaloir la force sur le droit ? Eh bien nous allons en faire autant, mais à notre profit. Par ici le bon argent de l’Union européenne destiné aux assistants parlementaires. Que Trump mette les gauchistes en prison. Pourquoi se gêner ?

    Ceux qui refusent de donner dans la combine sont des naïfs, des bisounours. Jouer les durs sans scrupules console de se sentir dépourvu de moyens.

    Deux autres points me frappent, dans l’affaire de la Jeune Garde. Pour commencer, il aura fallu un meurtre pour que le monde médiatique et politique prenne conscience du coup d’État permanent et silencieux perpétré par l’extrême gauche en France ; du terrorisme, pas seulement intellectuel, imposé par les idéologues de gauche dans notre pays.

    Tant qu’un homme n’avait pas été tué dans des circonstances aussi flagrantes, lors d’un meurtre politique, la très ancienne stratégie de terreur délibérée dans laquelle il s’inscrit paraissait parfaitement normale. L’expression « terrorisme intellectuel » a un bon demi-siècle. Elle est tellement vieille qu’elle a été remplacée par d’autres termes : politiquement correct, wokisme. La réalité n’a jamais changé. Certains de ceux qui refusaient de la voir viennent de se réveiller. Espérons qu’ils ne se rendormiront pas, et qu’ils iront jusqu’au bout de leurs conclusions.

    Hélas, une deuxième constatation permet d’en douter : bien des gens se récrient, face au meurtre de Quentin Deranque, affirmant bien fort que les soi-disant anti-fascistes sont, en réalité, des fascistes.

    Ce n’est pas tout à fait faux, mais ça sert surtout à enfumer le monde : les « anti-fascistes » sont, tout simplement, des communistes. La France Insoumise n’est pas fasciste, elle est communiste. La Jeune Garde est communiste, elle fait ce qu’ont fait tous les communistes depuis la nuit des temps : calomnier leurs adversaires en les traitant de fascistes, englober sous ce terme l’ensemble des autres acteurs politiques, et tirer justification de cette étiquette pour employer tous les moyens à leur encontre, y compris, comme on vient de le voir, le meurtre.

    C’est Staline qui a pris la décision stratégique, au lendemain de la Libération, de traiter tous les Occidentaux de fascistes – à l’exception des communistes dont il tirait les ficelles. Comment le gouvernement est-allemand appelait-il le mur de Berlin ? Le « mur de protection anti-fasciste ». Inversion accusatoire, renversement de la réalité : le mur ne sert pas à empêcher les Allemands de l’Est de fuir vers la liberté, il sert à empêcher des fascistes imaginaires d’attaquer le paradis communiste.

    C’est exactement la rhétorique de la Jeune Garde, de La France Insoumise, des soi-disant « anti-racistes », bref de la gauche dans son ensemble. La calomnie, le harcèlement, la dénonciation des « ennemis du peuple », l’intimidation, le chantage, les interdictions professionnelles, la privation de logement, les interdictions bancaires, la grève politique ou insurrectionnelle, les attaques physiques en meute et jusqu’au meurtre pur et simple, c’est ce à quoi les communistes ont oeuvré depuis la nuit des temps. Rien n’a changé.

    Le « fascisme » est un dérivatif. Le fascisme originel, celui de Mussolini, était un avatar du communisme. Son concepteur a commencé par être marxiste. Sous l’impulsion des Soviétiques, le mot « fasciste » est devenu, pour la plupart des gens, un synonyme de nazisme. Mais ce dernier était, de son propre aveu, une variante du socialisme, c’est à dire du communisme. C’était, comme le disait Hitler, le communisme sans le cosmopolitisme et sans les Juifs.

    Cet énorme angle mort du discours public, cette obstination à ne pas désigner le communisme par son nom, à ignorer sa réalité historique, sont gros de dangers. Ils signifient que l’opinion publique n’a toujours pas abandonné sa désastreuse illusion : les communistes, ce sont les gentils. Ils s’opposent aux fascistes, qui sont les méchants. Et d’ailleurs, les communistes n’existent plus, puisque l’URSS a disparu : restent les socialistes, qui sont des communistes encore plus gentils que les autres.

    Tant que le meurtre de Quentin Deranque ne sera pas désigné sous son vrai nom : un acte authentiquement communiste, perpétré par des communistes convaincus, aucun progrès ne pourra être accompli sur le chemin de la justice, de la morale et de la paix.

    Tant qu’on ne reconnaîtra pas que ce meurtre n’est que le prolongement d’une stratégie qui commence par des actes bien plus anodins, d’une idéologie qui a infecté tous les bords politiques y compris la droite et l’extrême droite, nous serons privés de liberté.

    Quand Javier Milei hurle, à la télévision, qu’il ne faut pas céder un pouce de terrain aux gauchistes, car ce sont « des merdes » qui « veulent notre mort », il fait figure de détraqué. Mais le meurtre de Quentin Deranque lui donne raison. Ça commence par les atrocités des bolcheviques pendant la guerre civile russe, ça se continue par les intimidations de la CGT dans les entreprises sous les Trente Glorieuses, et ça en vient, de nos jours, à la police de la pensée sur les réseaux sociaux, dans les universités, dans la rue, au travail, dans les médias. Et puis, pour bien vous mettre les points sur les i, on tue un type à coups de pied dans la tête. Et on affirme qu’il l’avait bien cherché.

    Ça s’appelle le communisme. Le socialisme. La gauche.

  7. Cher Philippe Bilger

    On ne peut qu’abonder dans votre sens sur l’incapacité de certains observateurs à s’en tenir strictement aux faits. Cette manipulation de la réalité est surtout le fait de ceux qui se réclament d’une idéologie progressiste, comme c’est le cas de la plupart des journaux nationaux et régionaux, ainsi que de l’audiovisuel public ou celui financé par des propriétaires de gauche.

    La raison en est très simple. Soit on se trouve dans un combat militant, et alors la cause justifie l’entorse volontaire au réel. Soit, et c’est le cas de la plupart des sympathisants de gauche, on se construit un monde parallèle qui épouse la noble cause pour laquelle on se bat, et alors c’est avec la meilleure bonne foi du monde qu’on fait passer la réalité sous les Fourches caudines de l’idéologie.

    Pour la mort de Quentin, on a eu droit au protocole écrit d’avance.
    1) On discrédite la victime (identitaire, intégriste, d’extrême droite).
    2) On renvoie dos à dos bourreaux et victimes (le lynchage devient une rixe).
    3) On évoque l’extrême droite et sa prétendue violence, ce qui est ici totalement hors-sujet.
    4) On convoque le passé lointain (Clément Meric) pour diluer les responsabilités.
    5) On passe rapidement à autre chose.

    Par contre, si la victime est la bonne victime, c’est une tout autre histoire.

    Pour terminer, un exemple éclairant de la soumission à l’idéologie. Vous saluez le courage de Jérôme Guedj. Certes, mais même agoni d’injures par LFI, il n’en votera pas moins pour ce parti en cas de duel avec le RN : l’éthique a des limites !

  8. Il y a, bien entendu, un meurtre — c’est la qualification retenue par la justice, et nul ne saurait en contester la légitimité procédurale. L’enquête suit son cours, les institutions feront leur travail. En soi, le fait divers ne mérite pas de s’y attarder outre mesure : les homicides jalonnent, hélas, le quotidien judiciaire de ce pays.

    Mais voilà — et c’est là que tout bascule — ce meurtre n’est pas un meurtre ordinaire. Il ne relève ni du crime crapuleux, ni des passions privées. Sa nature est d’une tout autre dimension, et nous le savons avec précision : il est le produit direct d’une confrontation politique, d’un affrontement entre deux factions aux antipodes de notre échiquier idéologique — la gauche radicale et la droite radicale. Je me refuse délibérément aux qualificatifs d’« ultra » ou d’« extrême », dont l’inflation rhétorique finit par vider le langage de toute substance analytique.

    Ce qui est en jeu ici dépasse largement le fait divers : c’est la violence politique dans ce qu’elle a de plus nu, de plus inquiétant, qui s’est manifestée. Et si nos responsables politiques comme nos éditorialistes cherchent à replacer ce drame dans son contexte idéologique, cette démarche ne me semble pas seulement légitime, elle est nécessaire. Car c’est précisément ce que l’on est en droit d’attendre de la justice elle-même : qu’elle ne se contente pas de sanctionner un acte, mais qu’elle en éclaire le sens, et par là, nous aide collectivement à en mesurer la gravité.

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